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    Europe

    [Analyse] La lente érosion des accords de contrôle des armements

    media Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, lors d'une conférence de presse au siège de l'Alliance, à Bruxelles, le 25 janvier 2019. EMMANUEL DUNAND / AFP

    L'Otan qualifie la situation de « très sérieuse », après l'échec des réunions entre la Russie et les représentants de l'Alliance sur le Traité d'interdiction des armes de portées intermédiaire (INF). Les Etats-Unis et les Européens accusent Moscou de produire et d'utiliser des missiles proscrits par le texte signé en 1987. « Le traité est réellement menacé » a assuré ce vendredi le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg. Début février, Washington va s'engager sur la voie du retrait, ce qui dans les faits laissera encore six mois à la Russie pour se conformer à ses obligations, mais la tendance générale n'est pas bonne, près de trois décennies après la fin de la guerre froide, l'Europe risque de nouveau d'être prise dans la spirale de la course aux armements.

    Les négociations n'ont rien donné, sauf revirement de dernière minute, d'ici le 2 février, les Etats-Unis vont lancer la procédure permettant la sortie du Traité sur l'interdiction des armes de portée intermédiaire (INF)  : c'est-à-dire pouvant frapper à une distance comprise entre 500 et 5 500 km. Pour l'Europe, c'est le signe d'un « affaiblissement du cadre stratégique », selon les termes des diplomates.

    En clair, depuis la guerre froide, un certain nombre de règles internationales, de normes et de mécanismes permettaient de superviser la production, le développement et le déploiement d'armes nucléaires ou conventionnelles, mais ces traités de contrôles des armements s'effritent petit à petit : les Etats-Unis ont quitté le traité ABM sur les armes nucléaires en 2002, avec le déploiement du bouclier anti-missile en Europe (NMD) ; et la Russie a quitté le traité FCE sur les armes conventionnelles en 2015, après l'épisode ukrainien.

    Nouvelles menaces en Europe

    Les experts considèrent que la Russie produit et entend déployer des missiles de croisière, (GLCM) sur la base du système mobile « Iskander », mais ayant une portée supérieure à 500 km. Ces missiles très mobiles sont qualifiés de « déstabilisants et dispersables », ils bénéficient aussi d'une « conception permettant de jouer sur l'ambiguïté entre engins nucléaires et conventionnels ».

    Moscou répond qu'il ne s'agit que d'engins à une portée limitée à 480 kilomètres... La présentation à la presse, cette semaine, par les autorités russes de tubes de missiles en question, présentés comme ceux d'un 9M729 « Novator » (SSC-8 selon la nomenclature de l'Otan), ne semble pas avoir convaincu. Selon certains experts occidentaux : « dévoiler un missile dans une salle, en assurant qu'il s'agit du bon missile, est une opération que ne répond pas aux critiques, ce n'est pas un acte de transparence, mais action de communication ».

    Sur le terrain, ces missiles pourraient donner aux russes une gamme d'options supplémentaires en leur permettant de tirer de plus loin, en plaçant leurs batteries sol-sol à l'intérieur de leurs territoires, (donc en les protégeant mieux) soit en leur permettant d'atteindre des cibles plus lointaines en Europe de l'Ouest, comme des bases militaires situées aux Pays-Bas ou en Allemagne. Une attitude qualifiée « d'agressive » par de nombreux pays et qui rend très nerveux les partenaires de l'Otan d'Europe de l'Est.

    Quelles réponses ?

    En 1987, c'est le traité INF qui avait mis un terme à la crise des euromissiles déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales. Sur ce dossier, les Européens ont donc décidé de faire bloc derrière les Etats-Unis, il s'agit pour les alliés d'avoir une position unie. Ils exigent le strict respect du traité et la destruction des missiles produits. Les pays les plus exposés pourraient être tentés de fournir une « réponse militaire symétrique », c'est-à-dire s'équiper de missiles comparables, ou renforcer leurs défenses anti-missiles.

    A ce jour, des doutes demeurent concernant la capacité du bouclier américain installée en Pologne et en Roumanie à intercepter ces engins aux profils de vols difficilement prédictibles et pouvant voler au ras du sol. La France, adepte du multilatéralisme, prône une solution « basée sur le droit ». Par exemple, la relance d'un agenda de contrôles des armements plutôt que la relance de la course aux armements.

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