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    Europe

    Chute du Mur de Berlin: un soldat français raconte

    media La porte de Brandebourg était devenue le symbole de la division de Berlin. Archives personnelles de Raul Alegria

    De 1961 à 1989, Berlin, la capitale allemande est morcelée. Un imposant mur s'élève au milieu de la ville. À l'Est, les Russes occupent la zone. L'Ouest est divisé entre les Américains, les Français et les Anglais. À l'époque soldat de l'armée française, Raul Alegria a accepté de raconter à RFI ce jour particulier.

    RFI : Quelle était la raison de votre présence à Berlin en 1989 ?

    Raul Alegria : À l'époque, j'étais un militaire français du 46e régiment d'Infanterie. J'ai été affecté à Berlin Ouest, d'octobre 1989 à septembre 1990. Le 9 novembre, jour de la chute du Mur de Berlin, cela a été une immense surprise pour nous. Il n’y a pas de mot pour décrire l’émotion et le choc que cela a été. Personne ne s’y attendait. Personne n'en parlait, il n'y avait pas eu de rumeurs, rien qui laisse présager un tel engouement. J'étais de service ce soir-là, avec une patrouille. Dans la rue, les gens nous dépassaient en courant. Mon allemand n'a jamais été très bon, mais j'ai compris qu'ils allaient casser le Mur.

    Qu’avez-vous ressenti lors de la chute du Mur ?

    Il y a eu deux moments bien distincts pour les soldats. Nous étions nerveux et stressés à l'idée que la population s'attaque au symbole du Mur. Personne ne pouvait imaginer la réaction des soldats soviétiques, nous ne pouvions rien prévoir, c’était angoissant. Ils auraient pu tirer ou empêcher brutalement les Allemands de l'Est d'accéder au Mur. C'était très tendu pour nous, en tant que soldats. Les ordres ont tardé à arriver, nos supérieurs nous demandaient d'attendre. Chacun jaugeait la situation. Au bout d'une heure, nous avons reçu la consigne de ne pas intervenir. Puis d'autres ordres sont arrivés, nous demandant de distribuer des rations alimentaires aux Allemands de l'Est. Les Anglais nous avaient devancés, ils avaient établi un stand de distribution de nourriture proche du check-point Charlie. À ce moment, nous étions rassurés. La foule ne partageait pas notre angoisse, les Allemands étaient ravis de casser le Mur. Les jeunes nous dépassaient en courant, ils riaient. Tout s'est passé naturellement.

    Comment réagissait la population ?

    À l’Ouest, la population était folle de joie, les gens plaisantaient avec nous, c'était très détendu. Ceux qui sortaient de Berlin Est étaient plein d'appréhensions. Certains ne savaient même pas qu'il y avait des soldats français et anglais à l'Ouest. Nous leur avons expliqué la raison de notre présence. Il y avait beaucoup de bruit, tout le monde voulait casser le Mur, qu'importe la manière. Des marteaux et des pioches passaient de main en main. La foule utilisait tout ce qu'elle trouvait. Un homme avait un pied-de-biche à la main. Notre présence n'était pas remarquée des Allemands de l'Ouest, ils s’étaient habitués à la présence de soldats étrangers dans leur ville.

    Une fois le Mur tombé, quelle a été la réaction des soldats soviétiques ?

    Les soldats soviétiques voulaient surtout faire des échanges. Ce soir-là, il y a eu beaucoup de troc. Il leur fallait des cigarettes, des babioles, des cadeaux… Ils sont passés à l'Ouest, par curiosité j'imagine. Ils avaient dû recevoir l’ordre de laisser faire de leur côté également.

    Raul Alegria (habillé en civil, au centre) aux côtés de soldats soviétiques. Archives personnelles de Raul Alegria

    Que retenez-vous des premières heures de l'Allemagne réunifiée ?

    Les Allemands de l’Est étaient craintifs durant les premières minutes. Puis les échanges se sont détendus, à la manière d'une famille qui se retrouve. De par leur langue, leurs cultures communes, il était simple pour les gens de communiquer. Le Mur a été une période douloureuse pour chacun. Cette réunification était un soulagement. Quant aux Allemands de l’Est, ils avaient souffert de l'occupation soviétique. Ils n'avaient rien. Au lendemain de la chute du Mur, le 10 novembre 1989, les autorités allemandes ont donné 100 marks à chaque Berlinois de l'Est. Après cela, tous les magasins étaient vides. Il y avait une frénésie de l'achat, après de longues périodes de restrictions et de manque. On distinguait clairement les Allemands qui vivaient à l’Est de ceux qui vivaient à l’Ouest.

    Le soir de la chute du Mur, avez-vous réalisé l’importance de ce qui venait de se produire ?

    Ce n’est que quelques jours après que j'ai réalisé que je venais d'assister à un moment historique. Quelque chose qui serait dans les livres d’histoire. C'était irréel, comme dans un film. Nous sommes restés jusqu'à 3 heures du matin avec mes collèges puis sommes rentrés à la caserne, que l'on surnommait le Quartier Napoléon. Elle se trouvait proche de l’aéroport Tegel. Le lendemain, nous sommes retournés sur place. Les habitants ramassaient le Mur, ils souhaitaient garder un souvenir chez eux.

    Avez-vous eu l’occasion de visiter Berlin Est ?

    Nous sommes restés quelque temps à Berlin Est, avec quatre collèges. Nous avons dû passer l’étape du check-point. C'était assez impressionnant, chacun de nos déplacements était surveillé par la Stasi et encadré par des soldats soviétiques. Nous n’avions pas la possibilité de nous déplacer librement et devions demander la permission pour tout. Le manque de nourriture m’a frappé lorsque nous sommes allés au café. J’ai demandé un coca, mais il n’y en avait pas à Berlin Est. À la place, j’ai bu un mélange étrange de café et d'eau gazeuse. Je crois qu'il s'agit du pire coca jamais bu ! À l’Est, notre présence était remarquée par les habitants. Nous étions habillés en civil, avec des blousons de marques. La foule nous dévisageait, ce type de vêtements n'existait pas de leur côté.

    À quoi ressemblait la ville du côté soviétique ?

    Il y avait des problèmes sanitaires, surtout au niveau des constructions. De vieux bâtiments délabrés étaient laissés en ruine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'argent manquait pour reconstruire. On voyait encore les éclats de mortier, les impacts de balles, l'endroit était marqué par son passé. C'était comme un voyage dans le temps, cela n’avait pas trop changé. L'architecture soviétique et ses immeubles aux allures de wedding-cake n'ont rien arrangé. On aurait dit des HLM gris et froid. La ville était vide.

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