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    Europe

    Petro Porochenko, un «self-made man» post-soviétique face à la nouvelle Ukraine

    media Petro Porochenko au milieu de ses partisans entre les deux tours, le 14 avril 2019. REUTERS/Valentyn Ogirenko

    Milliardaire, homme politique aux allégeances changeantes, Petro Porochenko est l’archétype d’une classe dirigeante née du démantèlement de l’URSS. Ce qu’il met en valeur comme une expérience d’homme d’État essentielle pour l’européanisation de l’Ukraine et contre l’agression de la Russie se heurte aujourd’hui au rejet d’une large partie de l’opinion publique.

    De notre correspondant à Kiev,

    Au second tour de la présidentielle ukrainienne, le 21 avril, les Ukrainiens sont appelés à choisir entre Petro Porochenko et Vladimir Poutine. C’est en tout cas le message que les affiches du président sortant renvoient aux électeurs. Petro Porochenko se revendique comme un homme d’État occidentalisé et réformateur, et un chef des armées dont les principes et la patience doivent mener le peuple à la victoire. Manœuvre politicienne d’entre-deux-tours, la posture est avant tout la dernière transformation en date de Petro Porochenko, anciennement surnommé le « roi du chocolat » ukrainien.

    D’homme d’affaires à homme politique

    Né en 1965, il est un pur produit du système soviétique. Avec son père dignitaire du parti communiste et gestionnaire d’une usine, il passe une partie de son enfance à Bender, une ville de la république socialiste soviétique de Moldavie, aujourd’hui située dans l’État sécessionniste non reconnu de Transnistrie. Il effectue son service militaire au Kazakhstan, avant de terminer ses études en économie et relations internationales. Il épouse Maryna Perevedentseva en 1984, avec laquelle il aura 4 enfants. À la chute de l’URSS, lui et son père lancent plusieurs projets industriels, notamment dans la confiserie et la construction automobile.

    Si la famille est affectée par la mort du frère de Petro, Mikhaylo, dans un accident de voiture en 1997, les affaires fleurissent dans le chaos des années 1990. À la fin de la décennie, c’est déjà un empire conséquent, et Petro Porochenko suit le mouvement d’autres hommes d’affaires post-soviétiques en se lançant en politique. D’abord associé au président autoritaire Leonid Koutchma, il cofonde en 2001 le Parti des Régions, la future majorité du corrompu Viktor Ianoukovitch.

    Petro Porochenko opère un virage à 90 degrés en 2004 en soutenant la « révolution orange » et en s’engageant dans l’équipe réformatrice du président Viktor Iouchtchenko. Il est rapidement mis à l’écart en raison de dissensions politiques. S’ensuit une sorte de traversée du désert politique. Petro Porochenko est considéré comme un politique de second rang, utilisé à deux reprises comme ministre dans des gouvernements oligarchiques. Dans le même temps, son empire économique se diversifie dans la banque, l’immobilier et les médias. En 2012, il pèse 1 milliard de dollars, selon le magazine Forbes. À l’été 2013, il est la principale victime du conflit commercial dit de la « guerre du chocolat » entre l’Ukraine et la Russie.

    Aux yeux des Ukrainiens, Petro Porochenko est donc partie prenante du système oligarchique qui dirige l’Ukraine depuis son indépendance. Ses allégeances flexibles sont une preuve du « copinage » qui règne au sein de l’élite politique. Dans un entretien en septembre 2013, il justifiait son parcours comme un gage de « l’expérience qu’il met au service de son pays ». C’est ainsi qu’il remporte la présidence dès le premier tour en 2014, dans la vague de la révolution de l’EuroMaïdan, de l’annexion de la Crimée et dans l’amorce du conflit à l’Est. Il porte alors les espoirs de modernisation de l’économie et de réforme de l’État suscités par la révolution. Ses électeurs estiment que ce milliardaire sera moins tenté par la corruption que ses prédécesseurs. Anglophone, il est un interlocuteur pratique pour les partenaires occidentaux de l’Ukraine, pour faire face à l’agression de la Russie.

    Diabétique et animal nocturne…

    Des espoirs qui s’éteignent un à un, quand il s’avère que Petro Porochenko ne combat pas le système oligarchique. En 2015, des journalistes d’investigation observent le ballet d’oligarques de tous poils auprès de l’administration présidentielle, jusque tard dans la nuit. Malgré son diabète, Petro Porochenko est connu comme un bourreau de travail, et un animal nocturne. Ces rencontres dans la pénombre modifient la perception des Ukrainiens. Le comportement de son parti politique à la Verkhovna Rada (Parlement) est loin d’être exemplaire en matière de réformes. Au mieux, estiment les représentants de la société civile, Petro Porochenko chercherait à gérer l’oligarchie au lieu de la combattre. Au pire, il en profite, lui et ses proches.

    Des soupçons confirmés en 2016, quand il figure dans l’enquête internationale des « Panama Papers ». Il y est accusé d’évasion fiscale. Malgré sa promesse de vendre les sociétés de son empire économique pour éviter les conflits d’intérêts, il n’en vend que quelques-unes, sur le tard. Ses déclarations de revenus attestent d’un accroissement de sa fortune, à une époque de grave crise économique. Le luxe de sa vaste résidence au sud de Kiev, dont le parc abrite une église privée, ne fait pas scandale: après tout, il est milliardaire. En revanche, la découverte d’une villa non déclarée à Marbella, sur la côte sud-espagnole, lui est fortement reprochée.

    Aux critiques, comme aux demandes de la société d’un président irréprochable, l’équipe de Petro Porochenko oppose un déni systématique et méprisant. La présidence met en avant des avancées conséquentes depuis 2014, comme la stabilisation des finances publiques, la réforme de la décentralisation, ou encore la libéralisation du régime de visas Schengen pour les citoyens ukrainiens. Le chef de l’État persiste à se présenter comme un champion de la lutte contre la corruption, et cherche refuge dans le rôle de chef des armées d’un pays en guerre. Selon plusieurs de ses proches collaborateurs, Petro Porochenko a de fait été traumatisé par l’escalade militaire à l’Est, et la vision répétée à l’infini des cercueils de soldats. Plus de 13 000 personnes ont perdu la vie dans la guerre, selon l’ONU. Il multiplie les déplacements sur le front et les apparitions en uniforme, et dénonce l’agression russe à chacune de ses interventions publiques.

    C’est visiblement dans la suite logique de la rupture avec la Russie que ce chrétien orthodoxe très pratiquant abandonne le patriarcat de Moscou auquel il était affilié. Il œuvre à l’établissement d’une Église orthodoxe d’Ukraine indépendante de Moscou, reconnue fin 2018. Sans doute parce qu’il le vit comme un cheminement personnel, il mise sa réélection sur cet accomplissement, et sur son triptyque « Armée ! Foi ! Langue ! » Un slogan conservateur qui ne mobilise pourtant qu’une partie de l’électorat. Petro Porochenko doit faire face au rejet d’une grande partie de l’opinion. En plus de népotisme et de complicité dans des affaires de corruption, il est taxé de dérive autoritaire.

    Confiant pour un second mandat

    Dans une séquence vidéo, on le voit en compagnie d’hommes d’Église, interpellé par un citoyen sur la question du combat contre la corruption. Le chef de l’État s’indigne: « Va à l’Église, car visiblement tu n’as pas la foi !  » Et de dénigrer son interlocuteur comme un « provocateur moscovite », pour la simple raison que l’homme s’exprime en russe. La vidéo devient virale. Quelques semaines plus tard, une enquête de journalistes implique des proches du chef de l’État dans une affaire de contrebande dans le secteur de la défense. Petro Porochenko, qui avait juré de « couper les mains » de ceux qui oseraient s’enrichir sur le dos de l’armée, ne s’en relève pas.

    Roi du chocolat, rescapé des perturbations politiques d’une Ukraine en construction, champion des révolutionnaires de 2014, icône de l’unité du pays face à l’agression russe, Petro Porochenko incarne le succès d’un « self-made-man » post-soviétique. L’homme a toujours fait montre d’une confiance à toute épreuve. Encore aujourd’hui, il assure à qui veut l’entendre qu’il « va remporter un second mandat ». Le président sortant semble toutefois en désarroi dans une Ukraine changeante.

    En témoignent le manque d’enthousiasme aux promesses inconsidérées qu’il multiplie dans l’entre-deux-tours, et la vague irrésistible d’un « dégagisme » à l’ukrainienne, sur laquelle surfe le comédien Volodymyr Zelenskiy. Ce dernier même bénéficie de la moitié des votes des soldats mobilisés sur la ligne de front. Soit un désaveu criant du chef des armées actuel. Le parcours de Petro Porochenko est remarquable à plusieurs égards. L’héritage de sa présidence reste néanmoins à écrire, une fois les bulletins dépouillés.

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