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    Europe

    Italie: l'armée à bord d'un cargo abandonné en mer avec 450 migrants

    media Le cargo Ezadeen battant pavillon sierra-léonais dérivait le 1er janvier 2015 moteurs arrêtés dans une mer agitée à 40 milles nautiques des côtes sud de l'Italie avec à bord 450 migrants partis d'un port de Turquie. REUTERS/Icelandic Coast Guard/ Handout

    Deux jours après la découverte d'un cargo transportant plus de 700 migrants au large de l'Italie, un autre navire était en détresse cette nuit non loin des côtes des Pouilles, dans le sud-est du pays. L'Ezadeen, c'est le nom de ce bâtiment marchand, était à la dérive à la suite d'une panne de machine. A son bord, 450 migrants clandestins, abandonnés par l'équipage du bateau. L'armée de l'air italienne a réussi ce vendredi matin à héliporter des hommes sur le navire afin d'en reprendre le contrôle et de permettre le remorquage de l'embarcation jusqu'à la terre ferme. 

    L’histoire se répète. Un équipage qui abandonne le navire laissant à bord des migrants clandestins livrés à eux-mêmes. Depuis jeudi soir, les autorités militaires italiennes tentaient d'entrer en contact avec l'équipage du bateau, repéré, apparemment en difficulté, à environ 80 miles nautiques au large de la Calabre, dans le sud-est de l'Italie.

    L'une des migrantes présentes à bord a finalement réussi à expliquer la situation par radio, a indiqué le capitaine Filippo Marini, un porte-parole de la marine italienne. « Nous sommes seuls, il n'y a personne, aidez-nous », a lancé cette femme. D’après les premières informations dont on dispose, l’équipage de l'Ezadeen serait parti en laissant le moteur tourner et les machines seraient tombées en panne dans la nuit du 1er au 2 janvier.

    Des hommes de l'armée de l'air italienne à bord du navire

    Un patrouilleur islandais, le Tyr, qui se trouvait dans la zone dans le cadre d'une mission pour Frontex, l'agence de l'Union européenne pour la surveillance des frontières, a pu s'approcher du cargo et naviguer quelques minutes à ses côtés. Mais l'équipage islandais a jugé que les vents forts et les très hautes vagues empêchaient tout abordage par la mer.

    C'est donc l'armée italienne qui s'est chargée de l’opération de sauvetage. Ce vendredi matin, malgré les conditions météorologiques dantesques, six militaires ont été héliportés à bord, comme le rapporte notre correspondante à RomeAnne Le Nir. Ils ont pu constater que l'équipage avait bel et bien abandonné le navire et que le bateau n'avait plus de carburant. 

    Le cargo est actuellement remorqué vers un port calabrais, escorté par le patrouilleur islandais Tyr. Tous les passagers - essentiellement de nationalité syrienne -, assistés par une petite médicale qui a également réussi à monter à bord, devraient arriver sur la terre ferme dans quelques heures.

    Le navire de 73 mètres serait parti du port syrien de Tartous, avant de faire escale à  Famagouste, dans le nord de Chypre. Il aurait eu pour destination finale le port de Sète, dans le sud de la France.

    450 migrants arrivent tous les jours en Italie

    Le total des arrivées en Italie pour l'année 2014 dépasse 160.000, soit une moyenne de 450 migrants par jour, dont plus de la moitié sont syriens ou érythréens.

    La grande majorité arrive à bord de canots pneumatiques ou de vieux bateaux de pêche partant de Libye, où le chaos qui a suivi la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi laisse le champ libre aux passeurs. Mais une tendance récente est le recours à des bâtiments beaucoup plus gros, comme les deux navires concernés cette semaine, qui permettent d'entasser des centaines de candidats à l'immigration illégale.

    La nécessité d'une politique commune européenne

    Cette énième affaire de bateau en détresse en Méditerranée repose d'ailleurs la question des dispositifs de lutte contre l’immigration clandestine et des dispositifs d’accueil des migrants. Sont-ils bien adaptés ? « Le gouvernement italien avait lancé au début de l’année 2014, une opération humanitaire de sauvetage en mer qui s’appelait Mare Nostrum et qui visait simplement à sauver la vie des migrants sur les embarcations, explique François Gemenne, chercheur aux universités de Liège et de Versailles-Saint Quentin en Yvelines, interrogé par RFI. Le gouvernement italien espérait que cette politique déclenche une solidarité, une plus grande coopération européenne. »

    « Force est de constater que cette solidarité n’arrivait pas et que les Italiens étaient laissés seuls à gérer le problème, Matteo Renzi, le Premier ministre italien, a donc décidé d’arrêter l'opération et de la remplacer par Triton, une opération européenne gérée par Frontex, l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne. Cette opération n’est plus une opération militaire, mais une opération policière de lutte contre les réseaux de trafiquants. On peut imaginer que l'un des effets pervers de cette politique, c’est que les trafiquants quittent le navire avant d'être arrivés à bon port, de peur d’être attrapés par la police », analyse François Gemenne.

    « Tant qu’il n’y aura pas de politique commune européenne d’asile et d’immigration avec un véritable projet derrière, tant que les politiques européennes se résumeront à la surveillance des frontières et à la lutte contre les passeurs, il est inévitable que ce genre de drame se reproduira », conclut le chercheur.
     

    A écouter sur le sujet : « Notre pays semble réticent face aux migrants », estime Geneviève Jacques (la Cimade)

    Un trafic très lucratif, selon l'OIM

    450 migrants sauvés par la marine italienne ce vendredi 2 janvier 2015, deux jours après une opération qui en avait sauvé près de 800 autres sur un autre cargo, le Blue Sky M. Et une nouvelle tragédie évitée de justesse : l'équipage de l'Ezadeen, intercepté par la marine, avait abandonné le navire qui filait à pleine vitesse vers les côtes.

    A son bord des réfugiés syriens principalement, hommes, femmes et enfants, qui payent plusieurs milliers d'euros pour le voyage. Selon l'Office international des Migrations, les trafiquants affrètent désormais de gros cargos pour maximiser leurs bénéfices.

    Cette traite d'êtres humains est extrêmement rentable pour le crime organisé, sept milliards de dollars par an, c'est ce que rapporterait le trafic de migrants de l'Afrique vers l'Europe et de l'Amérique du Sud vers l'Amérique du Nord, selon une récente estimation des Nations unies.

    Pour la criminalité organisée, ces êtres humains sont une marchandise comme la drogue ou les armes. Et l’argent est là, à chaque étape d’un exode qui peut durer plusieurs années.

    Les sommes versées aux passeurs varient, 12 000 dollars pour un passeport et un billet d'avion, 800 euros pour passer une frontière en camion, trois milles pour une traversée aléatoire de la Méditerranée, ce ne sont que des exemples.

    Il y a pire : ces dernières années un sanglant business s’est développé dans le Sinaï, où des réfugiés érythréens sont vendus par leurs passeurs à des Bédouins. Ces derniers les torturent pour que les familles installées en Europe payent plusieurs dizaines de milliers d'euros de rançon. Ceux qui payent continuent le voyage, les autres finissent dans des charniers.

    A leur arrivée en Europe les migrants restent une manne pour les mafias. Notamment dans le secteur agricole, où il sont exploités dans des conditions proches de l'esclavage. Mais la justice italienne s'est aussi saisie de plusieurs affaires liées à la gestion opaque de centres de rétention.

    L'ONU souligne que ce trafic est d'autant plus florissant que les risques encourus par les criminels sont minimes.

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