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    Europe

    Belgique: ces «blackfaces» qui ne passent plus

    media Le comédien américain Al Jolson (1886-1950) pratiquait le blackface. Hulton Archive/Getty Images

    Deux polémiques liées à des Blancs grimés en Noirs ont éclaté en Belgique, l’une à cause d’une soirée à thème au pied de l’Africa Museum le 4 août, l’autre en raison d’un carnaval qui défend son « sauvage ».

    Le « blackface », en tant que représentation coloniale et raciste du Noir, décrit ce dernier comme « incapable, vulgaire et dangereux, trop idiot pour se représenter lui-même ». La pratique, qui persiste en Belgique et aux Pays-Bas, est dénoncée en ces termes par une pétition adressée à l’Unesco par un collectif belge, Bruxelles Panthères. D’un autre côté, l’organisateur d’une fête costumée, où est apparu le 4 août à Bruxelles un homme en blackface, pose candidement la question : « On peut quand même encore utiliser l’Afrique comme code vestimentaire, non ? »

    La soirée « Afro House » du 4 août fait d’autant plus de vagues qu’elle s’est tenue dans le parc de Tervuren à Bruxelles, au pied de l’Africa Museum. Ce bâtiment, vestige de l’époque du roi Léopold II et du Congo belge, a rouvert en décembre, après cinq ans de travaux et un toilettage censé le rendre moins colonial. Problème : la fête avait pour décor des crânes fichés sur des piquets, et un code vestimentaire invitant à penser « imprimés colorés, africains, Wakanda, la sape, l’Afrique du futur ». Les photos postées sur les réseaux sociaux ont plutôt montré une Afrique du passé, avec des fêtards en pagnes swahilis, robes moulantes léopard et… sahariennes beiges. Un homme a osé le « blackface », et un autre le casque colonial.

    « Expliquez-moi comment ce genre d’événement existe encore en 2019 à l’Africa Museum ? Est-ce que la direction ou les équipes comm’ seraient sous Xanax ? » Ce commentaire a été posté sur sa page Facebook par l’association bruxelloise Café Congo, qui entend « poser une réflexion sur les relations belgo-congolaises actuelles ».

    Un podium transformé en autel macabre

    Réponse d’un journaliste du quotidien flamand De Morgen : « Un débile ignorant ne fait pas la masse. » De son côté, l’Africa Museum s’est montré gêné. Le jour même de la fête, il avait publié un post sur Facebook pour décliner à l’avance toute responsabilité, n’étant pas l’organisateur, tout en souhaitant à tout le monde de « bien s’amuser ». Après trois jours de polémique, le musée a reconnu une erreur de jugement, regretté de n’avoir pas posé des conditions plus claires et annoncé travailler sur « un plan d’action éthique afin que cela ne se produise plus à l'avenir ».

    Dorcy Rugamba, dramaturge rwandais basé à Bruxelles, s’interroge. « Imagine-t-on une fête à thème yiddish avec des types en tenues rayées et des tas d’os ? Non seulement ces gens portent des casques coloniaux, mais ils revendiquent les pires crimes en faisant de leur podium Afro House un autel macabre, avec des crânes sur un piquet. Nous voilà devant la case de Kurtz, le chef de comptoir et collecteur d’ivoire de Conrad dans sa nouvelle Au cœur des ténèbres (1899, Ndlr). On est au-delà du blackface, dans le mépris le plus total au pied de l’Africa Museum. Là se trouvent des pièces qui représentent l’âme des peuples africains, ainsi profanées parce qu’elles servent ici le pire des discours. ».

    Des carnavals avec « sorties de nègres » et « sauvage »

    La polémique se télescope avec une autre, qui porte sur une tradition bien ancrée. Des carnavals se tiennent depuis le milieu du XIXe siècle, de Dunkerque (« Nuits des noirs ») à des villages de Wallonie, faisant figurer des « sorties de nègres » et figures de « sauvage ». Autrement dit, des Blancs grimés en Noirs et bardés d’accessoires les plus stéréotypés, dont un anneau dans le nez.

    Le collectif Bruxelles Panthères, un mouvement « politique, antiraciste et décolonial » créé en 2013 par une dizaine d’afrodescendants d’Afrique du Nord, avait dissuadé en septembre 2018 le comité d’organisation de la Ducasse des Culants, dans la petite ville wallonne des Deux Acren, de procéder à sa rituelle « Sortie des Nègres ». « Nous avons envoyé un mail au bourgmestre pour dire que voir des gens barbouillés en noir et affublés de costumes tribaux devait cesser, précise Mouhad Reghif, porte-parole de Bruxelles Panthères, et qu’on essaierait d’arrêter les activités par tous les moyens nécessaires. Le bourgmestre est monté sur ses grands chevaux et appelé la police fédérale, mais le comité organisateur a décidé de l’annuler pour avoir un carnaval tranquille. La " Sortie des Nègres " a été rebaptisée cette année " Sortie des diables ", sans qu’on sache encore comment ils seront déguisés ».

    Messages de haine

    Cette année, le collectif a écrit une lettre à la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, pour l’alerter sur le caractère raciste du « sauvage » de la Ducasse d’Ath. Classé depuis 2005 au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco, en raison de ses figures de géants et de dragons, le carnaval présente sur son site la figure « enchaînée et agitée » du Sauvage comme un « témoignage du goût de l’exotisme du XIXe siècle ». La missive est aussi une pétition, relayée par le Decolonial International Network (DIN) à Amsterdam et signée par une centaine de personnes, parmi lesquelles la Fondation Frantz Fanon, la Brigade anti-négrophobie (France), Stop Blackface (Pays-Bas) et nombre d’universitaires dont Françoise Vergès et Olivier Lecour Grandmaison.

    Le collectif Bruxellois compte mener des actions (en clair, distribuer des tracts et parler aux gens) lors de la Ducasse d’Ath, les 23, 24 et 25 août prochains. Là encore, le maire a réagi en demandant des renforts de police. Des messages de soutien, mais surtout de haine déferlent sur la page Facebook des Bruxelles Panthères, de la part d’habitants d’Ath qui défendent le « sauvage ». « On est identifiés comme des Arabes et des musulmans, explique Mouhad Reghif. Un message dit par exemple : « si on enlève le sauvage, allez-vous arrêter de manger halal et de torturer les moutons ? ». Par ailleurs, l’un des membres de Bruxelles Panthères a été interrogé ces dernières semaines par la police fédérale, à la suite d’une plainte du maire des Deux Acren pour menace terroriste.

    La puissance de la propagande coloniale

    « Nous assistons à un dialogue de sourds, analyse Martin Vander Elst, anthropologue à l’Université de Louvain-la-Neuve, entre des militants qui veulent poser les bases d’une société débarrassée des stéréotypes coloniaux, et en face, des gens qui ne veulent pas se poser de questions. Les défenseurs du sauvage d’Ath s’identifient totalement à un folklore dont ils n’arrivent pas à retracer la généalogie coloniale ni à percevoir le racisme spécifique. »

    Déni, ignorance ? Le blocage vient, selon cet expert, du fait que les Belges refoulent le fait colonial, voire en sont nostalgiques, car il a été l’objet d’une propagande très forte. « En l’absence pendant très longtemps de colonisés sur le territoire de la métropole, les seuls récits ont été ceux des zoos humains et autres spectacles ethnologiques des expositions universelles. Celle de 1897 a attiré près de deux millions de visiteurs à la périphérie de Bruxelles. À l’époque, il y avait six millions de Belges. En d’autres termes, un Belge sur trois a découvert l’autre dans une cage en lui jetant des cacahuètes ! Les visites de classe au musée de Tervuren, avant sa rénovation, ont été le seul contact de plusieurs générations avec l’Afrique. » Conlusion de Martin Vander Elst : « Soixante ans après l’indépendance du Congo, ces pratiques se reproduisent comme si elles allaient de soi, ce qui pose inévitablement question ».

    À lire aussi : L'ONU suggère à la Belgique de s'excuser pour son passé colonial

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