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    Europe

    «Le silence des autres, la justice contre l'oubli»: l'Espagne en son miroir

    media La mère de Maria Martín a été exécutée alors que celle-ci n'avait que six ans. Maria est décédée pendant le tournage du film « Le silence des autres », mais sa fille, Maria Angeles, a pris le relais. « Ma mère serait fière de moi », confie t-elle. www.sddistribution.fr

    Quand un pays gratte son histoire et sa mémoire là où elles démangent, cela donne au cinéma d'émouvantes images de douleur et de combats partagés, de solidarités retrouvées. C'est le cas dans ce documentaire, « Le silence des autres : la justice contre l'oubli », d'Almudena Carracedo et Robert Bahar qui sort ce mercredi 13 février sur les écrans français. C'est un autre visage de l'Espagne qui se dévoile, loin du folklore et de la movida, dans un film déjà récompensé au festival de Berlin en 2018 et couronné il y a quelques jours du Goya du meilleur documentaire du cinéma espagnol à Madrid.

    Une vieille femme, de dos, coiffe son chignon blanc. Un robinet goutte. Les gestes sont lents, mais déterminés. Cette femme, c'est Maria Martín, l'un des principaux personnages du film d'Almudena Carracedo et de Robert Bahar. Dans un souffle de voix, elle raconte le drame de sa vie: la mort de sa mère, une ouvrière agricole, exécutée avec 29 autres par les franquistes du village pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) au prétexte qu'elle était une « rouge ». Maria avait 6 ans. L'humiliation des cheveux tondus, de la procession expiatoire dans les rues du village, les corps suppliciés et dévêtus des femmes et pour finir, la fosse commune. Cette fosse est là, sous le bitume de la route nous montre Maria. Douloureux symbole que ce bitume frais, que celui d'un pays qui se construit sur une mémoire criminelle enfouie.

    Le film d'Almudena Carracedo et de Robert Bahar sort ce mercredi 13 février sur les écrans français. www.sddistribution.fr

    Maria se bat pour qu'on lui rende la dépouille de sa mère, comme Asunción qui elle cherche le corps de son père exécuté en 1939 alors qu'elle était aussi une enfant. Les fosses communes, fruits d'exécutions extra-judiciaires sont légion en Espagne et plus de 100000 victimes n'ont jamais pu être localisées, rappelle le commentaire du film. D'autres personnages se battent pour que leurs tortionnaires soient jugés comme Chato, leader étudiant et opposant à la dictature à la fin des années soixante ou Putxi, également torturée par le fameux Antonio González Pacheco, surnommé ​Billy el Niño qui n'a été inquiété par la justice que tout récemment. Ou encore ces femmes, dont les bébés ont été volés, d'abord par la dictature (1939-1975), puis encore après le retour à un régime civil. C'est d'ailleurs ce volet qui a été le point de départ du film explique la réalisatrice, alors toute jeune maman.

    Tous ces personnages forment l'une des chaînes du film, l'autre étant constituée par la trame chronologique de la procédure qu'ils ont lancée pour obtenir justice. Deux chaînes, deux fils narratifs qui s'entrecroisent, comme les brins d'un ADN, pour construire le récit. L'ADN des survivants que l'on prélève pour identifier les corps - émouvante scène où Asunción se voit prélever un peu de peau pour un test d'ADN qu'elle a du mal à épeler - , l'ADN des parents des enfants volés, l'ADN d'un pays aussi dont l'histoire bégaie.

    Car ce que pointe le film, au-delà de la douleur des victimes, c'est la difficulté pour l'Espagne à affronter cette histoire. En 1977, quelques mois après la mort de Franco, est votée une loi d'amnistie, appelée « le pacte de l'oubli », el pacto del olvido. L'opposition au régime franquiste voulait une loi d'amnistie pour ouvrir les prisons. Cette amnistie deviendra globale. La loi d'amnistie est votée pour exonérer les décideurs de l'époque de toute responsabilité et c'est le responsable de la Fondation Francisco Franco, Jaime Alonso García, qui l'assure dans le film. Les mêmes politiciens, juges, fonctionnaires, chefs d'entreprises, etc., sont restés aux commandes.

    D'où la peur de la vieille Maria, même après le retour à un régime civil, et les refus systématiques encore opposés à ses courriers pour exhumer le corps de sa mère. D'où aussi le recours à la compétence universelle de la justice pour obtenir que des enquêtes soient ouvertes et que les tortionnaires comparaissent. L’Espagne qui avait, avec fierté, obtenu l’arrestation du dictateur chilien Augusto Pinochet, au nom de ce principe qui concerne les crimes commis contre l’humanité, bloque sur ses propres dossiers. Le juge Garzón, triomphal sur le dossier Pinochet, se cassera les dents et brisera sa carrière en voulant enquêter sur les crimes du franquisme. Les plaignants espagnols se tournent alors vers la justice argentine. Les plaintes sont déposées à Buenos Aires et la juge Servini est nommée juge d'instruction. On suit le dossier pas à pas, ses avancées et ses coups de frein provoqués par les pressions politiques de Madrid. La joie et la déception qui se lisent sur les visages, filmés par une équipe qui s'est fondue au fil des six années de tournage dans leur intimité.

    Les avocats argentins Carlos Slepy - à qui le générique du film rend hommage car il est décédé peu après le tournage - et Ana Masutti. www.sddistribution.fr

    Les visites en Argentine des plaignants puisque l'Espagne ne veut pas organiser les auditions, les réunions au domicile madrilène de l'avocat argentin Carlos Slepoy, cheville ouvrière de cette bataille après s'être fait les dents sur le cas Pinochet avec Garzón, le tour de l'Espagne profonde pour obtenir un soutien populaire à la Coordinadora de apoyo a la querella argentina. On suit aussi l'évolution des mentalités. Le tournage a démarré en 2010 et s'est achevé en 2017. Au fil des 450 heures de film, du chemin a été fait et la population s'empare plus volontiers de cette histoire. Si au niveau de l'État et de l'appareil judiciaire, il y a encore des freins, au niveau des régions et des municipalités des initiatives sont prises pour ouvrir les tombes, creuser les fossés ou débaptiser les rues qui portent encore les noms des généraux franquistes comme à Madrid.

    Ainsi la fille de Maria, Maria Angeles, reprend le flambeau après le décès de sa mère. Car le temps est l'un des protagonistes de l'histoire, regrette Ana Masutti, l'une des avocates argentines. Maria Angeles se dispute avec son frère sur la nécessité de remuer encore toutes ces histoires. Lui n'en voit pas l'intérêt. C'est ce que dit le titre du film : Le silence des autres, de ceux qui ont préféré se taire, par peur, par paresse ou par intérêt. Des victimes aussi qui ont pu avoir envie à un moment donné d'oublier cette douleur comme Putxi. Le silence ensuite des enfants des témoins directs de cette histoire, qui ont grandi dans l'ignorance de ce passé. Un « blanc » dans le récit national qui se transmet depuis de génération en génération et un film comme un miroir tendu, explique Almudena Carracedo.

    [La coréalisatrice du film, Almudena Carracedo, entre José María Galante dit “Chato” et José Maria Riba de l'association Espagnolas en Paris qui anime le débat. L'association avait organisé une avant-première du film à Paris qui a fait salle comble.

    Les statues du Monument aux oubliés de la guerre civile et de la dictature de Francisco Cedenilla forment le « Mirador de la memoria » au-dessus du Valle del Jerte. www.sddistribution.fr/

    Un silence sidéral comme celui de ces statues ocre qui dominent le Valle del Jerte en Extrémadure. L'un des rares monuments aux victimes de la guerre civile et de la dictature franquiste. Des corps efflanqués d'hommes et de femmes qui se détachent sur un ciel bleu et dur et regardent les hommes, en bas. De belles et douloureuses images. « La vie injuste, disait Maria, non, ce sont les hommes qui sont injustes ». La juge Servini se montre optimiste: la justice espagnole finira bien un jour, comme l'a fait la justice chilienne, par ouvrir des dossiers. Après les premières initiatives du gouvernement de José Luis Zapatero et notamment la Loi de mémoire historique de 2007, Pedro Sanchez a promis de nouvelles avancées. Mais pour la génération de Maria, il sera trop tard.

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