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    Europe

    Russie: popularité en berne pour Vladimir Poutine

    media Le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 8 décembre dernier, lors d'un meeting de son parti Russie unie. REUTERS/Maxim Shemetov

    Réforme des retraites, baisse du pouvoir d’achat : les difficultés des Russes au quotidien commencent à peser sur la popularité du président Vladimir Poutine. Pour la première fois depuis 2014 et l’annexion de la Crimée, la ferveur patriotique ne permet plus au chef de l'Etat russe d’échapper aux critiques de ses concitoyens.

    De notre correspondant à Moscou,

    C’est un exercice que le président russe affectionne tout particulièrement : la conférence de presse annuelle donnée par Vladimir Poutine se déroulera ce jeudi 20 décembre devant plusieurs centaines de journalistes russes et étrangers. Un marathon qui peut durer plus de quatre heures et qui permet au chef du Kremlin d’aborder tous les thèmes, de la politique extérieure à l’état des routes dans les coins les plus reculés de Russie.

    Mais cette année, l’exercice se tiendra dans un contexte particulier, celui d’une très forte chute du président russe dans les sondages. Réélu avec plus de 70% des voix en mars dernier, Vladimir Poutine a vu sa cote de popularité faire un plongeon dans les mois qui ont suivi le scrutin. Selon un sondage publié en novembre par le Centre Levada, l’un des rares instituts de sondage indépendants du pays, moins de 40% des Russes lui font désormais confiance. Une chute de 20 points en quelques mois !

    « Cela s’explique principalement par la réforme des retraites annoncée en juin dernier, explique Lev Goudkov, directeur du centre Levada. 90% de la population était contre la réforme, qui a malgré tout été ratifiée par le président Poutine. La réforme des retraites a été un déclencheur car le mécontentement social n’a cessé de grandir au cours des dernières années. »

    La fin du « syndrome de Crimée »

    A ce mécontentement lié à la réforme des retraites s’est ajouté un autre élément : la fin de ce que certains experts ont appelé le « syndrome de Crimée ». Un syndrome né en 2014 dans la foulée de l’annexion de la péninsule ukrainienne, accueillie en Russie dans une atmosphère de ferveur patriotique sans précédent depuis la fin de l’URSS.

    « Juste après que la Russie s’est emparée de la Crimée, la popularité de Poutine, du gouvernement et de l’armée s’est envolée, explique Nikolaï Petrov, politologue à la Haute Ecole d’économie de Moscou. C’était un peu comme une sorte d’ivresse qui s’était emparée des Russes. Ces derniers ont oublié la corruption et les difficultés économiques… Ils se sont mis à penser que leurs problèmes n’étaient pas si importants, et que tout allait bien ! »

    Cette euphorie a permis au président russe d’atteindre des records de popularité. Toutes les institutions du pays, à commencer par l’armée, en ont également profité. Mais aujourd’hui, selon de nombreux experts, cet « effet Crimée » ne fonctionne plus. « La population a cessé de percevoir les victoires militaires et la grandeur du pays comme quelque chose qui éclipserait leurs difficultés, poursuit Nikolaï Petrov. Maintenant, les Russes demandent au gouvernement et au président de s’occuper d’eux, de l’économie, de la politique intérieure, plutôt que d’essayer de régler les problèmes en dehors des frontières russes. »

    Une responsabilité directe

    Facteur aggravant, Vladimir Poutine est désormais considéré comme étant personnellement responsable de la situation économique et sociale du pays, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. « Jusqu’à présent, le mécontentement était lié à Dmitri Medvedev, le Premier ministre russe, au gouvernement et au Parlement », jauge Lev Goudkov.

    « Vladimir Poutine était considéré comme responsable de la politique extérieure, de la police, de la sécurité… mais pas de la vie de tous les jours. Or, depuis la réforme des retraites, ce mécanisme ne fonctionne plus aussi bien. » Selon l’Institut Levada, plus de 60% de la population fait désormais un lien direct entre le président russe et les problèmes économiques.

    Mais quelle pourrait être la réponse du président russe à cette vague de défiance ? Il lui sera difficile de trouver des réponses structurelles aux attentes de la population… Car il lui faudrait pour cela que l’économie russe redémarre, que le pouvoir d’achat remonte – ce qui est d’autant plus difficile à réaliser que la Russie est toujours l’objet de sanctions de la part des pays occidentaux.

    « Faute d’alternative, je pense que Vladimir Poutine va se tourner vers la politique extérieure, estime donc Nikolaï Petrov. Jusqu’à présent, nous avons entendu des déclarations sur les succès militaires, sur la grandeur de la Russie, et sur l’équipement des armées. Mais il s’agit d’une sorte de répétition de ce qui a déjà été dit depuis des années. Ce n’est pas vraiment nouveau, et je ne crois pas que ça suffira à enrayer cette chute de popularité. »

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