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    Les Etats-Unis annoncent leur retrait du traité de désarmement nucléaire FNI

    media Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a annoncé ce 1er février que les Etats-Unis allaient se retirer du traité FNI. Eric BARADAT / AFP

    Washington l’a annoncé avec 24 heures d’avance sur le délai initial : les Etats-Unis vont se retirer d’un traité de désarmement crucial pour la paix en Europe. Le retrait du traité FNI sera effectif « dans six mois », précise la Maison Blanche, à moins que la Russie ne s’engage à détruire les missiles qui violent ce traité, aux yeux des Etats-Unis.

    Depuis plus de trente ans, le Traité sur les missiles nucléaires à portée intermédiaire, le FNI (ou INF en anglais), assure une forme d’équilibre de la terreur entre Russes et Américains. Mais comme leur nom l’indique, ces missiles sont conçus - au cours de la Guerre froide - pour en découdre sur un champ de bataille qui s’appelle l’Europe, rappelle notre envoyé spécial à Bucarest, Quentin Dickinson.

    Les Russes estiment aujourd’hui que le FNI est en voie de caducité, puisque les Américains ont développé des systèmes sophistiqués de défense antimissiles, et que, d’autre part, les Chinois, qui n’ont pas signé ce traité, constituent une menace sur leurs arrières. Depuis six ans, Vladimir Poutine autorise donc le déploiement d’une nouvelle génération de missiles à moyenne portée, les 9M729 (nom de code Otan : SSC-8), au mépris du FNI. Ce vendredi matin, les États-Unis ont annoncé leur retrait du FNI, effectif dans six mois.

    Un délai de « la dernière chance »

    « À moins que les Russes détruisent tous les missiles, bases de lancement et équipements qui violent le traité dans les six mois, le traité sera abrogé », a déclaré Mike Pompeo. Un délai qualifié de « dernière chance » par un haut responsable de l’administration.  « La Russie a mis en danger la sécurité de millions d’Européens et d’Américains », a aussi affirmé le secrétaire d’État, avant d'ajouter : « ces violations désavantagent militairement les Etats-Unis ».

    Les Américains estiment avoir scrupuleusement respecté les termes de l’accord pendant 31 ans, souligne notre correspondante Anne Corpet. « Nous ne pouvons pas être les seuls unilatéralement liés par ce texte », précise un communiqué de la Maison Blanche, avant d’ajouter « le Pentagone va étudier les options qui seront développées en concertation avec l’Otan et nos autres alliés ».

    Selon un haut responsable de l’administration, l’armée américaine attendra l’expiration du traité avant de lancer de nouveaux programmes de construction de missiles jusqu’alors interdits. Interrogé sur la relance d’une course aux armements, le secrétaire d’État a répliqué « Un bout de papier ne réduit pas les risques » avant de répéter : « c’est la Russie qui est responsable. Elle ne respecte pas le traité ».

    Le président américain a pour sa part déclaré espérer qu’un nouveau traité puisse être signé. Mais sans les nommer directement, Donald Trump ne croit pas à la bonne volonté des Russes. « J’espère que nous serons capables de réunir tout le monde dans une très grande et magnifique salle pour signer un nouveau traité qui sera bien mieux. Mais il faut que tout le monde y adhère. Nous ne pouvons pas être désavantagés en signant un traité, en le respectant, avec quelqu’un d’autre qui ne s’y conforme pas. »

    La Russie pointe le système de l'Otan

    Mais du côté du Kremlin, on réaffirme une fois de plus son attachement au traité signé dans les années 1980 par Ronald Reagan et par Mikhail Gorbatchev. Pour la Russie, non seulement les accusations formulées par Washington sont infondées mais ce sont en réalité les Etats-Unis qui violent le traité FNI, explique notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot.

    Dans un entretien à la chaîne Rossiya 24, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergei Ryabkov met ainsi en cause le système antimissile déployé par l’Otan en Roumanie et prochainement en Pologne. « Dans le pire des scénarios, les Américains peuvent déployer 24 missiles Tomahawks. Avec le système antimissile qui sera mis en place en Pologne, cela fera en tout 48 missiles, d’une portée de 2 500 kilomètres. Et si vous dessinez un rayon sur une carte, vous verrez quelles sont les zones en Russie qui sont à la portée de ces missiles. »

    Pour Sergei Ryabkov, Washington veut entraîner la Russie dans une nouvelle course aux armements, plus de 40 ans après celle qui avait mis l’URSS à genoux. « Ils ne comprennent pas que cette fois nous avons retenu la leçon », ajoute le chef adjoint de la diplomatie russe : « nous ne lésinerons pas sur les moyens, mais nous éviterons de nous ruiner ».

    Inquiétudes européennes

    Mais chez les Européens, cette situation provoque la colère et l’inquiétude. « Ce à quoi nous ne voulons absolument pas assister, c’est que notre continent redevienne le champ de bataille ou le lieu de confrontation d’autres superpuissances », a expliqué Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’Union européenne.

    « Ceci appartient à un passé depuis longtemps révolu, qu’à la fois le traité FNI et l’Union européenne en tant que telle ont contribué à surmonter une fois pour toutes. Et nous ne voulons vraiment pas même envisager l’hypothèse d’un retour en arrière. »

    [Analyse] La lente érosion des accords de contrôle des armements

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