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    Europe

    Postes clés de l'UE: la balle désormais dans le camp du Parlement de Strasbourg

    media Le Parlement européen, à Strasbourg. REUTERS/Vincent Kessler

    Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Huit sont soulagés et contents de leur paquet de nominations à la tête des principales institutions européennes, annoncé mardi à l'issue d'un sommet à Bruxelles. Le Parlement de Strasbourg doit désormais se doter à son tour d'un président, et se pencher sur la composition de ses commissions. Avant de valider plus tard les nominations du Conseil.

    Après trois jours d'âpres discussions, qui ont révélé l'étendue de leurs divergences, les chefs d'État et de gouvernement européens se sont entendus mardi pour proposer quatre candidatures pour les postes clés des institutions européennes. Ces noms sont désormais suspendus au vote au Parlement.

    La Française Christine Lagarde prendrait la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), et l'Allemande Ursula von der Leyen celle de la Commission. La présidence du Conseil reviendrait au Premier ministre belge Charles Michel et le poste de haut représentant aux Affaires étrangères à l'Espagnol Josep Borrell.

    Le président français Emmanuel Macron, contrarié la veille, a vanté cette fois une conclusion « positive et consensuelle », et le choix de « quatre personnalités qui se sont toujours illustrées par leur engagement extrêmement fort en faveur de l’Europe ». Il parle d'un « acte 2 qui commence pour notre Europe ».

    « Cet accord est aussi le fruit d’une entente franco-allemande. Nous n’avons cessé avec la chancelière Merkel de nous coordonner, d’œuvrer ensemble. Et d’une capacité aussi à travailler avec l’ensemble des partenaires européens, de toutes les familles politiques », précise Emmanuel Macron.

    Les écologistes fulminent contre le compromis trouvé

    Les centristes et libéraux se montrent très enthousiastes, après que l'un des leurs se retrouve ainsi propulsé à la tête du Conseil européen. Mais pour les autres groupes politiques du Parlement européen, en revanche, c'est la soupe à la grimace, explique notre envoyée spéciale à Strasbourg, Anissa El Jabri.

    La droite européenne a avalé la couleuvre. L'une des leurs est certes désignée présidente de la Commission, mais ce choix reste une grosse déception ; les eurodéputés du PPE rêvaient en effet de voir leur chef de file rafler le poste. « C'est un jour très triste », a répété cinq fois Manfred Weber mardi.

    Les écologistes du continent sont pour leur part écartés des nominations, et fulminent sur « ce casting médiocre, ce pathétique arrangement, cette défaite pour l'Europe et la démocratie », pour reprendre la tirade du chef de file des eurodéputés français d'Europe écologie-Les Verts, Yannick Jadot.

    « C’est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe, parce qu’on voit que ce sont des personnalités de second rang », fait-il remarquer. « Et puis, c’est fait avec une telle arrogance, une telle humiliation pour le Parlement européen qu’on ne voit ni l’intérêt de l’Europe ni l’intérêt de la démocratie », ajoute-t-il.

    Quant au groupe social-démocrate, il s'est déchiré mardi soir. Les Espagnols qui le dirigent ont eu bien du mal à tenir leurs collègues allemands, britanniques et français, déchaînés. Quand elle se présentera devant les eurodéputés dans deux semaines, Ursula von der Leyen pourrait ne pas faire le plein de ces voix.

    Le camp des nationalistes bien trop désuni pour peser

    Avant cela, place à l'élection du président du Parlement. Là encore, des socialistes parlaient de rébellion mardi soir, carrément de refuser le perchoir. L'hypothèse a âprement été discutée. Un candidat italien sera pourtant bien en piste, à savoir David-Maria Sassoli, très populaire chez ses camarades d'hémicycle.

    Trop fâchés par les chefs d’État et de gouvernement, certains socialistes se préparent même à voter pour la candidate écologiste. A priori, pas de risque en revanche de voir les groupes nationalistes en faire de même. Le camp nationaliste est d'ailleurs le grand absent des négociations européennes pour les postes clés.

    Arrivé en tête des européennes en France, le parti Rassemblement national fait par exemple pale figure depuis quelques jours. Alors que les principaux postes se sont négociés au Conseil, Marine Le Pen et ses troupes étaient de facto hors-jeu. Idem pour leurs alliés principaux du FPÖ autrichien ou de la Ligue italienne.

    Marine Le Pen a beau être allée négocier en personne le mois dernier à Bruxelles, alors qu'elle n'est plus eurodéputée, elle n'est pas parvenue à regrouper les nationalistes dans un seul groupe. Rebaptisé « ID » pour Identité et démocratie, celui dans lequel siègent les Français n'est que 5e du Parlement.

    Le Premier ministre hongrois Viktor Orban fait toujours partie du PPE, et d'autres nationalistes se sont une nouvelle fois regroupés ailleurs au sein du nouvel hémicycle. Ce mercredi, les nationalistes pourraient donc au mieux briguer une vice-présidence à Strasbourg, et encore ce camp fera face à un « cordon » pour l'en empêcher.

    « Cordon sanitaire » à Strasbourg contre le camp nationaliste

    Ce mercredi, le Parlement va aussi élire son président, et voter pour les présidences de commission. Et comme en 2014, l’objectif est en effet qu’il n’y ait aucun élu nationaliste ou d’extrême droite. Raphaël Glucksmann, eurodéputé français Parti socialiste/Place publique, l'assume totalement.

    « Toute l’idéologie, dit-il, qui voudrait qu'une fois à la tête d’institutions, les nationalistes se modèrent, est fausse. En réalité, ils radicalisent leurs institutions, en font des tremplins et des porte-voix pour l’idéologie haineuse qu’ils portent. Et donc, il faut maintenir ce cordon sanitaire, c’est un combat politique. »

    « Les jeux institutionnels doivent s’effacer devant les rivalités idéologiques quand elles sont insurmontables et elles le sont », ajoute le nouvel eurodéputé. Selon lui, les nationalistes « marquent ostensiblement leur hostilité à toute forme de gestion communautaire des questions politiques, de gestion européenne ».

    Nicolas Bay, eurodéputé Rassemblement national, dénonce ce cordon sanitaire contre l'extrême droite : « Dans l’hypothèse où ils nous excluraient de tous les postes de responsabilité auxquels nous avons droit si l'on applique strictement les règles en vigueur, ils feraient la démonstration qu’ils ne sont pas démocrates. »

    « Nous avons fait, avec un groupe beaucoup plus petit au cours des cinq dernières années, un vrai travail de fond dans les commissions, estime M. Bay. Nous le ferons avec d’autant plus d’efficacité que nous sommes aujourd’hui plus nombreux. Nous pourrons nous déployer dans toutes les commissions. »

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