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    Europe

    Pour les Sámis de Finlande, la langue comme outil de réappropriation culturelle

    media Les élèves du «nid linguistique» pour Sámis réunis autour du feu, le 6 mai 2019 à Rovaniemi, en Laponie finlandaise. RFI/Marine Jeannin

    Dans la région transnationale de Laponie, qui s’étend entre la Norvège, la Suède et la Finlande, vivent les Sámis, l’un des seuls peuples indigènes de l’Union européenne. Soumis à une politique d'assimilation en Finlande jusqu’aux années 1980, ils connaissent désormais un regain de fierté pour leur culture traditionnelle. Reportage à Rovaniemi, en Laponie finlandaise, dans une école de langue same pour les plus jeunes.

    de notre envoyée spéciale,

    On croirait être dans une école comme les autres : une salle de classe remplie de jouets et de crayons, un tableau blanc, des dessins pendus au mur. Accoudés à la table basse, trois petits blonds dessinent un drapeau rouge, vert, jaune et bleu orné d’un cercle. Ce drapeau, c’est celui des Sámis, un peuple autochtone vivant dans la région transnationale de Laponie. Nous sommes à Rovaniemi, en Finlande, dans l’une des seules écoles de la région où l’on enseigne le davvisámegiella, ou « same du Nord », dans des cours suivis par une poignée d’enfants en bas âge.

    Les Finlandais appellent cet endroit un « nid linguistique ». Il s’agit d’un cursus qui précède la maternelle, où les jeunes élèves s’immergent dans la langue et la culture traditionnelle samies avant de prendre leur envol. « On a ouvert le "nid" en 2015, raconte la directrice du centre, en anorak et le visage rougi. À l’époque, on n’avait que deux élèves, mais on en a eu de plus en plus avec les années, grâce au bouche-à-oreille. »

    Des élèves du «nid linguistique» pour Sámis dans la forêt à l’extérieur de l’école, le 6 mai 2019 à Rovaniemi, en Laponie finlandaise. RFI:Marine Jeannin

    Les cours ont lieu en lisière de la forêt lapone. Les Sámis vivant en osmose avec la nature, les enfants sont emmenés en randonnée dans la forêt où ils apprennent à reconnaître les animaux et à construire des pièges à oiseaux. « Les parents sont ravis de voir ce que les enfants apprennent au "nid", poursuit la directrice. Après la classe, ils ramènent cette culture avec eux à la maison. »

    « Transmettre notre langue et notre culture à nos enfants est une manière de continuer la lutte »

    Comme tous les matins, les enfants sont rassemblés à l’extérieur, malgré une épaisse couche de neige. Ils sont huit, âgés de deux à cinq ans. Assis en rond autour du feu, ils boivent du jus de fruits dans des kuksas, les tasses en bois traditionnelles, et chantent des comptines apprises à l’école en same, évidemment. Quelques mètres en retrait, une jeune femme d’une trentaine d’années les observe en souriant. Son fils Mikos, 2 ans, fait partie de la nichée.

    « Mon mari et moi sommes Sámis, mais nous ne parlons pas très bien la langue, explique-t-elle. À notre époque, il était embarrassant de se dire Sámi. Mais les choses sont en train de changer, et je voulais vraiment que mon fils connaisse cette culture que moi-même je connais mal, faute de pratique. »

    Elle se tait quelques instants pour écouter les enfants chanter, puis poursuit :« Ça ne fait pas si longtemps que nous, les Sámis, avons des droits. Transmettre notre langue et notre culture à nos enfants est une manière de continuer la lutte ».

    Les séquelles d’une politique d’assimilation

    Comment les Sámis adultes ont-ils fini par en connaître moins sur leur culture que leurs propres enfants ? La faute à une politique d’assimilation qui dominait en Finlande jusqu’aux années 1980, explique Liisa Holmberg, présidente de l’Université de Laponie et ancienne rectrice du Sámi Education Institute. Elle porte la tenue traditionnelle : un châle à franges retenu par le risku, une lourde broche circulaire. « Les Sámis ont été colonisés en Finlande. Dans les années 1960-1970, les langues sames n’étaient pas enseignées à l’école, regrette-t-elle, alors que le langage est le véhicule de notre identité. Ne pas connaître sa langue maternelle est un lourd fardeau. »

    Il était alors d’usage pour les enfants métis ayant, comme elle, un parent finlandais et un parent sami, de parler finnois à la maison. « C’était le résultat d’une politique d’assimilation, certes, mais pas seulement, nuance-t-elle. On avait fini par l’intérioriser, c’était un problème structurel. »

    Le feu autour duquel se réunissent les élèves du «nid linguistique» pour Sámis. Photo prise le 6 mai 2019 à Rovaniemi, en Laponie finlandaise. RFI:Marine Jeannin

    Une autonomie constitutionnelle

    En 1973, la Finlande a été la première nation de Laponie à se doter d’un Parlement de Sámis. L'événement a marqué le début de l’empowerment (autonomisation) de ce peuple indigène, couronné en 1991 par le Language Act qui accorde aux Sámis le droit d’utiliser leurs langues pour tous les services gouvernementaux. Leur statut juridique a été inscrit dans la Constitution finlandaise en 1995 : en tant que peuple indigène, il leur permet de bénéficier d’une autonomie en matière de langue et de culture et de vivre de leurs activités traditionnelles, en particulier l’élevage de rennes. Depuis 2003, le same est même devenu une langue officielle dans quatre municipalités de Laponie.

    Le processus a été long, raconte Liisa Holmberg, qui a travaillé quinze ans au gouvernement finlandais. « Quand j’ai voulu que les langues sames soient enseignées dans les écoles, on me disait qu’on n’avait pas d’argent. Je répondais : "Mais si, on en a. Et on n’a besoin que d’une petite somme pour ces cours, 200 000 euros". Alors, j'entendais : "On n’a pas non plus de professeurs". Et moi, je répondais : "Il nous suffit de cinq professeurs pour commencer". Ça a fini par marcher. C’est juste une question de volonté politique. »

    Un avenir incertain

    Aujourd’hui, les Sámis ont leur propre délégation au Conseil de l’Arctique, qui rassemble les États du Grand Nord, des observateurs et les populations indigènes. Au sommet interministériel qui se réunit tous les deux ans, les représentants autochtones sont invités à s’exprimer d’égal à égal avec les ministres des Affaires étrangères russe ou norvégien. « En plus des institutions et des cours de langues, notre culture a fini par rejoindre la culture mainstream ( la culture dominante), se réjouit Liisa Holmberg. Vous pouvez regarder la télévision samie, des films en same, lire des médias samis et écouter de la musique same. On a même des rappeurs ! »

    Les Sámis sont aujourd’hui 50 000 en Norvège, 20 000 en Suède et 10 000 en Finlande, sans compter la Russie où ils ne sont pas reconnus en tant que minorité. Il ne s’agit pas du seul peuple autochtone de l’Arctique, mais sans doute du plus indépendant. « Les autres peuples indigènes de l’Arctique ont, pour la plupart, un niveau d’éducation assez bas, estime Timo Koivurova, chercheur au Centre arctique de l'Université de Laponie. À l’inverse, la plupart des Sámis ont un haut niveau d’éducation, ont fait des études universitaires, de la recherche… »

    Mais l’avenir de la diaspora est incertain. « 70 % des enfants samis de moins de 10 ans vivent hors des régions samies, où le Sami Language Act est en vigueur, s’inquiète Timo Koivurova. Comment vont-ils apprendre la langue ? » Car les grandes villes comme Helsinki, riches en opportunités professionnelles, attirent les Sámis à la recherche d’un travail et les jeunes qui ne souhaitent plus vivre de l’élevage de rennes.

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