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Les propos(itions) chocs de Gianni Infantino pour le foot africain

Le président de la Fédération internationale de football (FIFA), le Suisse Gianni Infantino, le 3 février 2020 à Budapest.
Le président de la Fédération internationale de football (FIFA), le Suisse Gianni Infantino, le 3 février 2020 à Budapest. Attila KISBENEDEK / AFP

Le Séminaire sur le développement des compétitions et des infrastructures en Afrique, organisé par la Confédération africaine de football (CAF) et la Fédération internationale (FIFA) à Salé, s’est achevé sur un constat sans concession de la part du patron de la FIFA. Gianni Infantino propose ni plus ni moins qu’une profonde refonte du foot africain, avec notamment une Coupe d’Afrique des nations tous les quatre ans.

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De l’argent et de l’aide contre des réformes. Voilà comment on pourrait résumer les propositions formulées par Gianni Infantino, le président de la Fédération internationale de football (FIFA), lors d’un « Séminaire sur le développement des compétitions et des infrastructures en Afrique » organisé ce week-end au Maroc.

Un constat sans concession

Entre piques et promesses adressées aux membres de le Confédération africaine de football (CAF), le patron de la FIFA a dressé un constat sans concession sur l’état du foot africain, le 1er février à Salé. « Ça ne m’intéresse pas de développer le football en Afrique. Ce que je veux, c’est projeter le football africain dans l’élite mondiale, a-t-il débuté. Ça fait 50 ans, 40 ans, 30 ans, qu’on parle de son développement » !

« Pelé prédisait un avenir incroyable au football africain, a-t-il rappelé. Il a déclaré qu’avant l’an 2000, une équipe africaine allait gagner la Coupe du monde. On est en 2020 et, non seulement aucune équipe africaine n’a gagné la Coupe du monde, mais on a l’impression qu’on fait marche arrière » !

Gianni Infantino a notamment critiqué le faible rendement des compétitions africaines. « Je constate qu’on organise des choses, des championnats, des compétitions d’équipes nationales, la Coupe d’Afrique des nations, le CHAN… Tout le monde y participe. Mais ça n’a pas vraiment l’impact qu’on aimerait que ça ait ».

Une CAN tous les quatre ans

Le successeur de Joseph Blatter à la FIFA a ensuite brisé un tabou concernant la Coupe d’Afrique des nations. « On joue la CAN tous les deux ans depuis des décennies. Est-ce qu’on voit un développement des infrastructures et des revenus du football africain ? La CAN génère aujourd’hui vingt fois moins que l’Euro. J’ai voyagé dans 41 pays et ce que j’ai vu n’était pas vraiment une explosion de stades modernes, a-t-il lâché, presque goguenard. Ce que je vous demande – mais c’est votre décision – c’est de discuter et de réfléchir au fait de passer la Coupe d’Afrique des nations à tous les quatre ans, au lieu de tous les deux ans. Bien sûr, à condition que les revenus qu’on perd soient compensés. Mais on s’occupe de ça. Si on travaille ensemble, on ne va pas seulement doubler les revenus d’une CAN. On va les multiplier par quatre ou par six, en présentant un produit pas seulement à destination de l’Afrique mais du monde entier. […] Il faut faire en sorte que la Coupe d’Afrique des nations soit un événement mondial incontournable et qui rentre dans le calendrier international ».

L'intervention de Gianni Infantino à Salé (Vidéo)

Une refonte des autres compétitions

Gianni Infantino a par ailleurs invité à investir de manière plus globale sur les compétitions féminines, de jeunes et de clubs. « On va proposer de créer une ligue mondiale des équipes nationales pour le football féminin, afin de permettre à toutes les équipes de pouvoir jouer avec continuité, a-t-il annoncé. Et on va aussi investir en augmentant le nombre de participants pour les compétitions de jeunes filles, pour faire en sorte qu’il y ait davantage de compétitions ».

Autre réforme mondiale, dont l’Afrique est censée profiter : une réorganisation des classes d’âges avec des tournois U16, U18 et U20 (plutôt que moins de 17 ans et moins de 20 ans seulement) est à l’étude à la FIFA. De telle sorte que les apprentis footballeurs africains disputeront plus régulièrement des compétitions de jeunes.

Au sujet des coupes interclubs, Gianni Infantino propose en revanche une nouvelle compétition, spécifique à l’Afrique : « Créer une vraie ligue panafricaine des clubs. Une ligue qui couvrirait tout le continent, avec 20 à 24 clubs. Avec, peut-être, au maximum deux équipes par pays. Ces équipes continueraient à évoluer dans leurs championnats nationaux en parallèle. De cette façon, à l’issue de la saison, nous pourrions couronner le champion d’Afrique. […] Une superligue africaine pourrait générer du jour au lendemain au moins 200 millions de revenus commerciaux par an. »

Un stade de « top classe » dans chaque pays d’Afrique

Avant de révolutionner les compétitions, Gianni Infantino a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans les infrastructures, stades en premier. « Quand on regarde des matches de compétitions africaines à la télévision, il y a des personnes partout, des voitures à l’intérieur du stade, des spectateurs assis mais on ne comprend pas ce qu’il se passe, a-t-il taclé. Le match, qui devait commencer à 20h, débute à 20h10. Ou alors il ne commence pas parce qu’il a été repoussé aux jours suivants mais personne n’est au courant. Ce sont des situations qui affectent évidemment l’image du football africain. C’est pourquoi il faut investir dans les infrastructures ».

Pour se faire, celui qui a été réélu en juin 2019 assure vouloir trouver un milliard de dollars, auprès notamment des banques de développement. « Nous élaborons un projet […] pour générer et mobiliser 1 milliard de dollars qui seront investis dans les infrastructures en Afrique, pour construire au moins un stade de top classe dans chaque pays africain, a-t-il affirmé. Mon objectif est qu’il y ait dans chacun des 54 pays d’Afrique au moins un stade de top classe. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, pour plus de la moitié des pays du continent. Lorsque l’équipe nationale joue, ça doit être une fierté pour toute la nation. Mais comment pouvez-vous être fier dans un stade qui a été construit 50 ou 60 ans plus tôt et qui s’écroule » ?

Professionnaliser des arbitres

Le troisième axe de la réforme annoncée par Gianni Infantino concerne l’arbitrage. « Malheureusement, nous avons eu des preuves qu’il y a des situations qui affectent l’arbitrage en Afrique, qui mènent à la corruption, a-t-il pointé du doigt, tout en soulignent que ces dérives ont lieu partout dans le monde. Nous allons simplement prendre les vingt meilleurs arbitres d’Afrique et les professionnaliser […] en leur donnant un contrat pro. Ce seront des arbitres FIFA totalement employés de la FIFA. […] Les arbitres doivent être au-dessus de tous soupçons. Et pour cela, nous devons les protéger. C’est notre devoir ».

Les propos(itions) chocs de Gianni Infantino sur le football africain ont été appréciéées très diversement par ses acteurs et amateurs, notamment au sujet d’une CAN tous les 4 ans.

Les fans, africains notamment, se sont montrés globalement critiques envers le patron de la FIFA, sur les réseaux sociaux. « Lui, il est qui pour décider ça ? lâche un Internaute furieux sur notre page Facebook France 24 / RFI – Sports. Il y a 54 pays africains, on doit se concerter pour décider ». Un autre lance : « La CAN est un facteur de développement pour l'Afrique qui accuse un gros retard sur les autres continents. Sans cette CAN, le Cameroun aurait-il construit des tops stades ? L'accepter serait une erreur monumentale pour nos dirigeants de foot. »

Les dirigeants de la CAF, eux, se sont montrés plus timides, à l’issue du Séminaire. S’ils ont accueilli avec enthousiasme l’idée de mobiliser un milliard de dollars pour construire des enceintes, un silence plus gêné a accompagné les remarques d’Infantino concernant la CAN. « Si des réformes sont nécessaires, il faut avoir le courage de les faire, a estimé le président de la Fédération sénégalaise, Augustin Senghor, au micro d’Antoine Grognet. Mais le préalable, c’est de bien en maîtriser les tenants et les aboutissants. Parce que ce qui prime, c’est faire en sorte de ne pas perdre nos acquis et que, surtout, l’Afrique trouve sa place dans le concert des compétitions. Si c’est seulement pour faire de la place aux autres, ça n’a pas d’intérêt. Par contre, si ça peut permettre de mieux structurer nos compétitions, mieux les valoriser et que, dans les années durant lesquelles il n’y a plus de CAN on nous propose autre chose, pourquoi pas ? Pourquoi entre deux CAN ne pas organiser une Ligue des nations africaine ? »

L’ancien attaquant de l’équipe du Cameroun, Patrick Mboma, est, lui, plutôt réceptif aux projets évoqués à Salé. « Il faut peut-être revenir à un peu plus d’exclusivité [avec une CAN tous les 4 ans, Ndlr] pour générer un meilleur attrait, estime le Camerounais, au micro d’Antoine Grognet. C’est vrai que la réflexion de Gianni Infantino n’est pas dénuée de sens lorsqu’il se dit qu’en laissant passer quatre ans, il pourrait y avoir un intérêt. Mais encore faudrait-il que le produit à vendre soit redéfini ». Le débat ne fait que commencer.

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