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    République tchèque: après la manifestation de Prague, quelle suite pour Babis?

    media Le Premier ministre tchèque Andrej Babis à Bruxelles le 20 juin 2019. REUTERS/Johanna Geron

    Des dizaines de milliers de personnes - 250 000 selon les organisateurs - étaient réunies dimanche 23 juin 2019 à Prague pour réclamer à nouveau la démission du président du gouvernement, Andrej Babis. Malgré l’ampleur de ce rassemblement, inédit depuis la révolution de Velours il y a 30 ans, le paysage politique tchèque ne devrait pas être chamboulé.

    Avec notre envoyée spéciale à Prague,  Anastasia Becchio

    Des dizaines de milliers de Tchèques sont venus exprimer, dimanche, leur rejet du président du gouvernement Andrej Babis, soupçonné de fraude aux subventions européennes par la Commission et accusé notamment de dérive autoritaire et de conflit d'intérêts. « La situation actuelle est inacceptable, mais la course sera probablement longue », prévient un organisateur de la manifestation.

    En fait, les jeunes membres de l’ONG « Million de moments pour la démocratie » mobilisent régulièrement des dizaines de milliers de gens depuis des mois. Ils ont tenu leur pari, atteignant cette fois un record dans un lieu très symbolique, le parc Letna et son immense esplanade où, il y a trente ans, d’autres manifestants avaient contribué à la chute du communiste en Tchécoslovaquie.

    Pour les manifestants, il s’agissait avant tout de dénoncer M. Babis comme une menace pour la démocratie et l’indépendance juridique du pays. À cela s’ajoutent des soupçons de collaboration avec la police secrète avant 1989. Le Premier ministre nie en bloc et refuse de démissionner.

    Il a quand même reculé un petit peu par rapport aux manifestants, je pense qu'il prend l'ampleur en compte, et aussi l'effet que ça peut avoir sur ses partenaires politiques

    Ondrej Horky-Hluchan, chercheur à l’Institut des relations internationales de Prague 24/06/2019 - par Anastasia Becchio Écouter
    Manifestation contre le gouvernement Babis. Prague, le 23 juin 2019. REUTERS/Milan Kammermayer

    Le rôle actif de Transparency international

    Bruxelles soupçonne Andrej Babis de conflit d’intérêt entre sa position de Premier ministre et ses affaires. La Commission européenne a lancé un audit, dont les conclusions doivent être rendues dans quelques mois. Mais des extraits du rapport préliminaire ont déjà été publiés début juin dans la presse tchèque. 

    Selon ces textes, Andrej Babis continue à tirer des bénéfices d'Agrofert, dont il s'était formellement séparé en 2017 par le biais de fonds fiduciaires contrôlés entre autres par son épouse. La Commission européenne lui réclame le remboursement de 17,4 millions d’euros de subventions touchées par le groupe agroalimentaire.

    La branche tchèque de Transparency International a joué un rôle actif dans la dénonciation de conflits d'intérêts au sommet de l’État. Elle paye en retour une pression constante, mais ne baisse pas les bras. À Prague, RFI a rencontré son directeur David Ondracka, régulièrement la cible du Premier ministre, qui le qualifie de « traître à la patrie » et de « corrompu », dans les médias. 

    « En réalité, il se bat pour survivre, d’une certaine manière. Parce que s’il démissionne, les fonds que touchent ses entreprises seront remis en cause, il fera face à des accusations judiciaires et perdra la protection politique dont il bénéficie actuellement. Donc, il doit se battre le plus longtemps possible. Mais je ne pense pas qu’il pourra s’en sortir au final », analyse le président de l’ONG. 

    Mais David Ondracka ne se laisse pas faire. Cette semaine, il est longuement interviewé par un grand hebdomadaire pragois. Il y traite le Premier ministre de menteur. Et Transparency International réfléchit sérieusement à lancer un procès en diffamation si Andrej Babis ne s’excuse pas d’avoir traité l'ONG de « corrompue ».

    « Il déclare publiquement qu’à cause de David, c’est-à-dire moi, les entreprises qu’il a créées n’auront plus de fonds publics, qu’elles se retrouveront en difficulté et que les employés perdront leur emploi, explique M. Ondracka. Du coup, je reçois des mails, des appels de personnes qui me disent : "Abruti, tu veux que je sois au chômage ?" ». L’été dernier, fasse aux pressions, le directeur de Transparency International a pris la décision d’éloigner sa fille de Prague pour quelque temps. 

    Vote de confiance au Parlement

    Même si la pression se fait de plus en plus forte, la survie politique d'Andrej Babis, à court ou moyen terme, est assurée. Cette semaine, le chef du gouvernement fera face à un vote de confiance au Parlement mais il a de fortes chances de remporter. Les sociaux-démocrates et les communistes, partenaires de sa coalition minoritaire, ont déclaré qu’ils le soutenaient. Les manifestations, elles, font une pause estivale et ne reprendront qu'à l’automne. Dimanche, c'était la 6e fois que les gens descendaient dans la rue.

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