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    Kosovo: la difficile renaissance de Pristina

    media Le boulevard Mère-Teresa à Pristina. RFI/Anastasia Becchio

    Il y a vingt ans, avant la guerre, Pristina ne comptait que 200 000 habitants. Les Serbes sont partis tandis qu’une nouvelle population affluait des campagnes. Désormais ceinturée de bretelles d’autoroutes, la capitale du Kosovo tente de réinventer son avenir.

    De nos correspondants,

    Autrefois, c’était entre les barres d’immeubles du quartier de Dardania que vibrait le cœur de Pristina. C’est là que se concentraient les commerces et les cafés que fréquentaient les Albanais. « Ces blocs ont été construits à partir des années 1970. La population était mixte. Nous avions des voisins albanais et serbes », explique Nerimane, enseignante à l’université, qui habite le voisinage depuis un quart de siècle. « Au début des années 1990, les Albanais et les Serbes ont commencé à vivre dans deux mondes différents. La vie nocturne albanaise de concentrait ici, tandis que les Serbes sortaient plutôt sur le Korzo, l’artère piétonne du centre », poursuit son mari, Hazir. « Dès que les bombardements de l’Otan ont commencé, le 24 mars 1999, nous avons vu nos voisins serbes sortir dans la rue avec des kalashnikovs. Ils étaient armés, même les civils ». À l’entrée du tunnel qui passe sous les immeubles de Dardania, une statue dorée du président américain Bill Clinton, l’homme clé des bombardements de 1999, dresse la main vers le ciel, mais il semble désigner un immense tag réalisé par les militants du mouvement de la gauche radicale Vetëvendosje, hostile à tout compromis tant avec Belgrade qu’avec la communauté internationale, qui proclame « pas de négociations, autodétermination ! »

    Pristina, une ville en plein essor

    Pristina ne comptait autrefois que 200 000 habitants, mais après le conflit, la population de la capitale du Kosovo a explosé. Les habitants des campagnes ont afflué, parfois en expropriant sans autre forme de procès les Serbes qui avaient fui la ville. Plus de 60 000 Serbes vivaient à Pristina avant 1999, mais ceux qui n’ont pas été directement chassés ont préféré s’en aller, estimant ne plus avoir leur place dans une ville où l’albanais est devenu la seule langue de communication. Beaucoup se sont installés dans l’enclave de Gračanica, à quelques kilomètres de distance, devenue une sorte de faubourg serbe de la capitale. Alors qu’aucun recensement n’a jamais pu être organisé depuis 1999, on parlait de 500 000 ou 600 000 habitants dans les années qui ont suivi le conflit.

    Les « nouveaux riches », souvent issus de la guérilla de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), ont envahi les anciens quartiers huppés, comme la colline de Dragodan, repère des intellectuels albanais, car l’université de Pristina y avait loti des terrains dans les années 1970 et 1980. Les prix du quartier ont explosé, tandis que beaucoup de représentants de l’ancienne élite albanaise préfèrent louer leurs villas aux « expatriés » à forts revenus, ces milliers de diplomates des missions internationales qui ont afflué au Kosovo depuis vingt ans. Comme beaucoup d’autres, Azem, ancien secrétaire administratif de l’université, a vendu sa maison « pour aider ses enfants ».

    Azem a déménagé dans le nouveau quartier de Kalabria, de longues barres d’immeubles sorties de terre à la périphérie de la ville, près de l’autoroute qui file vers Ferizaj et la frontière macédonienne. Ici, aucun plan d’urbanisme n’a jamais été respecté et la propriété des terrains demeure mystérieuse. De nouveaux immeubles continuent sans cesse de se construire, même si la tendance démographique est clairement à la baisse. Toute la population du Kosovo prend en effet la route de l’exode vers les pays d’Europe occidentale, mais les chantiers se poursuivent, comme ceux des énormes centres commerciaux qui sortent de terre autour de la ville. À défaut de pouvoir consommer, les familles viennent s’y promener le week-end.

    Désormais, qui pourrait dire où vibre le cœur de la capitale ? Il y a bien le quartier de Pejton, où l'on trouve le monument « Newborn », symbolisant la naissance du jeune État kosovar, avec ses nombreux bars, en contrebas de l’énorme cathédrale Saint-Pierre, édifiée à la fin des années 2000. À peine 5% des Albanais du Kosovo sont de confession catholique et, si Pristina peut se vanter d’avoir la plus grande église catholique des Balkans, la cathédrale orthodoxe dresse toujours sa carcasse inachevée dans le parc qui relie les bâtiments de l’université et la bibliothèque nationale, un étonnant chef-d’œuvre de l’architecture moderniste socialiste « néo-orientale ».

    Le patrimoine architectural en danger

    De même, la capitale du Kosovo n’a toujours pas de grande mosquée, alors que 80% de la population du pays est musulmane. Les vieux quartiers ottomans sont grignotés par la spéculation immobilière, sans que les autorités se préoccupent de préserver ce qui reste de ce patrimoine architectural. Pour certains intellectuels nationalistes, exalter les origines catholiques des Albanais est une manière « d’ancrer » leur peuple dans l’histoire européenne, tandis qu’ils rejettent les références musulmanes et « orientales », associées aux six siècles de domination ottomane.

    C’est sur le Korzo que se raconte, encore et toujours, l’histoire de la ville. Le Korzo, c’est l’artère piétonnière du centre, sur laquelle déambulent à toute heure de la journée les familles et les bandes de copains. Les fonctionnaires et les politiciens l’empruntent pour se rendre au Parlement. On y trouve le vieil hôtel Grand, construit à l’époque yougoslave, comme le Swiss Diamond, le plus luxueux palace de la ville, propriété du ministre des Affaires étrangères. À l’époque de la Yougoslavie socialiste, l’artère portait le nom du maréchal Tito. Sous Slobodan Milošević, elle a pris celui de Vidovdan, en souvenir de la bataille médiévale de Kosovo Polje, et elle s’appelle désormais Mère-Teresa. En effet, la sainte catholique est née dans une famille albanaise de Macédoine. La piétonnisation de l’avenue a profondément bouleversé le trafic automobile et la ville, qui a beau se vider de sa population, reste congestionnée par des embouteillages quotidiens.

    Des transports urbains toujours pas au rendez-vous

    Élu en décembre 2013, le maire Shpend Ahmeti, issu du Parti social-démocrate (opposition de gauche), avait promis la construction de parkings municipaux et le développement d'un réseau de transport urbain, mais il reste encore beaucoup à faire. C’est pourtant dans les nouveaux immeubles de Dragodan que se dressent les bureaux de la mairie et ceux d’entreprises qui viennent changer le visage de la ville, comme Gjirafa.com, premier moteur de recherche en albanais. « Notre pays n’est toujours qu’à moitié reconnu sur la scène internationale. Amazon ne livre pas au Kosovo, Google ignore la langue albanaise. Les Balkans sont ignorés par les acteurs mondiaux de l’internet », explique Mergim Cahani, le fondateur de cette start-up qui affiche des taux de croissance insolents. Pour lui, cet isolement est « une chance » qui permet de développer des projets autonomes. C’est aussi dans ce quartier que fleurissent les écoles privées internationales ou les restaurants branchés que fréquentent les nouvelles classes moyennes en formation.

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