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    Europe

    Migrants en Méditerranée: «Chaque jour passé en mer est un jour de trop»

    media Le navire «Ocean Viking» amarré au port de Marseille le 29 juillet 2019. CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

    Deux navires affrétés par des ONG, avec des centaines de migrants secourus à leurs bords, sont toujours en attente d’un port d’accueil. Le refus de certains États de les recevoir et le temps passé à négocier rendent chaque jour la situation de ces naufragés plus difficile. Entretien avec François Thomas, le président de SOS Méditerranée, en charge avec Médecins sans frontières du bateau « Océan Viking ».

    « L’Open Arms » de l’ONG espagnole Proactiva, avec 134 migrants à bord, se trouve au large de Lampedusa, une île au sud de l’Italie. « L’Océan Viking », avec 365 personnes secourues, navigue lui entre Malte et l'Italie.

    RFI – François Thomas, quelle est la situation en ce moment à bord de votre bateau « l’Océan Viking » ?

    François Thomas - Nous sommes en attente depuis le 15 août d’une décision pour le débarquement de toutes ces personnes rescapées. Certaines sont à bord depuis plus d’une semaine et la situation à bord est sous contrôle. Les personnes rescapées sont avec les équipes de Médecins sans frontières et de SOS Méditerranée. On essaie d’occuper les gens, bien sûr, avec des jeux, de la musique… Mais cette attente est, malgré tout, intolérable. Ces personnes ont vécu des situations excessivement dramatiques en Libye, et certaines ont passé déjà plus de quarante-huit heures sur un radeau pneumatique avant d’être secourues. Ce sont des personnes fatiguées, stressées, qui ont subi le mal de mer car il y a quelques jours, il y a eu du mauvais temps. Ce n’est pas une situation acceptable, qui doit durer. Malheureusement, je dois dire que chaque jour supplémentaire passé en mer à attendre qu’une solution de débarquement soit trouvée est un jour de trop par rapport à tout ce qu’ils ont vécu.

    L'Ocean Viking a sauvé 85 personnes dans une troisième opération au large des côtes libyennes, 12 août 2019. AFP Photos/Anne Chaon

    Qui sont ces personnes que vous avez secourues ?

    Il y a 356 rescapés qui ont été sauvés lors de quatre sauvetages sur quatre jours, et tous sont pris en charge sur le bateau par les équipes de Médecins sans frontières. Beaucoup de ces migrants proviennent du Soudan et il y a également des personnes d’Afrique de l’Ouest. Parmi elles, se trouvent de nombreux mineurs et la majorité sont non accompagnés. Beaucoup de témoignages dramatiques ont déjà été recueillis. Ces personnes sont vraiment traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Certaines étaient dans le camp de Tadjourah (Libye), qui a été bombardé et d'autres ont passé plusieurs années dans ce pays. D’après les témoignages reçus, toutes ces personnes portent des séquelles de tortures et des conditions de vie très difficiles qu’elles ont vécues en Libye. Tous ces rescapés savaient que s’ils restaient dans le pays, leur vie était en danger, ils n’avaient donc plus le choix. Il fallait traverser et ils ont risqué leur vie, avec leurs enfants. C'était une situation de survie pour eux.

    En ce moment, quelle est la situation dans cette partie de la Méditerranée ? Est-ce qu’il y a beaucoup de départs ?

    La situation en Libye ne s’améliorant pas avec la guerre civile, il y a de nombreux départs, principalement en été. Ces départs sont toujours très dépendants des conditions météorologiques : ces embarcations de fortune ne peuvent pas partir si ces conditions sont très mauvaises. Il y a quelques jours, il y a eu une période de mauvais temps. Mais là, il y a probablement de nouveaux départs et plus personne pour être présent puisque les navires des ONG ne sont plus là. « L’Open Arms » est à Lampedusa et nous-mêmes, avec « l’Océan Viking », sommes en attente d’une décision des États européens pour débarquer. Nous naviguons à vitesse réduite à plus de 30 miles des côtes européennes, c’est-à-dire a un peu plus de 60 kilomètres des côtes. Il reste l’opération Sophia qui a des moyens de surveillance aériens, mais il n’y a plus de moyens de surveillance maritime.

    Opération de sauvetage du navire humanitaire «Ocean Viking» affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, en Méditerranée, le 10 août 2019. 80 migrants ont été secourus. Anne CHAON / AFP

    Que dit le droit international en cas de sauvetage en mer ?

    Le droit maritime est très clair : en cas de sauvetage en mer, nous devons débarquer les personnes dans un lieu sûr le plus rapidement possible. Cette responsabilité appartient aux États côtiers.

    Aujourd’hui, avec la situation en Libye et la situation en Europe, nous nous trouvons dans un brouillard et dans des notions où ce droit n’est plus respecté et il faut absolument trouver des solutions pour recadrer tout cela. Il est incompréhensible qu’aujourd’hui ce droit maritime ne soit pas respecté par certains États européens qui ferment leurs eaux territoriales à des navires qui ont fait du sauvetage. Ce n’est pas normal et ce n’est pas légal. La demande de certains États de débarquer ces personnes rescapées dans un lieu qui n’est pas sûr est également illégale. C’est cette difficulté que nous avons aujourd’hui et qui crée ces situations absolument intolérables d’attente pendant des semaines, avec des personnes rescapées qui doivent être débarquées le plus rapidement possible. Comme cela est clairement écrit dans les conventions internationales.

    L'équipage du navire humanitaire «Ocean Viking» lors de l'opération de sauvetage en mer Méditerranée, le 9 août 2019. 85 migrants ont été secourus par l'«Ocean Viking», affrété par les ONG françaises SOS Méditerranée et Médecins sans frontières. Anne CHAON / AFP

    Tout débarquement en Libye est-il exclu ?

    Le débarquement en Libye est totalement exclu, puisque ce n’est pas un lieu sûr. Tous les sauvetages ont été effectués dans les zones de sauvetage sous responsabilité des autorités libyennes. Nous avons respecté les règlements internationaux, c’est-à-dire que nous avons contacté les autorités libyennes au moment du sauvetage. A ce moment-là, nous n’avons pas reçu de réponse. Les autorités libyennes contactées nous ont [ensuite] demandé de débarquer ces personnes rescapées à Tripoli. Ce que nous avons refusé. Nous avons contacté en premier lieu les autorités libyennes, parce que c’est le droit, et en copie, les centres de coordination des secours de Malte et d’Italie. Et donc, nous attendons toujours que l’on nous indique un lieu sûr de débarquement.

    De plus, ces personnes ont fui la Libye pour survivre, il est donc hors de question de les ramener dans ce pays.

    Où en sont les négociations avec l’Union européenne et les Etats européens ?

    Nous espérons que des négociations sont en cours. C’est ce qui avait été décidé à la réunion du 22 juillet à Paris, ce qui nous a donné un certain espoir. Cette réunion de Paris, à notre connaissance, faisait mention de huit États européens qui étaient prêts à signer un accord pour répartir toutes ces personnes rescapées, dont au moins cinq étaient prêts à les accueillir. Nous n’avons pas plus de détails, nous savons que cet accord n’a pas encore été signé [mais] que cette réunion de Paris avait été relativement positive. Mais aujourd’hui, à notre connaissance, rien n’a été mis en place. Ce que nous savons, c’est qu'il y a des négociations entre l’Union européen et les États européens, qui sont prêts à trouver une solution pour le navire Open Arms et pour « l’Océan Viking ». Mais nous ne sommes pas partie prenante de ces discussions.

    Nous savons qu’une nouvelle réunion doit avoir lieu à Malte début septembre. En tout cas ce que nous espérons, c’est que dans les jours prochains une décision soit prise très rapidement au niveau des États européens de bonne volonté, qui se proposent d’accueillir ces personnes rescapées et nous savons que la France est moteur dans ces négociations.

    Comme on l’a vu sur les derniers sauvetages, Il y a des pays qui sont quand même ouverts à trouver des solutions et à accueillir une partie de ces personnes rescapées et la France en fait partie comme l’Allemagne, le Portugal et d’autres pays. Ce qu’il faut, c’est qu’un accord prévisible, coordonné, soit trouvé pour qu’il n’y ait plus d’attente. Que, dès qu’il y a un sauvetage effectué par un navire, que les personnes rescapées - qu’elles soient à bord d’un navire d’une ONG ou qu’elles soient à bord également d’un navire de commerce qui font également des sauvetages, ou d'un navire des garde-côtes de Malte ou italien -, que ces personnes puissent débarquer dans un lieu sûr le plus rapidement possible, comme cela est prévu par les conventions internationales.

    Le navire humanitaire Open Arms, de l'ONG espagnole Proactiva, arrivant au large de l'île italienne de Lampedusa le 15 août 2019. LOCAL TEAM / AFP

    Le fait que l’Océan Viking soit sous pavillon norvégien a-t-il une incidence ?

    Nous avons choisi ce pavillon parce qu'il est très sérieux et fait partie des dix meilleurs du monde au niveau de la sécurité. De plus, la Norvège a la réputation d’être un pays d’une très grande rigueur sur le respect des conventions internationales, notamment sur les droits humains. Selon ces mêmes conventions, il appartient surtout aux États côtiers de trouver une solution rapide de débarquement dans un lieu sûr pour les rescapés. Est-ce que le pavillon norvégien peut influencer ce débarquement ? Ce n’est pas son rôle premier. Il n’appartient pas au pavillon du navire de décider où ces personnes seront débarquées. Il appartient aux États côtiers de le faire.

    Comment voyez-vous la situation aujourd’hui ?

    Nous, nous sauvons des vies, c’est notre raison d’être. C’est le droit de la mer, c’est l’humanisme. Aujourd’hui l’Europe se mobilise pour trouver des solutions. J’ai quand même espoir que cette situation absolument intolérable ne dure pas. Car à l’heure où nous parlons, sur « l’Open Arms », cette situation intolérable dure depuis plus de deux semaines et pour certains rescapés de « l’Océan Viking », depuis plus d’une semaine. Ces personnes ont vécu des choses terribles, elles sont dans des conditions de confort quand même restreintes, même si le navire a été adapté au mieux pour le sauvetage. Le temps politique n’est absolument pas celui de l’humain, de l’humaniste : dans ce cas précis cette attente est absolument insupportable.

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