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En Roumanie, les «petits» producteurs débordent d’ambitions

media Dans le pays de Sicule, à l’est de la Transylvanie, la commune de Frumaosa, à cinq heures de route de Bucarest. Anne Bernas/RFI

En Roumanie, les énormes exploitations agricoles séduisent de plus en plus les paysans jusqu’à attirer les agriculteurs étrangers. Le pays s’est classé en 2017 au 8e rang des plus grandes puissances agricoles d’Europe. Face à ce développement croissant, les « petits » agriculteurs engrangent aussi, discrètement, les succès. Reportage.

De notre envoyée spéciale en Roumanie,

La Transylvanie n’est pas seulement le pays de Dracula, des ours, des invasions tatares et mongoles. Au milieu des immenses forêts de conifères, des montagnes aux cimes enneigées, se dresse une multitude de petits villages loin d’être désertés de leur population. Si le roumain est la langue officielle du pays, ici le hongrois est la langue quotidienne.

Dans le pays de Sicule, à l’est de la région, la commune de Frumaosa peut s’enorgueillir d’avoir ramené au pays deux jeunes des leurs. « Nous sommes aujourd’hui 3 633 habitants sur les quatre villages de la commune », explique fièrement le maire Ferencz M’Bor.

À Bârzava, Andre et Lajos Eross sont des revenants. Originaires du village, ils ont quitté la Roumanie pour poursuivre leurs études en Australie où ils ont chacun fondé une famille. Mais depuis deux ans, ils reviennent passer l’été dans la ferme parentale pour s’occuper de leur nouvelle exploitation de canneberges.

Sur trois hectares, grâce à un financement de l’Union européenne, ils ont ainsi aligné des plants d’arbres fruitiers, un produit présenté par l’UE comme pouvant devenir un commerce très attractif. En effet, le kilo de cette grande airelle rouge d’Amérique du Nord se vend à 2,5€. Et d’ici une année, les deux frères espèrent en récolter 40 tonnes, qu’ils vendront localement dans la région, voire qu’ils exporteront s’ils en ont l’opportunité.

Si la Transylvanie est la région la plus froide de Roumanie (la moyenne annuelle des températures avoisine les 6 degrés et les gelées demeurent légion même au mois d’août), elle n’en est pas moins fertile. La canneberge poussant dans les tourbières des régions froides, l’exploitation ultra-modernisée d’Andre et de Lajos Eross est située sur un lieu idéal.

Une reconversion florissante

Dans le village voisin, Fekete Endre est debout depuis 4h du matin malgré une longue nuit festive et arrosée avec ses amis de la coopérative du village. Il travaille sept jours sur sept pour produire de la charcuterie locale. Entre chambres froides, four et salle de découpe, cet ancien ingénieur en élevage qui travaillait dans la ferme du Parti communiste raconte comment il s’est reconverti par le biais de fonds propres et a bénéficié d’un programme européen qui lui a versé 50% de son budget.

Les conditions imposées par l’UE pour obtenir des financements sont très strictes, mais Fekete Endre préfère s’y soumettre pour travailler avec ses 14 employés sur des machines à la pointe de la technologie. Et ses produits n’ont rien à envier aux charcuteries des grosses usines. Test à l'appui, ils sont d’une incomparable qualité. Saucisses, lard, pâté, saucissons, etc. sont vendus localement, directement au client (écoles, restaurants, petits magasins, particuliers).

Le commerce est donc très rentable (Fekete Endre achète dans le département voisin 20 tonnes de porc par mois) et a toutes les chances de se développer encore. Le patron de Zoo end com confie avoir déposé un nouveau dossier à l’UE pour pouvoir acheter des panneaux solaires et un camion frigorifique.

Szépvizi, une entreprise créée pour aider les producteurs laitiers

À quelques encablures des volutes de fumée de cochon grillé, une odeur de fromages se répand dans l’air. Près de l’église de Frumoasa s’affiche fièrement l’enseigne Szépvizi. En 2011, pour venir en aide aux producteurs laitiers de la région qui vendaient leur lait à un prix trop bas, Gai Zoltan décide de créer cette coopérative fromagère. Entre les cuves de milliers de litres de lait, le manager détaille les secrets de sa production qu’il réalise grâce à huit employés. Chaque jour quelque 300 kilos de fromage et de yaourts sortent de l’usine pour régaler les papilles des clients, locaux principalement, dont le scengo, un fromage unique à pâte dure sans nul autre pareil.

« Nous sommes très fiers, car Szépvizi est un projet unique dans la commune », raconte Gai Zoltan. Une aventure qui a pu être menée à bien via des aides de la commune, du gouvernement et, bien entendu, de l’UE (financements indirects liés aux pâturages).

Aujourd’hui Szépvizi s’autofinance, mais comme dans la région les ambitions foisonnent, Gai Zoltan a, comme ses collègues, déposé un nouveau dossier de demande d’aides à l’Europe pour créer un laboratoire d’analyse de lait au sein de son usine, et ce pour lui éviter d’envoyer à Cluj (capitale non officielle de Transylvanie) ses échantillons de lait. Un projet accepté par l’UE qui lui a versé 100 000€.

Mieux encore : dans quelques semaines, Szépvizi recevra peut-être une nouvelle aide de 500 000€ de Bruxelles pour fonder une usine de production de... camembert.


Gabriel Diaconu, un agriculteur autodidacte passionné d’écologie

À deux heures de route de la grouillante et frétillante Bucarest, le paysage se transforme. Le département de Prahova, en Valachie, est situé entre la Grande plaine roumaine et les Carpates. Entre les rivières, les villages se succèdent, offrant au visiteur des paysages somptueusement bucoliques. En contrebas d’une église immaculée, le jeune Gabriel Diaconu s’active à la tâche. Ici, nulle gigantesque exploitation, la région est vallonnée et principalement occupée par des vergers à taille humaine.

Gabriel Diaconu, la vingtaine, est revenu d’Angleterre il y a trois ans pour monter son exploitation avec l’aide d’un associé moldave vivant toujours en Autriche. Ancien étudiant en sport, il décide de mettre à profit sa passion pour l’environnement et la planète : sur une surface de 15 hectares abandonnée depuis seize ans, il se lance. Ecokult voit le jour. Le jeune homme utilise la permaculture, méthode s’inspirant de l’écologie naturelle et respectant la biodiversité de l’écosystème.

Actuellement dans ses onze serres construites de ses propres mains se succèdent des choux, des brocolis, des salades, des tomates, etc. Gabriel Diaconu vend tous ses produits directement aux consommateurs et aux petits commerçants de la région, via son site internet dernier cri, mais aussi par Facebook, etc.

Si « tout va bien », dans quelques semaines son exploitation pourra se vanter d’avoir le label éco-bio. Une certification essentielle pour le jeune agriculteur qui aura alors la possibilité d’obtenir des fonds de l’UE pour accroître sa production. Jusqu’à présent, son ambitieux projet financé uniquement par des fonds propres lui rapporte juste de quoi payer ses employés.

Aujourd’hui, l’exploitation fait travailler entre trois et huit personnes sur la terre, un chauffeur-livreur, un comptable et un ingénieur. « Je travaille par conviction », raconte l’autodidacte qui, malgré les difficultés et la solitude, avoue n’avoir jamais eu un seul regret à s’être lancé dans cette aventure peu ordinaire.

Reportage réalisé avec le soutien de l'Union européenne / Direction générale de l'Agriculture et du Développement rural de la Commission européenne.

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