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    Europe

    La mort d'une ado néerlandaise a fait s'emballer la presse mondiale

    media Couverture du livre «Gagner ou apprendre», le journal intime de Noa Pothoven, publié en 2018.

    Noa Pothoven, une Néerlandaise de 17 ans victime de violences sexuelles, s’est éteinte le 2 juin chez elle. La presse étrangère a cru à une euthanasie et s’est emballée, alors que cette affaire relève plutôt d'un suicide annoncé, faute de soins adéquats.

    Ce qui était d'abord un fait divers, traité comme tel par la presse néerlandaise, est devenu une affaire d'État. Un émoi international s’est répandu comme une traînée de poudre, de nombreux médias ayant relayé les 3 et 4 juin une fausse information sur la prétendue « euthanasie » de la jeune Noa Pothoven. Un tweet du pape, posté le 5 juin, a même déclaré que « l’euthanasie et le suicide assisté sont un échec pour tous ».

    Hugo de Jonge, ministre de la Santé, du Bien-être et du Sport est monté au créneau pour démentir toute euthanasie et annoncer une enquête de l'Inspection de la santé et des jeunes sur les circonstances exactes de la mort de Noa. Il a également demandé à ce que la presse, qui a envoyé des reporters traquer la famille à Arnhem, laisse tranquille les parents de la jeune fille. Ces derniers ont publié ce communiqué le 6 juin : « Noa a choisi de ne plus boire et manger. Elle est morte en notre présence dimanche dernier. Nous demandons à tous de respecter notre vie privée de manière à ce que nous puissions faire notre deuil. »

    Violée par deux hommes à 14 ans

    Que s’est-il passé ? Cette jeune fille d’Arnhem a été agressée sexuellement à 11 et 12 ans, puis violée par deux hommes à 14 ans dans un quartier de Arnhem. Elle ne parle de ses agressions qu’à 15 ans et demi, après que sa mère a trouvé des lettres d’adieu dans sa chambre. Puis, elle décide de publier en 2018 son journal intime dans un livre, Gagner ou apprendre (Editions Boekscout) qui raconte sa souffrance et son parcours du combattant pour tenter d’en sortir, en vain. Ce livre, qui a gagné un prix, lui a valu un portrait en décembre dernier dans le journal local De Gelderlander. L’article raconte avec précision le calvaire de Noa, et annonce déjà « qu’aussi jeune qu’elle soit, à 16 ans, elle aspire à la fin. Noa et ses parents sont désespérés ».

    Souffrant d’anorexie, de dépression, de stress post-traumatique et d’actes d’auto-mutilation, Noa Pothoven a fait une demande d’euthanasie en juin 2018 auprès de Levenseind («Fin de vie»), une clinique de La Haye, seule et sans en parler à ses parents.

    Elle a été refusée parce qu’elle était trop jeune et que son cas ne correspondait pas aux conditions de cette procédure, légalisée en 2001 aux Pays-Bas. L’euthanasie consiste à administrer un médicament mortel à un patient de plus de 12 ans « qui en a fait la demande en étant bien informé, afin de mettre fin à une souffrance insupportable et sans espoir ».

    Un dernier message sur Instagram mal interprété

    En fait, Noa Pothoven s’est éteinte le 2 juin dans un lit d’hôpital installé dans le living-room de ses parents, en présence de sa famille et d’une équipe médicale. « Je respire, mais je ne vis plus », écrivait-elle dans son dernier post sur Instagram, annonçant sa mort « dans les 10 jours ». « J’ai cessé de m’alimenter et de boire, et après bien des conversations et des examens, il a été décidé de me laisser partir parce que ma souffrance est intolérable. »

    Ce message a été mal interprété, d’abord sur le site news.com.au en Australie et celui d’Euronews, selon Naomi O’Leary, une journaliste du site Politico, qui procède à une vérification le 5 juin. Virale, l’information a été reprise partout, de Fox News à Russia Today en passant par le quotidien britannique The Daily Mail, qui titre ainsi le 4 juin sur une « Jeune fille qui termine sa vie légalement dans une clinique pour euthanasie ». Naomi O’Leary, qui s’interroge sur le tollé qu’aurait provoqué aux Pays-Bas une telle euthanasie, appelle le journaliste du Gelderlander. Elle dément sur Twitter que toute euthanasie ait été pratiquée, avant de publier le 6 juin un article qui retrace l’histoire de cette « fake news ». La presse rectifie aussitôt le tir, comme le Washington Post, entre autres. A leur tour, les médias néerlandais commencent à titrer sur cette information erronée qui a provoqué un émoi international…

    Chronique d’un suicide annoncé

    Toute l’affaire a permis d’en savoir un peu plus sur le calvaire de la jeune fille, exposé en détail dès décembre par le journal De Gelderlander. Évoquant alors ouvertement sa demande d’euthanasie rejetée, Noa explique alors : « Ils pensent que je suis trop jeune pour mourir. Ils pensent que je devrais terminer le traitement de traumatologie et que mon cerveau doit d’abord être complètement développé. Cela dure jusqu’à l’âge de 21 ans. Je suis dévastée, car je ne peux plus attendre aussi longtemps ». Frans et Lisette Pothoven, ses parents racontent alors qu’après plus de 20 démarches médicales, ils sollicitent un traitement par électrochocs, possible en cas de dépression majeure, car ils sentent que le temps presse et que « c’est une question de vie ou de mort ».

    Internée dans trois centres différents, qui l’empêchent de se suicider sans parvenir à traiter son mal, Noa a aussi été contrainte à une mesure d’isolement psychiatrique par un juge pour enfants, ce qu’elle vit comme une humiliation. Parce qu’elle est sur une liste d’attente dans une clinique spécialisée dans les troubles de l’alimentation, elle est admise dans un état critique dans un hôpital d’Arnhem à cause de son anorexie, et plongée dans le coma pour être nourrie par sonde. Elle explique au Gelderlander : « à ce jour, mon corps se sent toujours sale. Ma maison, mon corps, a été cambriolée. Cela ne peut jamais être défait. »

    Débat sur les soins de santé, et non l’euthanasie

    De son côté, sa mère estime que « le livre de Noa devrait être obligatoire pour les travailleurs sociaux, mais aussi pour les juges pour enfants et les municipalités, qui sont responsables de la protection de la jeunesse ». Faute de toute institution spécialisée, Noa est restée en panne de vraie prise en charge. Elle avait prévu de réaliser 15 derniers vœux : faire du scooter pour la première fois, fumer une cigarette, se faire un tatouage... En décembre, sa mère déclarait : « Noa ne veut plus de cette vie. Nous avons tellement peur que la porte de la vie se ferme ! Elle choisit, en l'état actuel des choses, le chemin de la mort. Nous sommes en désaccord les uns avec les autres. Nous, ses parents, voulons qu’elle choisisse le chemin de la vie. Noa ne veut vraiment pas mourir du tout. Elle ne souhaite que la paix. »

    C’est sur les défaillances des soins de santé pour les jeunes, et non sur celles de la presse ou encore l’euthanasie, que le débat va s’orienter aux Pays-Bas. Il est porté par la chef du groupe écologiste au Parlement, Lisa Westerveld, en contact depuis des mois avec Noa et ses parents. « La famille et les soignants ont décidé, pour autant que l’on puisse parler d’une décision, de ne pas intervenir cette fois », a déclaré le 5 juin à RTL Nieuws la députée, qui a rendu visite à Noa deux jours avant sa mort. Lisa Westerveld a prononcé un discours ému au Parlement : « Je lui ai promis de continuer sa lutte pour une meilleure protection de la jeunesse, ce qui implique de raconter son histoire et celle de centaines d’autres jeunes, coincés parce qu’ils souffrent. »

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