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    Hongrie, Serbie, Pologne: des étincelles à l'Est

    media Des personnes manifestent contre la violence et la haine à la suite d'une attaque meurtrière contre Pawel Adamowicz, le maire de Gdansk, poignardé le 13 janvier 2019. Agencja Gazeta/Renata Dabrowska via REUTERS

    Après la chute du mur de Berlin en 1989, les pays d'Europe de l'Est représentaient une promesse de renouveau. Ils sont devenus pour certains des figures revendiquées de la contestation des démocraties libérales en conflit avec l’Union européenne. Cette dernière a d'ailleurs déclenché contre la Hongrie et la Pologne une procédure de sanctions au titre de l’article 7 du traité de l'Union européenne (violations de l’état de droit). Pourtant ces pays sont loin de poursuivre une marche sans accroc vers un autoritarisme chaque jour renforcé.

    En Hongrie, dans le froid glacial et la neige, ils seront des dizaines de milliers à battre le pavé ce week-end du 19 janvier. Cette contestation des citoyens peut à première vue surprendre, quelques mois après les élections d’avril largement remportées par Viktor Orban. L’OSCE a toutefois jugé sévèrement le déroulement de la campagne en jugeant notamment que «la rhétorique d'intimidation et de xénophobie, les penchants des médias et le financement opaque» ont entravé les débats politiques.

    Ce qui a mis le feu aux poudres, après une large confirmation du pouvoir du Fidesz qui a désormais la majorité des deux tiers au Parlement, c’est une nouvelle loi Travail, rebaptisée par les manifestants « loi esclavagiste ». Mais le mot d’ordre des manifestants dépasse désormais largement ce thème. La colère, estime Vincent Liégey, essayiste et contributeur au Courrier d’Europe centrale qui partage sa vie entre Paris et Budapest, vient de loin : « Viktor Orban après sa réélection a changé de mode de gouvernance. Il y a vraiment eu une rupture. Avant il était dans un fonctionnement encore conciliant, avec de fortes déclarations c’est vrai, mais il ne s’attaquait pas totalement aux espaces de liberté qui existaient. Depuis avril, c’est vraiment 'on attaque tout ce qui bouge' : les ONG, les médias, la moindre personne qui s’exprime… Le pouvoir a aussi commencé à intervenir dans le programme des universités, dans le contenu des conférences, par exemple en interdisant des intervenants qui s’intéressaient à la question du genre. Puis est venue la loi sur les SDF (depuis le 15 octobre vivre dans la rue est passible de prison ferme). Et là d’un seul coup sur les réseaux sociaux il y a eu des messages très virulents. Il y a eu une Une qui a beaucoup marqué, c’est celle d’un journal gratuit de Budapest qui s’appelle 'Local' et est aux mains du gouvernement. C’était un discours de haine anti-pauvres, anti sans-abris. Quand le discours officiel s’attaquait aux réfugiés et aux migrants, ça passait parce qu’en Hongrie, ce ne sont pas des gens qu’on croise dans la rue, c’est même parfois une figure fantasmatique. Alors que les gens dans la pauvreté, chacun les croise tous les jours dans les grandes et petites villes. Beaucoup de gens ont trouvé ça tout simplement dégueulasse ».

    Une rupture générationnelle

    L’enchaînement de ces événements a aussi fait surgir un phénomène nouveau selon Vincent Liégey : « On a vu apparaître une jeune génération qui n’est pas née sous le communisme, qui est politisée différemment et qui a vraiment envie d’en découdre. Ceux-là disent 'nos parents peuvent se sentir bien dans un système autoritaire parce que c’est ce qu’ils ont connu presque toute leur vie mais nous on veut plus vivre là-dedans' ».

    Cette génération s’exprime beaucoup plus. Des lycéens descendent dans la rue avec des actions, des flashmobs, beaucoup de créativité, de l’humour, avec des provocations assez fortes comme ce surnom attribué au Premier ministre « Viktator », contraction de son prénom, Viktor, et du mot « dictateur ». Leurs parents ou leurs professeurs sont un peu en retrait et leur disent « Faites attention, ne faites pas trop de vagues, ça peut nous créer des problèmes. On observe une certaine rupture générationnelle ».

    Des dizaines de milliers de Hongrois ont manifesté contre le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban dans le cadre d'un mouvement déclenché en décembre par l'adoption d'une loi assouplissant le droit du travail, à Budapest, le 5 janvier 2019. REUTERS/Bernadett Szabo

    Vent de colère en Serbie

    L’autoritarisme du pouvoir, c’est aussi ce qui est contesté cette fois dans les Balkans, en Serbie. Depuis début décembre à Belgrade, la capitale et plus récemment dans une dizaine d’autres villes, des dizaines de milliers de personnes manifestent contre le régime d'Aleksandar Vucic.

    «Ces manifestations sont l'expression d'un ras-le-bol général de la population vis-à-vis du pouvoir en place, explique Drasko NIkodijevic, le musicien du groupe White Rabbit Band. Les retraités manifestent car ils ont des retraites misérables, les étudiants protestent car ils n'ont aucune perspective d'avenir et ils cherchent des opportunités à l'étranger, dès leur inscription à l'université. On manifeste aussi contre la censure dans les médias. Il faut savoir que le pouvoir actuel dirige le pays en fait depuis 20 ans. Ce sont les criminels et profiteurs de guerre des années 90 qui ont juste échangé leurs uniformes contre des costumes.

    Par conséquent, parler de la Serbie comme d'une démocratie, c'est insensé. Ce pays est géré par une seule famille, comme une entreprise personnelle. On n'a pas d'autre choix que de manifester. Peut-être que ces manifestations vont s'essouffler, mais il y en aura d'autres au printemps. En France ou aux États-Unis, qui sont des démocraties depuis des siècles, on manifeste tout le temps. Les gens ont bien compris: à côté des élections, il y a aussi la rue. C'est un moyen de maintenir une pression constante sur les gouvernements. Un moyen pour la population d'adresser un message au pouvoir».

    Manifestation dans les rues de Belgrade, le 5 janvier 2019. REUTERS/Marko Djurica

    Les Polonais dénoncent la violence du climat politique

    En Pologne, pas de contestation sociale dans le mouvement qui secoue le pays depuis lundi 14 janvier. Il s’agit cette fois d’un meurtre, celui du maire de Gdansk. Des foules compactes et silencieuses s’étirent dans des rues entières à Gdansk bien sûr, mais aussi à Cracovie et Varsovie pour rendre hommage à une figure de l’opposition, Pawel Adamowiczun maire progressiste engagé pour les réfugiés, les femmes, les LGBT.

    C'est aussi, analyse Paul Gradvohl, spécialiste de l’Europe centrale à l’Université de Lorraine, une prise de conscience : « Les manifestations elles-mêmes sont le témoignage d’un élan, de la volonté de souligner le fait qu’il ne s’agit pas d’une affaire personnelle ou même d’une ville. C’est l’idée que c’est l’ensemble des Polonais qui sont concernés. La marche silencieuse qui a eu lieu à Varsovie lundi soir pour honorer Pawel Adamowicz s’est terminée à l’endroit où l’on avait assassiné Gabriel Narutowicz. Là aussi c’était un assassinat politique commis par un déséquilibré, c’est le même schéma. [En 1922 le président de la République Gabriel Narutowicz a été assassiné par Eligiusz Niewiadomski, un fanatique qui avait succombé à la propagande politique de l’époque, NDLR]. Autrement dit, cette mémoire des violences politiques qu’il faut stopper sinon on va à la catastrophe est quelque chose de très présent en Pologne ».

    Peut-on parler du réveil d’une Pologne plus démocrate ? Paul Gradvohl nuance : « La Pologne n’est pas la Hongrie. La Pologne démocrate n’a jamais été totalement étouffée. Les femmes ont été par centaines de milliers dans les rues et ont empêché par 3 fois le durcissement de la loi sur l’avortement. Les manifestants ont aussi réussi à faire pression et obtenir que la Commission européenne se penche sur les réformes judiciaires en cours (Bruxelles a saisi la Cour européenne de justice qui a mis en demeure Varsovie de suspendre sa réforme de la Cour suprême. Les juges forcés de partir ont depuis été réintégrés) Ce qui se passe aujourd’hui, c’est un approfondissement de la conscience d’une bonne partie de la population, y compris chez des gens qui ont pu voter pour le PIS, le parti au pouvoir, qu’on entre dans une impasse ». Pour Paul Gradvohl, l’opposition pourrait finir par réaliser, à la faveur de ce mouvement, qu’unie elle peut battre le PIS au pouvoir. Une partie de l’Église qui garde une influence considérable dans le pays est d’ailleurs, souligne-t-il, sortie de sa réserve : le président de la conférence épiscopale a déclaré qu’une mauvaise politique pouvait mener à la guerre civile.

    Dans son rapport annuel publié cette semaine, l’organisation Human Rights Watch juge « la résistance à l’exercice autocratique du pouvoir, croissante ». Dans le monde et singulièrement à l’est de l’Europe. « Les excès des régimes autocratiques, dit l’ONG, suscitent une vigoureuse contre-attaque ». Résistances disparates, déclencheurs différents selon les pays, mais à l’Est, quelque chose dans l’air a changé. Sans qu’on sache encore si un jour, ces colères citoyennes pourront trouver un débouché politique.

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