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    Europe

    Le Forum économique russe plombé par l'affaire Baring Vostok

    media Vladimir Poutine face à un parterre d'investisseurs au Forum de Saint-Pétersbourg, le 7 juin 2019. REUTERS/Maxim Shemetov

    Ce devait être l’occasion d’attirer de nouveaux investissements étrangers en Russie. Mais l’affaire Baring Vostok et les poursuites intentées contre deux entrepreneurs étrangers pèsent sur le Forum économique de Saint-Pétersbourg. Pour Vladimir Poutine, il devient de plus en plus difficile d’attirer en Russie les capitaux étrangers.

    De notre envoyé spécial à Saint-Pétersbourg

    C’est l’objectif affiché par Vladimir Poutine à l’occasion du Forum économique de Saint-Pétersbourg, le rendez-vous d’affaires le plus prisé de Russie : convaincre les investisseurs étrangers de miser sur la Russie. Malgré les sanctions, malgré une économie atone (seulement 0,5% de croissance en rythme annuel au premier trimestre) et surtout malgré l’affaire Baring Vostok.

    L’arrestation de Philippe Delpal et l’assignation à résidence de Michael Calvey - pour ce qui est considéré comme un litige commercial - ont rendu très pesant le climat des affaires en Russie. « 70% des hommes d’affaires estiment dangereux de créer une entreprise chez nous, s’est alarmé Alexei Koudrine, président de la Cour des comptes russe, lors de l’ouverture du Forum de Saint-Pétersbourg. C'est un travail compliqué, risqué, et la situation de Michael Calvey le prouve encore une fois. L’affaire Baring Vostok est un choc pour l’économie russe et depuis le début de l'année, la fuite des capitaux de Russie a doublé et atteint plus de 40 milliards de dollards. »

    Une affaire qui fait peur

    Si l’affaire Baring Vostok a suscité un tel émoi dans les milieux d’affaires en Russie, c’est qu’il s’agit du premier exemple de « vendetta judiciaire » à l’encontre d’entrepreneurs étrangers. « C’est vraiment la manière typique dont les Russes règlent ce type d’affaires qui sont des affaires civiles et qu’ils règlent au pénal, explique Emmanuel Quidet, président de la Chambre de commerce franco-russe. C’est très regrettable et on le dit aux Russes en permanence. Ceux qui ne sont jamais venus en Russie s’en inquiètent bien évidemment. Et ceux qui sont présents en Russie sont inquiets parce qu’ils se disent dit tous "ça pourrait nous arriver". » 

    Pour Emmanuel Quidet, l’affaire Baring Vostok devrait cependant se résoudre positivement, « car les autorités russes ont compris l’impact négatif qu’elle pouvait avoir sur les investissements étrangers ». Et d’ajouter qu’aucune entreprise française n’avait décidé de quitter le pays : « La France reste le premier employeur étranger en Russie et les Français continuent d’y investir ». Même son de cloche du côté des entrepreneurs français : l’affaire Baring Vostok est regrettable, explique-t-on dans les couloirs du Forum, mais les affaires continuent. « Tant que les affaires ici sont intéressantes et qu’il y a des contrats importants, les sociétés viendront, admet Philippe Pegorier, président d’Alstom Russie. Les entreprises comme les Etats sont des "monstres froids" et quand il y a des intérêts ici importants, elles passeront dessus. »

    Ralentissement de l’économie russe

    Les affaires continuent, mais les chiffres sont inquiétants pour la Russie : la croissance qui avait repris en 2017 est de nouveau à l’arrêt, le pouvoir d’achat des Russes stagne et la popularité de Vladimir Poutine s’en ressent. Quant aux investissements directs étrangers, ils n’ont jamais été aussi bas depuis dix ans : seulement 8 milliards de dollars en 2018, presque trois fois moins qu’en 2017. Et la perspective de nouvelles sanctions américaines qui planent en permanence sur la Russie ne risque pas d’inverser la tendance.

    Or, pour de nombreux observateurs, la Russie souffre des sanctions mais elle souffre aussi de problèmes structurels. Et parmi eux, cette incertitude juridique qui pèse sur les entreprises et sur les entrepreneurs, comme l’a démontré l’affaire Baring Vostok. « Sans réformes structurelles suffisamment énergiques », a prévenu Alexei Koudrine, la Russie n’atteindra jamais l’objectif des 3% de croissance. Objectif que s’était donné Vladimir Poutine, en mars 2018, après sa réélection pour un troisième mandat présidentiel. 

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