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    Europe

    La Hongrie dénonce «une vengeance des politiciens pro-immigration»

    media Le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjarto le 12 septembre à Budapest. REUTERS/Bernadett Szabo

    A Budapest, le chef de la diplomatie hongroise a été le premier à réagir au vote sanction des eurodéputés contre la Hongrie. Réunis ce mercredi à Strasbourg, les parlementaires européens ont décidé à une large majorité de recommander le déclenchement de l’article 7 contre la Hongrie. Une procédure rare qui a été utilisée pour la première fois en décembre dernier contre la Pologne. Elle pourrait éventuellement aboutir à priver le pays de son droit de vote au Conseil européen.

    Avec notre correspondante à BudapestFlorence La Bruyère

    Péter Szijjarto, le ministre hongrois des Affaires étrangères, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Selon lui, le vote contre la Hongrie n’est qu'une « petite vengeance des politiciens pro-immigration qui dominent le parlement européen ».

    Si la Hongrie a été sanctionnée, c’est parce qu’elle s’oppose à ceux qui veulent ouvrir en grand les portes de l’Europe aux réfugiés. Pas un mot sur les atteintes à la démocratie en Hongrie, les pressions sur les médias, la justice et les ONG constatées par les instances européennes. Le ministre n’a parlé que du péril migratoire.

    Une stratégie voulue par Viktor Orban. C’est grâce à une virulente campagne anti-migrant qu’Orban a remporté les législatives hongroises en avril dernier. Il pense que la même stratégie de communication lui permettra de gagner les élections européennes dans huit mois.

    En tout cas, plusieurs ONG hongroises ont salué le vote au Parlement européen. Pour le comité Helsinki, la décision des eurodéputés permettra de protéger les droits des citoyens hongrois. Et c’est un signal à tous les gouvernements qui veulent démanteler la démocratie.

    La France a salué « un signal très fort » du Parlement européen. Néanmoins, la division a été nette au sein des députés français membres du PPE, dont certains ont voté contre la résolution tandis que d'autres se sont abstenus.

    « Si j'étais membre du Parlement européen, j'aurais voté en faveur de l'article 7 », a quant à lui commenté Jean-Claude Juncker, président de l'exécutif bruxellois. Le gouvernement allemand a pour sa part rappelé que l'Union européenne était une communauté de valeurs à laquelle tous les Etats membres doivent adhérer.


    «Cette décision aura des effets positifs»

    Istvan Hegedüs a été l’un des membres fondateurs du Fidesz, le parti de Viktor Orban. Avec d’autres intellectuels libéraux, il a très tôt été mis sur la touche par Orban et a quitté le parti dès 1993. Aujourd’hui, ce pro-européen est président de la « Société Hongroise pour l’Europe ». Même si l’article 7 sera difficile à mettre en œuvre, il se félicite de la décision prise par les parlementaires européens de sanctionner le gouvernement hongrois.

    « Je pense que cette décision aura des effets positifs. Déjà parce que cela clarifie les choses. Ca montre que pour les députés européens de centre-droit, la coupe est pleine. Il est clair qu’Orban n’a plus sa place dans le parti populaire européen. Sa place est à l’extrême droite de l’échiquier politique, avec les autres populistes et fauteurs de trouble de l’Union européenne. Et puis, on peut imaginer que l’opposition hongroise utilise ce vote pour expliquer à quel point la Hongrie est isolée dans l’Union européenne. Ce serait un atout pour mobiliser les gens aux prochaines élections. Et puis je pense que la politique identitaire de Viktor Orban va finir par s’éroder. Il ne pourra pas éternellement parler de la migration. Je pense que le Parlement européen a enfin envoyé un message clair et fort. A long terme, ça aura sûrement plus de conséquences positives que négatives. »


    Un vote symbolique ?

    Le PPE a apporté les voix décisives à celles des écologistes des libéraux et de la gauche pour atteindre la majorité décisive des deux tiers. Un parti qui reste fracturé sur le cas Orban. Inédit, le vote du Parlement peut mettre beaucoup de temps avant de déboucher sur des sanctions.

    Le recours à l'article 7 est en théorie une arme atomique avec à la clé une quasi-exclusion du jeu européen. En théorie, car ce mécanisme n'a été lancé pour l'heure que contre la Pologne, et pour l'instant le pays est encore en phase dite préventive.

    Le passage à l'étape des sanctions se décide selon la règle à l'unanimité des chefs d'Etat et de gouvernement. Ce qui est impossible à atteindre aujourd'hui, sachant que la Hongrie et la Pologne ont annoncé que les deux pays se soutiendront. Le vote du Parlement européen ce mercredi pourrait donc en rester au stade symbolique.

    La droite européenne a cette fois-ci en partie lâché l'homme fort de Budapest mais
    pour beaucoup d'élus, pas question d'aggraver encore les divisions internes. Surtout que le parti espère rester à l issue des Européennes de mai prochain le premier du Parlement.

    Signe de la volonté de faire redescendre la température, ce message de Manfred Weber, chef de file du PPE au Parlement : « Les semaines qui viennent doivent permettre d'engager le dialogue, pas d'y mettre fin. »

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