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    Europe

    A quelques mois du Brexit, l'Écosse célèbre ses traditions et l'Europe

    media Les drapeaux écossais et européen devant le parlement écossais à Edimbourg, le 27 juin 2016. (Illustration) OLI SCARFF / AFP

    En Ecosse, le débat sur le Brexit est partout dans la société, et dans tous les événements culturels. Alors que la fin de l’année approche, avec les moments marquants comme la fête nationale et Hogmanay, le Nouvel An, les Écossais profitent de cette occasion pour célébrer malgré tout leurs valeurs, les nouveaux venus, et l’internationalisme.

    Vendredi 30 novembre, les Écossais ont fêté la Saint-André, saint-patron de l’Écosse, dans une effervescence nouvelle. Jusqu’à maintenant, Saint Andrew’s Day n’était pas vraiment célébrée, selon Daniel Abercrombie, en charge du programme et des événements au Scottish Storytelling Centre, un lieu dédié à la tradition écossaise de la narration et du conte. Mais depuis le Brexit, les choses ont changé. « Ce jour est l’occasion pour nous de célébrer l’internationalisme de l’Écosse, de dire qui nous sommes et qui nous devenons. Il ne s’agit pas seulement de cornemuses et de tartan », explique-t-il.

    Réfléchir à l’identité de l’Ecosse

    C’est en 1320, au moment où la nation a signé son indépendance, que saint André est devenu le saint patron de l’Écosse. Il l’est aussi pour la Grèce, l’Ukraine et la Roumanie, entre autres. Le drapeau de l’Écosse, la croix blanche sur fond bleu est appelée croix de Saint-André en référence à la croix en forme de X sur laquelle cet apôtre, un pêcheur, a été crucifié. On le célèbre aujourd’hui pour son hospitalité et sa volonté de rassembler les gens, d’où qu’ils viennent.

    Cette année, le Scottish Storytelling Centre, un des seuls du monde dans son genre, a mis en avant un programme aux couleurs internationales. Par exemple, avec « Rivers of our being », une soirée était consacrée aux musiques folkloriques européennes et l’influence qu’elles ont eue en Écosse. Un programme tourné vers le monde extérieur, alors que le Brexit, avec toutes les craintes d’isolation et de repli qu’il porte, devrait se concrétiser fin mars 2019.

    Le Scottish Storytelling Centre, à Edimbourg. Assa Samaké-Roman/RFI

    Une fête nationale et européenne

    Ces évènements qui réaffirment l’engagement européen de l’Écosse, arrivent-ils par hasard ? Non, répond Daniel, « mais notre message n’est pas nouveau. Nous avons toujours voulu utiliser la culture pour créer des petits changements et inspirer les gens. » C’est aussi la raison pour laquelle, pour lui, les traditions ne peuvent pas être excluantes : tous les Écossais y ont leur place, ceux présents depuis plusieurs générations comme les nouveaux. C’est la raison pour laquelle il trouve particulièrement pertinente la métaphore de la rivière pour évoquer les traditions, venant de Hamish Henderson, un poète écossais qui a joué un rôle majeur dans la compilation et transmission des chansons folkloriques. « Comme la tradition, la rivière emporte avec elle des objets du passé, mais elle va de l’avant, vers le futur. »

    Les nouveaux Écossais s’approprient eux aussi la fête nationale. Sur les réseaux sociaux, ils étaient nombreux à dire leur joie et leur fierté d'être chez eux en Écosse. Et nombreux sont les Écossais natifs à souhaiter que leur nation reste accueillante, malgré un climat politique crispé au Royaume-Uni. Dernièrement, la Première ministre Theresa May a qualifié les ressortissants européens venus s'installer au Royaume-Uni de « queue jumpers », ceux qui doublent dans les files d'attente et usurpent leur place, en quelque sorte.

    (Traduction : Chère Écosse, je vis ici depuis 10 ans et ne voudrais pas vivre ailleurs. Joyeuse Saint-André à tous !)

    (Traduction : C'est la Saint-André, et nous, le peuple - venus des quatre coins de la Terre - sommes la vraie grande tapisserie de l'Écosse. Aujourd'hui je célèbre l'idée fondamentale selon laquelle pour être Écossais, il faut seulement porter l'Écosse dans son cœur.)

    Marion Geoffray, originaire du sud de la France, est installée en Écosse depuis trois ans après avoir vécu à Londres et à Birmingham. Avec la compagnie de théâtre qu’elle a fondée, Théâtre Sans Accents, elle a créé un Festival des histoires multilingues à Edimbourg. L’évènement, en partenariat avec d’autres associations multiculturelles, veut donner de la visibilité aux gens qui, comme elles, ont aujourd’hui une double culture française et européenne.

    Le point d’orgue du festival était, pour la Saint-André, un ceilidh, un bal écossais traditionnel. Avec une petite différence : il était multilingue. « L’Écosse, ce sont des langues qui se rencontrent, et c’est aussi une culture de la célébration, de l’être ensemble. C’est la philosophie du ceilidh : que l’on sache danser ou pas, tout le monde vient et est pris dans le mouvement. D’ailleurs, à notre ceilidh, tout le monde peut venir, les natifs comme les nouveaux ».

    Avec ce festival, Marion Geoffray a voulu mettre en lumière la contribution des immigrés à la société écossaise, qu’elle trouve déjà très sensible à ce message, surtout dans le climat politique actuel. Elle se rappelle du lendemain du référendum de 2016 sur le Brexit. « Comme tout le monde, j’étais dépitée. Je me souviendrai toujours que mes collègues ont mis un drapeau européen sur le bâtiment où nous travaillions. » Un geste de solidarité dont beaucoup de citoyens européens font le récit : un mail du patron, un petit mot des voisins… « Il y a un fond de résistance en Écosse. Je suis contente et fière d’être ici. »

    Après la Saint-André, ce sera aux fêtes de fin d’année d’envoyer un message à l’Europe. Le thème de Hogmanay pour cette année ne pourrait pas être plus explicite : « We Love You ». « Message from the skies » lancera l’année 2019 et mettra un point final aux célébrations : tout le mois de janvier, des lettres d’amour à l’Europe, envoyées par des écrivains contemporains, illumineront les murs de la capitale.

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