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    Europe

    République tchèque: la mobilisation contre Andrej Babis s'intensifie

    media La manifestation pragoise du 4 juin 2019. REUTERS/Bundas Engler

    Une nouvelle manifestation massive est annoncée ce dimanche 23 juin à Prague. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues dans un grand parc de la ville, pour réclamer la démission du président du gouvernement tchèque, Andrej Babis. Le Premier ministre milliardaire est soupçonné de fraude aux subventions européennes et il se trouverait en situation de conflit d'intérêts, selon un projet de rapport d'audit de la Commission européenne.

    Avec notre envoyée spéciale à Prague,  Anastasia Becchio

    Des familles piqueniquent sur les larges pelouses, des groupes d'amis discutent verre de bière à la main dans les allées ombragées. Ambiance détendue dans l'immense parc Letna, sur la rive gauche de la Vltava, avec sa vue imprenable sur le centre historique de la capitale tchèque. Le lieu doit accueillir des dizaines de milliers de manifestants antigouvernementaux.

    L’objectif des organisateurs, l’ONG « Million de moments pour la démocratie » : dépasser le record de la manifestation de début juin - plus de 100 000 personnes. Si la barre des 350 000 participants est atteinte, dans ce haut lieu de la contestation d'avant la transition démocratique, ce sera la plus grande mobilisation depuis les rassemblements de 1989 contre le communisme.

    Les organisateurs se réfèrent à la mobilisation de la révolution de 1989

    Ondrey Solon, qui promène sa fillette, sera de la partie pour la première fois. « Il est temps de se faire entendre, nous explique t-elle. Il y en plus que marre. Il y a conflit d’intérêts entre les affaires de M. Babis et la politique. Depuis la révolution, les Tchèques n’étaient plus habitués à s’organiser, ils étaient passifs, mais là, ça dépasse les bornes. Je ne veux pas d’un Berlusconi ou d’un Poutine ici. »

    En plus de la démission du Premier ministre, les protestataires demandent celle de sa ministre de la Justice, Marie Benesova, qu’ils soupçonnent de vouloir freiner les poursuites judiciaires à l'encontre du chef de gouvernement.

    Jiri Mach, responsable de la communication à l'Institut des relations internationales de Prague, manifeste régulièrement contre Andrej Babis depuis 2017. Attaques contre la liberté de la presse et le système judiciaire... il est temps d’agir, selon Jiri. « Si on ne s’y met pas maintenant, dit-il, on risque de se retrouver coincé sur la pente glissante qui nous fera ressembler à la Pologne ou la Hongrie. La liberté de la presse et l’État de droit sont les deux choses les plus importantes à protéger, si on ne veut pas se retrouver dans la même situation. »

    Il n’y aura pas que des Praguois ce dimanche. Les sociétés ferroviaires et de transport en autocar notent une activité bien supérieure à la normale, notamment en provenance des grandes villes de Moravie. « La seule préoccupation du Premier ministre est en fait de trouver des solutions à ses problèmes personnels », indique l’ONG organisatrice dans son invitation sur Facebook.

    Andrej Babis nie tout conflit d’intérêts mais la mobilisation ne faiblit pas

    La société civile se mobilise contre M. Babis et sa ministre depuis fin avril. La Commission européenne soupçonne le Premier ministre tchèque d’avoir touché indument des subventions de Bruxelles, et estime qu’il tire toujours des bénéfices de sa holding Agrofert, dont il s'était formellement séparé en 2017. Bruxelles réclame à la République tchèque le remboursement de 17,4 millions d'euros.

    Le rapport d’audit doit être rendu dans les prochains mois. Andrej Babis nie tout conflit d’intérêts et a jusqu'ici pris de haut les manifestants. Mais ceux-ci n’ont pas l’intention de désarmer et voient loin. Ils prévoient déjà un rassemblement le 16 novembre, à la veille du 30e anniversaire de la révolution de Velours, qui avait précipité la chute du régime du Parti communiste tchécoslovaque.

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