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    Europe

    Le passé colonial fait toujours débat aux Pays-Bas

    media Canon de l'histoire néerlandaise, un résumé chronologique de l'histoire néerlandaise enseigné dans les écoles aux Pays-Bas. Service de presse de l'Éducation nationale néerlandaise

    La réforme d’un document pédagogique sur l’histoire des Pays-Bas a fait surgir un débat sur le passé colonial. Le sujet reste quasiment tabou, notamment sur les massacres perpétrés en Indonésie.

    Le « Canon » néerlandais, un outil d’éducation lancé par le gouvernement en 2007 pour les 8-14 ans, se présente sous forme de carte. Cinquante entrées visuelles traitent des grands faits historiques du royaume. Ce poster pédagogique permet aux élèves de mémoriser les grandes phases de l’histoire, de l’arrivée des Romains à la création de l’euro, en dix grandes périodes. On y trouve Érasme, les tournesols de Vincent van Gogh, le portrait d’Anne Frank, un poste de télévision et des casques bleus, entre autres.

    Dès son élaboration par un comité dirigé par l’historien Piet de Rooy, cet assemblage a été critiqué, d’abord pour son choix de dix grandes périodes arbitraires, avec des chiffres ronds. Celle de la grande époque de « l’Âge d’or » s’avère la plus fournie en illustrations, comme si elle comptait plus que les autres. Seconde polémique : le côté « hollandocentré » du document, qui vise à renforcer un sentiment d’identité nationale difficile à cerner, dans une société individualiste, libertaire et multiculturelle. Les débats sur les « valeurs néerlandaises » n’en finissent plus depuis la montée du populisme de droite qui a suivi les attentats de 2001 aux États-Unis, puis le meurtre en 2004 à Amsterdam de Théo van Gogh, cinéaste critique de l’islam, par un jeune islamiste néerlando-marocain.

    Pas assez de femmes et rien sur les crimes de guerre

    Troisième aspect polémique : le « Canon »  ne comporte que trois figures de femmes et ne tient pas compte des crimes de guerre commis dans les Indes orientales néerlandaises, l’actuelle Indonésie, ni de la collaboration avec le régime nazi durant l’Occupation. C’est surtout pour corriger ces derniers aspects qu’Ingrid van Engelshoven, l’actuelle ministre centriste de l'Éducation, de la Culture et de la Science, a annoncé la formation d’un nouveau comité d’historiens. Il s’agit, dit-elle, de « raconter les histoires de différents groupes dans la société ainsi que les pages sombres de l'histoire, parmi lesquelles les crimes de guerre dans les Indes orientales néerlandaises ».

    Une polémique a aussitôt suivi, d’abord au Parlement, où la ministre a refusé de répondre aux questions de Sybrand Buma, chef du groupe CDA (démocrates chrétiens), troisième force politique après les libéraux et les populistes de droite. « Je ne veux pas de discussion politique sur le contenu de notre histoire », a-t-il déclaré, redoutant de voir chaque nouveau ministre de l’Éducation vouloir changer le Canon. Des historiens ont également marqué leur désaccord. Ton van der Schans, président de l’Association des professeurs d’histoire, a remis en question les « effets de mode et les idéologies », ainsi que l’idée que « tout ce qui est non Occidental est sacro-saint ». L’historien et ancien parlementaire Zihni Ödzil, d’origine turque, estime au contraire que des figures héroïques telles que Tula, premier esclave à se rebeller à Curaçao, dans les Antilles néerlandaises, devraient être mentionnées.

    Des réticences multiples

    Dans une tribune intitulée « Pas de Canon sans souffrance Indo-Néerlandaise », Hans Moll, président de la Fédération des Néerlandais des Indes, a pris les devants. Il demande à ce que la « souffrance des Néerlandais » soit aussi prise en compte dans les massacres en Indonésie. Entre 1945 et 1950, la répression à l’encontre des mouvements indépendantistes s’est soldée par plus de 150 000 morts parmi les civils et 6 000 parmi les soldats de la force coloniale. Peu de journaux sont revenus en détail sur cette histoire, dont la simple évocation reste difficile. Un véritable « trou dans la mémoire collective » des Pays-Bas, notait déjà en 1994 le quotidien britannique The Independent.

    Sur la partie qui concerne les femmes, Els Kloek, l’une des trois expertes sur les neuf personnes ayant élaboré le Canon, s’est inscrite en faux. « L’histoire est en train de devenir un champ de bataille incroyablement politique », a-t-elle confié au quotidien NRC Handelsblad. « C’est tellement moralisateur. Bien sûr, c’est contrariant que si peu de femmes soient visibles dans les livres d’histoire, mais c’est parce qu’elles ont peu participé à la sphère publique ». Cette historienne ne peut pas être accusée de trahir la cause des femmes, puisqu’elle est l’auteure d’un ouvrage sur les 1001 femmes ayant marqué l’histoire des Pays-Bas.

    Un concert de réactions qui ne nomme pas les faits

    James Kennedy, l’historien néerlando-américain chargé de présider un nouveau comité pour réformer le Canon, tient un discours consensuel, sans, lui non plus, oser nommer directement les faits controversés. « Les pages sombres de l’histoire sont déjà présentes dans le Canon », déclare-t-il ainsi, sans préciser qu’il se réfère par exemple aux casques bleus néerlandais, dessinés sur la carte. Leur attitude passive avant et pendant le massacre de Srebrenica, en ex-Yougoslavie, a provoqué de houleux débats, bien au-delà des Pays-Bas. « Dans le Canon figurent beaucoup de choses positives dont on peut être fier, poursuit James Kennedy. Y a-t-il un équilibre ? Est-ce une représentation juste de l’histoire néerlandaise ? C’est ce que nous allons devoir examiner ».

    Dans ce concert de réactions, personne n’a insisté sur le fait que la quasi-totalité des juifs néerlandais ait été déportée durant l’Occupation allemande ni fait remarquer le rôle des Pays-Bas dans la traite transatlantique et l’exportation d’esclaves noirs dans son ancienne colonie du Surinam, voisin de la Guyane. Les débats ne font donc que commencer, révélateurs d’un malaise à la fois singulier aux Pays-Bas et commun aux anciennes puissances coloniales.

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