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    Turquie: un clip de rap crée le buzz sur les réseaux sociaux

    media Le clip Susamam qui cumule près de 28 millions de vues dénonce les atteintes à la liberté d'expression en Turquie. (photo d'illustration) OZAN KOSE / AFP

    « Je ne peux pas me taire ». En Turquie où les voix dissidentes peinent à se faire entendre, cette petite phrase issue d'un clip de rap est instantanément devenue un cri de ralliement sur les réseaux sociaux. Mis en ligne le 5 septembre dernier, il cumule déjà près de 28 millions de vues.

    « Susamam » qui signifie « Je ne peux pas me taire » en turc est le projet d’une vingtaine d’artistes. Ils entonnent, tour à tour leur propre couplet dans le clip qui dure une quinzaine de minutes. Chaque rappeur aborde un problème qu’affrontent la Turquie et sa société, des injustices, en passant par la corruption, mais aussi la cruauté envers les animaux.

    La liberté d'expression en ligne de mire

    L’extrait qui a été le plus repris sur les réseaux sociaux survient au milieu du clip, le seul interprété par une rappeuse. Il est consacré aux violences contre les femmes où les derniers cris d’Émine Bulut, une Turque poignardée à mort en août par son ex-mari sous les yeux de sa fille de 10 ans, peuvent être entendus.

    Le clip dénonce aussi les atteintes à la liberté d’expression, sans surprise dans un pays où un simple message sur Twitter peut vous envoyer en prison.

    Le rappeur à l’origine du projet, Şanışer s’attaque à ce sujet. « Tu n’as pas parlé, donc tu es coupable. S’ils viennent te chercher une nuit, tu ne trouveras même pas de journaliste pour en parler, ils sont tous en prison », déclame-t-il. « J’ai trop peur d’envoyer un tweet, j’en suis à avoir peur de la police de mon propre pays », poursuit-il dans le clip.

    Le couplet s'annonçait prémonitoire puisque quelques heures après la sortie du clip, Canan Kaftancioglu, une chef de l’opposition à Istanbul, était condamnée à près de dix ans de prison notamment pour des tweets jugés insultants envers le président Erdogan. Sans surprise également, une plainte a été déposée contre les artistes du clip. Une enquête est en cours.

    Le clip, fustigé par le parti au pouvoir, l'AKP

    Le titre a été repris des millions de fois sur les réseaux. La plupart des internautes saluent l’initiative, d’autant que ce genre de clip est assez rare en Turquie.

    Le ton militant du morceau détonne avec le reste du paysage musical turc, finalement peu engagé, à l’exception, justement, de la scène rap. « La musique a enfin parlé », a écrit sur Twitter le journaliste Can Dündar, exilé en Allemagne, en publiant l’extrait sur les journalistes en prison.

    Le rappeur Fero, qui ne figure pas dans le clip, répond à ceux qui le trouvent trop long. « Ce n’est pas la chanson qui est longue, c’est le pays qui a beaucoup de problèmes ». Toujours sur Twitter, un internaute félicite les rappeurs. « Certaines personnes ne comprennent pas depuis des années ce que 20 personnes ont réussi à raconter en 14 minutes », a-t-il écrit.

    Le parti au pouvoir, l’AKP, et ses soutiens dans les médias ont évidemment fustigé l’initiative. Un journal progouvernemental a même vu dans le projet la patte de groupes terroristes. Sur Twitter, des partisans de l’AKP ont lancé une campagne avec le hashtag « Sustunuz » qui signifie « Vous vous êtes tus », accusant les rappeurs de n’avoir rien dit lors du coup d’État manqué de 2016. Mais leur campagne est loin d’avoir rencontré le même succès.

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