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    Europe

    La romancière turque Elif Shafak: «Je n’ai pas le luxe d’être apolitique»

    media L'écrivaine turque, Elif Shafak ©creative commons/Michael Radulescu of Rusoff Agency

    La romancière turque Elif Shafak, militante pour les droits des femmes et des minorités, salue la victoire de l’opposition à l’élection municipale d’Istanbul. Un « moment historique », selon elle, alors que beaucoup reste à faire au pays de Recep Tayyip Erdogan. L’écrivaine la plus lue de Turquie, qui publie un nouveau roman, 10 Minutes 38 Seconds in This Strange World, est menacée une fois de plus de poursuites judiciaires. Entretien.

    De notre correspondante en Turquie,

    RFI: Pour la première fois depuis 25 ans, l’opposition vient de remporter la mairie d’Istanbul face au parti du président Erdogan. Quelle est l’importance de cette victoire ?

    Elif Shafak: C’est une très grande victoire. C’est même un moment historique, non seulement pour les démocrates d’Istanbul, mais aussi pour tous ceux qui, en Turquie, croient en la démocratie, la diversité et la coexistence.

    Le nouveau maire, Ekrem Imamoglu, a répété pendant sa campagne que le partisanisme et les politiques identitaires étaient les principaux ennemis de la démocratie. Êtes-vous d’accord ?

    Absolument. En tant qu’écrivaine, en tant qu’auteure de fiction qui se préoccupe profondément des mots, je pense que chaque changement politique, culturel, social commence par le langage. Depuis très longtemps en Turquie, la seule rhétorique audible – celle du gouvernement, celle du parti au pouvoir – est une rhétorique populiste, masculiniste, qui divise la société en camps « nous » contre « eux ». Ekrem Imamoglu a fait l’inverse. Il a parlé de coexistence, de diversité, d’unir les gens autour de valeurs partagées. C’est extrêmement important.

    Cela tranche aussi avec le discours populiste en plein essor ailleurs dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis...

    Je pense que la victoire d’Ekrem Imamoglu est un événement important pour les progressistes du monde entier, à l’heure où beaucoup de démocrates se demandent si nous ne devrions pas, pour l’emporter, être plus populistes que les populistes. Ekrem Imamoglu a prouvé que nous n’avions pas besoin d’entrer dans ce jeu. On peut employer un langage calme, démocratique et de paix et les gens comprendront, car ils sont fatigués de n’entendre que de la colère.

    Par ailleurs, imaginez un pays dans lequel la plupart des médias sont contrôlés par une seule voix, où l’opposition est inaudible. Et pourtant, dans ce pays, un grand nombre de gens continuent de voter contre le gouvernement. Je pense que cela montre aussi la complexité de la Turquie.

    Vous vous exprimez régulièrement sur des sujets politiques. Pourquoi ?

    Si vous êtes un auteur issu d’un pays comme le Pakistan, la Turquie, le Nigeria, le Venezuela... où la démocratie est blessée, je pense que vous n’avez pas le luxe de dire « je vais fermer la porte et écrire mes histoires, je ne veux pas parler de ce qui se passe derrière ma fenêtre ». Vous devez vous en préoccuper. Et puis je suis une féministe. Et l’une des choses merveilleuses que le féminisme m’a enseignées est que la politique ne concerne pas seulement les partis ou le Parlement. Il y a de la politique dans nos vies quotidiennes. Parfois, quand vous écrivez sur la sexualité, c’est aussi de la politique. Si vous définissez la politique d’une façon si large, vous ne pouvez pas être apolitique. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’après 2016 – après le Brexit, le vote Trump et la montée du nationalisme populiste en Europe – beaucoup d’auteurs européens et américains se sont aussi mis à parler de politique et ont ressenti le besoin d’être plus engagés.

    Mais le risque n’est pas le même selon que vous parlez de politique dans une démocratie européenne ou dans un pays comme la Turquie ?

    Il n’y a pas de liberté d’expression en Turquie. Non seulement des interviews, mais aussi des œuvres de fiction, des romans peuvent être jugés. J’en ai fait l’expérience en 2006, quand mon roman La bâtarde d’Istanbul a été poursuivi en justice. J’ai été accusée d’insulter la « turcité » et mon avocat a dû défendre au tribunal les propos de mes personnages arméniens fictifs ! Au bout d’un an, j’ai été acquittée. Mais j’ai dû continuer de vivre pendant un an et demi avec un garde du corps. Actuellement, je suis visée par une autre enquête pour « crime d’obscénité » parce que j’écris sur des sujets tels que le harcèlement sexuel, le mariage de mineures, les violences de genre… Des policiers se sont rendus dans les bureaux de ma maison d’édition pour saisir mes romans dans le cadre de cette enquête. C’est un contexte difficile.

    En plus de ces lois antidémocratiques, il y a les robots et les trolls sur les réseaux sociaux qui font circuler des phrases de mes romans ou les déforment sans avoir lu le livre, sans comprendre qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Il y a quelque chose de très triste dans tout cela, car la Turquie est un pays qui a un sérieux problème de sexisme, de harcèlement sexuel, d’inégalités de genres, d’homophobie. C’est un pays où les cas de violences basées sur le genre ont officiellement augmenté de 1400 % ces huit dernières années. Nous devons parler de ces sujets. Mais au lieu d’ouvrir des abris pour les femmes et enfants abusés, au lieu de changer les lois patriarcales, les autorités ciblent les auteurs de fiction qui osent écrire sur ces sujets.

     

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