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    Europe

    L'Allemagne commémore la «Nuit de cristal», les juifs se souviennent

    media Commémoration de la «Nuit de cristal» dans une synagogue à Berlin, ce 9 novembre 2018. REUTERS/Axel Schmidt

    L'Allemagne commémore ce vendredi 9 novembre - 80 ans après - la « Nuit de cristal », ces pogroms et meurtres annonciateurs de l'extermination des juifs, dans un climat de regain d'antisémitisme et d'émergence d'un « nouveau nationalisme ». Aujourd’hui, des témoins comme Hanni Levy témoignent de cette nuit d’horreur.

    Au total, 1 400 synagogues incendiées, des magasins pillés, 30 000 juifs déportés, environ 2 000 morts. C'était il y a 80 ans aujourd'hui. Le parti nazi au pouvoir en Allemagne tirant prétexte d'un attentat contre un diplomate allemand à Paris commis par un jeune juif lance une vaste opération de répression contre la communauté juive baptisée « Nuit de cristal ». Les historiens parlent de la nuit des pogroms, terme plus neutre et qui bagatellise moins cette orgie de violences.

    « C’est allé très vite… »

    Hanni Lévy a 14 ans en novembre 1938. Cette jeune juive berlinoise découvre les résultats de ces excès en se rendant à l'école le lendemain. Plus tard, elle survivra à la déportation en vivant cachée à Berlin grâce à l'aide de généreux Allemands. Elle vit depuis la fin de la guerre à Paris.

    « Le lendemain j’allais à l’école comme d’habitude. C’était un matin comme tous les matins pour moi. On habitait dans une toute petite rue très calme. Il n’y avait pas de magasin. Au fur et à mesure que le tramway passait, j’ai vu d’abord un magasin détruit, un autre magasin détruit. J’ai vu disons le résultat le lendemain matin, confie-t-elle à notre correspondant à Berlin, Pascal Thibault. Et nous n’avons pas su ce qui s’était passé. J’ai raconté à la maison. J’ai été très naïve. Mes parents m’ont mise en garde contre d’éventuelles agressions, mais ils ne m’ont pas raconté ce qui se passait. Peut-être que cela les a surpris aussi que ça pouvait arriver. On avait raté l’occasion, par pauvreté, par négligence, de partir ailleurs. Donc on est restés. Il fallait subir. Et après c’est allé très vite. Je suis quand même très étonnée qu’à l’époque actuelle où les gens savent quand même ce qui s’est passé, se laissent encore une fois prendre dans ce piège. Ce n’est pas possible. »

    Nouvelle forme d'antisémitisme

    « Je tenais la main de mon père. J'ai vu la synagogue en feu et j'ai demandé Pourquoi les pompiers ne viennent pas ? Je n'ai pas eu de réponse », a témoigné de cette nuit Charlotte Knobloch, ancienne présidente du Conseil central des juifs d'Allemagne, à l'antenne de la ZDF.

    En 2017, des plaques avaient été volées, alimentant la crainte d'une résurgence de l'antisémitisme, une réalité infamante pour un pays dont l'identité s'est bâtie sur la repentance pour l'Holocauste. Une forme nouvelle d'antisémitisme pour l'Allemagne fait aussi régulièrement les gros titres, celui prêté aux migrants arabo-musulmans qui ont afflué depuis 2015. Mais l'essor de l'extrême droite allemande a aussi remis au premier plan un antisémitisme national. L'AfD a multiplié les polémiques liées au nazisme. L'inquiétude ne cesse donc de grandir au sein de la communauté juive allemande, forte d'environ 200 000 personnes.

    Le nombre de crimes et délits à caractère antisémite est resté néanmoins stable dans les statistiques de police, avec environ 1 400 cas recensés chaque année depuis 2015. Plus de 90% des affaires sont attribuées à l'extrême droite.

    (avec AFP)

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