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    Europe

    Guerre d'Espagne: il y a 80 ans, la «retirada» en France

    media Sur les chemins de la Retirada. © Manuel Moros / Fonds Jean Peneff

    Cette année, on commémore les 80 ans de la « Retirada », l’exode massif de Républicains espagnols vers la France en 1939. Ils sont 475 000 à avoir passé la frontière en quelques semaines, pour fuir l'avancée des troupes du général Franco après la chute de Barcelone, le 26 janvier 1939. La Catalogne était alors le dernier refuge de l'armée loyaliste espagnole. Ce samedi une grande marche est organisée à Argelès, ville du sud-ouest de la France, où les réfugiés avaient été parqués.

    Quand le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des troupes franquistes, la population catalane, les milliers de républicains qui avaient trouvé refuge en Catalogne, refoulés par l'avancée des franquistes et l'armée républicaine en déroute, se dirigent vers la frontière française pour échapper aux combats, aux bombardements et à la répression. Des Espagnols qui arrivent en plein hiver, épuisés par des années de guerre et de privations.

    Inquiet de voir des «hordes de rouges» déferler au sud du pays, le gouvernement du radical Edouard Daladier ouvrira finalement la frontière le 28 janvier 1939, dans un premier temps aux seuls réfugiés civils. Les hommes armés doivent attendre jusqu'au 5 février, et sont désarmés après avoir franchi la frontière.

    Le témoignage de Maria Braqué

    Maria Baqué était à l'époque une enfant. A 87 ans aujourd’hui, elle est l’un des derniers témoins de cet exode. En 1939, Maria Baqué a 7 ans lorsqu'elle quitte l'Espagne avec sa mère. « En passant par la montagne, avec un passeur qui nous a fait donner tout l’argent, à peu près, que ma mère avait pu économiser, j’ai marché toute la nuit pour arriver en France ».

    Le père de Maria, passé en France six mois plus tôt, les récupère à la frontière. La famille doit ensuite prendre un bateau direction l’Argentine.

    à (re)lire: Odyssée du Winnipeg: une aventure mémorable en Amérique latine

    Mais en septembre 1939, le déclenchement de la Seconde guerre mondiale annule leur projet. « Il a fallu aller au camp de concentration à Argelès, poursuit Maria. Ils ont enfermé les camps avec des barbelés, donc on était des prisonniers. Nos baraques étaient en une espèce de bois recouvert d’un carton goudronné, pour ne pas qu'on se mouille… »

    Quant au couchage …

    « C’était un grillage qui faisait le long de la baraque. Si vous aviez la chance d’avoir une paillasse, vous la déposiez dessus. Sinon, vous dormiez à même le grillage. Ma mère, qui ne pouvait pas dormir sur le grillage, eh bien elle dormait sur le sable ». Maria Baqué n'est libérée des camps qu'en 1944. Un passé qu'elle tait pendant plusieurs décennies, avant de raconter son histoire à son petit-fils.

    Arglès sur-Mer, janvier 1939: les réfugiés espagnols sont parqués sur la plage dans les conditions très précaires. AFP

    Argelès est resté dans les mémoires comme le symbole de cet exode et des très dures conditions de vie qui seront imposées aux réfugiés, provoquant de nombreux décès.

    De nombreuses victimes non identifiées

    Déjà, lors de « l’exode, il y avait eu beaucoup, beaucoup de morts, notamment dans les premiers temps puisqu’ils arrivaient en plein hiver», nous explique Maëlle Maugendre, auteure d’une thèse sur les femmes dans La Retirada. Les conditions de vie ensuite dans les camps de transit, « dans des champs, sous la neige » et ensuite dans les camps de concentration, dont celui d'Argelès sur-mer, ont provoqué la mort de « plusieurs dizaines de personnes par jour ».

    Des morts souvent non identifiés, poursuit Maëlle Maugendre. «Le gouvernement français a pour objectif d’identifier toutes les personnes qui arrivent en France, sauf que cela se fait essentiellement pour les hommes et pas du tout pour les femmes et pour les enfants ». Les autorités françaises, débordées par l'afflux soudain de réfugiés, ont considéré que les femmes, par nature, n'étaient pas politisées. Une «énorme erreur», selon la chercheuse. 

    Par ailleurs , « il n’y a pas suffisamment de gendarmes et de policiers mis en place pour faire l’identification. Donc, de toute façon, il y a énormément de (personnes décédées) dont on n’a pas les noms et on ne sait même pas où (elles) sont (enterrées). Il y a des fosses communes dans les cimetières des villages de Sardagne, mais on n’a pas de chiffres précis sur ces décès ».

    Pedro Sanchez, chef du gouvernement espagnol, est attendu ce dimanche dans la région pour un hommage à deux grands disparus de la République espagnole. Il doit se rendre sur les tombes de Manuel Azaña, président de la République mort le 3 novembre 1940 à Montauban et d'Antonio Machado, décédé le 22 février 1939 à Collioure.

    à (ré)écouter :Les chemins de la Retirada

    Sur les camps en France: Chemins de mémoire, sur le site du ministère des Armées

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