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    Europe

    Allemagne: Angela Merkel à Chemnitz, ville divisée par l’extrême droite

    media Un manifestant à Chemnitz, lors d'une manifestatoin d'extrême-droite, brandit une pancarte: «Qui n'aime pas l'Allemagne devrait quitter l'Allemagne», le 1er septembre 2018. REUTERS/Hannibal Hanschke

    En août 2018, une manifestation contre l’insécurité, suite à un meurtre potentiellement commis par un migrant, avait dégénéré et choqué le monde, déclenchant en Allemagne d’intenses polémiques : des saluts et slogans nazis, pour une chasse aux étrangers. C’était à Chemnitz, dans cette Allemagne de l’Est travaillée depuis des années par l’extrême droite. La chancelière Angela Merkel, qui avait promis de s’y rendre « quand le calme serait revenu », la visite ce vendredi 16 novembre, mais la ville est très loin d’être apaisée.

    Dans le centre-ville coquet ou le long des très larges rues bordées d’arbres, des restaurants juif, turc ou iranien sont devenus en quelques semaines des cibles : jets de pierre, inconnus qui mettent le feu en pleine nuit. C’est Katharina Weyandt qui a donné l’alerte en octobre, après l’agression du propriétaire du seul restaurant iranien de cette ville d’où sortait un tiers de la production industrielle de l'ex-RDA. « On avait déjà brisé une vitre et peint une croix gammée sur les murs de son restaurant, dit-elle, mais c’est la première fois qu’on s’en prend à lui physiquement ». Cette bénévole à l’association d’aide aux réfugiés « die Brücke » a su pour cette agression, car elle connaît depuis ses débuts le couple discret qui fait tourner le « premier restaurant perse de Chemnitz », comme l’affiche fièrement le site internet de l’établissement.

    « Ce qui est sûr, c’est qu’avec les événements de la fin août, cette haine a surgi et ça a changé le climat de la ville, explique-t-elle. Et la classe politique en est en partie responsable : elle a choisi d’essayer de calmer les gens en leur disant "oui, vous avez raison, des étrangers doivent être expulsés et on en expulsera davantage". Mais avec ce discours, on a malheureusement encouragé tous ceux qui ne veulent d’aucun réfugié à être encore plus en colère. »

    Un restaurant turc après l'explosion d'une bombe à l'intérieur, à Chemnitz, le 18 octobre 2018. Hendrik Schmidt/dpa /AFP

    Martin en est pourtant certain : ceux-là ne sont qu’une minorité. Selon lui, il ne faut pas faire un amalgame avec les habitants de la ville qui ont manifesté avec l’extrême droite fin août, lors de la manifestation qui a dégénéré : « ces milliers de gens n’étaient évidemment pas dans leur grande majorité des radicaux, ils se sont fait instrumentaliser par un petit groupe », dit ce trentenaire natif de Chemnitz.

    L’un des problèmes fondamentaux de l’Allemagne ces dernières années est pourtant que beaucoup de gens ne se sentent pas pris en compte par la classe politique. Surtout en Allemagne de l’Est. L’afflux de réfugiés en 2015 a cristallisé ce sentiment chez ces citoyens-là, qui se sont dit ne plus être défendus par les hommes politiques.

    De plus, le sentiment d’insécurité est fort à Chemnitz. Lorsque la classe politique et les forces de sécurité ne savent pas comment répondre à ce sentiment, les habitants se demandent vers qui ils peuvent se tourner.

    « Ce qui m'a surprise, c'est le nombre de citoyens ordinaires qui ont battu le pavé » avec l'extrême droite à Chemnitz

    Hanka Kliese, elle, est plus sévère. Députée sociale-démocrate de la ville, très engagée dans la lutte contre l’extrême droite, elle se souvient encore précisément du déroulé de ces journées et de la tension qui y régnait. « Quand j’ai vu qui appelait à cette manifestation en août, je n’ai pas été surprise qu’il y ait eu des violences : il y avait parmi eux des groupuscules de skinheads et des hooligans d’extrême droite connus qui s’étaient donné rendez-vous, raconte-t-elle. Ce qui m’a surprise en revanche, c’est le nombre de citoyens ordinaires qui ont battu le pavé, certains pour la première fois. J’ai parlé avec beaucoup d’entre eux et souvent ils m’ont dit ne pas avoir trouvé d’autres moyens pour se faire entendre. Mais je ne suis pas d’accord, je trouve cet argument même très préoccupant : il y a toujours une autre possibilité. »

    Ce débat et le ballet incessant de la presse nationale et internationale lassent les habitants de cette ville, située à une quarantaine de kilomètres de la frontière tchèque. Un sentiment qui se traduit en agacement devant les micros et les caméras et une méfiance ancrée vis-à-vis des médias, bien plus forte dans tous les Länder de l’Est qu’ailleurs dans le pays.

    « Traiter quelqu’un de nazi, il n’y a rien de plus grave. Alors que Chemnitz c’est aussi une belle ville, tout à fait vivable »

    Sur un banc du centre-ville au soleil d’automne le professeur Matthias Niedobitek ne décolère pas. « Regardez, je vous ai amené quelque chose que je viens de trouver par hasard dans notre université, dit-il en tenant une feuille colorée. C’est l’invitation à une réunion sur le thème "Nouvelle droite et l’AfD (Alternative pour l’Allemagne – parti d’extrême droite, NDLR) après Chemnitz". Voilà maintenant que le mot "Chemnitz" est devenu un symbole ! Ce n’est plus du tout le nom d’une ville, mais d’un événement. Je me fais beaucoup de soucis pour l’image de la ville. Non, mais, traiter quelqu’un de nazi, il n’y a rien de plus grave. Alors que Chemnitz c’est aussi une belle ville, tout à fait vivable. »

    Une réaction que comprend Hanka Kliese : « Jusqu’ici, Chemnitz, troisième ville de Saxe, n’était pas une ville connue. Depuis la fin du mois d’août, le monde entier en a entendu parler, et uniquement à travers ce contexte négatif. Il y a des gens que cela a rendus très tristes. Certains m’ont dit "ce n’est pas notre Chemnitz", raconte-t-elle. Mais c’est aussi notre ville, malheureusement. Les images qui ont circulé dans le monde sont ce qui s’est vraiment passé, c’est grave et nous n’avons pas le droit de l’oublier. »

    L'extrême droite ne veut pas que la manifestation soit oubliée de l'actualité

    De son côté, l’extrême droite n’a aucunement l’intention de laisser les événements d’août disparaître de l’actualité. Cela en insistant sur le fait que le meurtre qui a mis le feu aux poudres aurait été commis par un demandeur d’asile, alors que l’enquête est toujours en cours, en affirmant également que les débordements qui ont suivi sont le fait « d’éléments incontrôlés » autant que de militants d’extrême gauche, et que le terme utilisé par la chancelière Merkel de « chasse à l’homme » est inapproprié.

    L’essentiel dans cette affaire serait, juge-t-on, un réveil des consciences : « ça a été évidemment un tournant, juge Tino Schneegass, porte-parole de l’AfD de Chemnitz. Maintenant, les électeurs se rendent bien compte de comment on doit régler tout ça. Bien sûr, nous, à l’AfD, n’avons pas de problèmes avec les étrangers, nous avons un problème avec les demandeurs d’asile criminels ».

    Pour les groupes identitaires, « le peuple se soulève contre ses dirigeants qui veulent lui imposer leurs choix », comme lors de la chute du mur de Berlin

    Surfer sur le fait divers, sans aller officiellement plus loin, ce n’est pas le cas des groupes identitaires, comme le mouvement local pro-Chemnitz. Ce mouvement organise tous les vendredis des manifestations contre l’insécurité et la présence des réfugiés, soit une fréquence pour faire écho à celles organisées tous les lundis avant la chute du mur, en 1989. « Comme il y a 30 ans, le peuple se soulève contre ses dirigeants qui veulent lui imposer leurs choix », avance Benjamin Jan Zschocke, porte-parole du groupe Pro-Chemnitz, aux cheveux blonds coupés courts et t-shirt noir. Un parallèle assumé entre le gouvernement à Berlin et la dictature derrière le rideau de fer.

    « Ce n’est pas le prolétariat qui est dans la rue, insiste-t-il. Ce sont des professeurs, des médecins, des avocats, qui disent qu’ils ne veulent pas que notre ville passe aux mains des musulmans dans les 15 prochaines années. C’est de cela qu’il s’agit. »

    L’extrême droite avance son agenda et montre sa force. AfD, identitaires, mouvement et mouvement islamophobe Pegida… La manifestation d’août 2018 était une première manifestation commune à toute cette galaxie composite et pétrie de rivalités. Notamment dans cette ville de 245 000 habitants qui a toutefois donné aux législatives de septembre 2017, 24% de voix à l’AfD. Une progression continue qui inquiète dans les milieux économiques et a déclenché une réaction collective.

    Le patronat pour une Chemnitz ni triste, ni acquise à l'extrême-droite

    Les mots « Chemnitz ni grise ni brune » s’étalent sur de larges banderoles dans la ville. Cette campagne lancée par le patronat de la région, qui veut une ville ni triste, ni d’extrême droite, démontre leur souci de l’impact des violences de la fin août sur l’économie locale. Car la ville a une tradition industrielle ancienne : sous la République démocratique allemande (RDA, Est), un tiers de la production industrielle venait de Chemnitz. Celle-ci est aujourd’hui très ouverte à l’international et se soucie de son image. « Nous menons un projet avec un client allemand, raconte René Stahlschmidt, directeur des ventes de l’entreprise CAC. Deux semaines après les émeutes, nous avions une réunion avec lui ici, à Chemnitz, mais le client nous a dit : "Non, nos collègues ne viendront pas, parce que c’est trop dangereux où vous êtes". »

    « Il y a aussi ce sentiment de mes collègues des ressources humaines, ils me disent avoir observé que ces dernières semaines, nous avons reçu moins de candidatures venant d’autres pays, poursuit-il. Or, pour nous, le pays d’origine, ça n’a aucune importance : ce que nous cherchons, ce sont des personnes qui correspondent au profil du poste. »

    Une région en manque de main-d'oeuvre qualifiée

    Ce manque de candidats tombe mal dans une région qui compte déjà peu de diplômés. Pour l’économiste Marcel Fratzscher, de l’institut DIW, les patrons qui s’inquiètent de la droitisation de la Saxe ont raison. « L’Allemagne de l’Est connaît depuis de nombreuses années déjà un exode : beaucoup de jeunes s’en vont. Cette région connaît un déficit démographique. C‘est le problème que pose la violence d’extrême droite et la haine de l’étranger à l’Est : ça va aggraver encore les départs des jeunes gens, qui sont éduqués, motivés, mobiles, ouverts au monde, des jeunes qui ne voudront pas vivre dans une région xénophobe, où l’on peut être discriminé en raison de sa couleur de peau, son orientation sexuelle ou sa religion. Et là, c’est le cercle vicieux : encore moins de gens qualifiés, ça signifie que les entreprises aussi peuvent partir. »

    Il y a quelques années, le groupe local Kraftklub s’est même fait un nom avec ce titre « Je ne veux pas aller à Berlin », et des paroles en forme de pied de nez à l’exode des jeunes : « Je ne veux pas aller à Berlin, même si tous mes amis sont là-bas, même si je me retrouve tout seul ici ». Pied de nez à l’exode des jeunes, mais aussi une forme d’engagement pour une ville à laquelle ils sont nombreux à être attachés.

    Comme beaucoup d’entrepreneurs, les acteurs du monde culturel ne veulent pas d’une ville « grise et brune ». C’est le cas du directeur du musée de la ville, Frédéric Bussmann. Après les événements d’août, il a décidé d’avancer à l’agenda une exposition d’une œuvre de l’artiste Mario Pfeifer : un film « Again / Noch Einmal ». Soit un dispositif avec deux écrans gigantesques placés l’un à côté de l’autre. Le visiteur, debout entre les deux, voit se dérouler d’un côté le commentaire de différents acteurs sur un événement à Arnsdorf en 2016 près de Dresde. De l’autre, une affaire qui avait défrayé la chronique, filmée telle quelle par une caméra de surveillance : un jeune réfugié, malade, effraie une commerçante et finit attaché à un arbre par quatre hommes.

    Capitale européenne de la culture en 2025 ?

    « Ce qui a intéressé l’artiste, c’est pourquoi ces hommes ont fait ça, explique Frédéric Bussmann. Est-ce que c’est un acte citoyen, est-ce que c’est légitime de faire ça, ou est-ce un acte raciste, que la police et la justice doivent punir ? L’idée est de montrer les différentes perspectives, les différents points de vue, humaniser les faits. Et de pousser chacun à se demander comment il aurait réagi. On aimerait bien que les différentes parties se parlent, parce qu’en ce moment, il y a un manque de dialogue - je dirais même une désintégration du lien social. À Chemnitz, mais aussi en Saxe et en Allemagne : les gens ne se parlent plus, ne s’écoutent plus, il y a un problème de consensus sur les valeurs de ce pays. »

    La maire SPD de la ville veut d’ailleurs que Chemnitz soit choisie capitale européenne de la culture en 2025. D’ici là, il reste deux rendez-vous avec les urnes : les municipales et les régionales en 2019, avec l’extrême droite en embuscade. En attendant, la police a renforcé sa présence dans les lieux dits « vulnérables », les restaurants étrangers, et les foyers de demandeurs d’asile.

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