Accéder au contenu principal
Témoignage

Robert Nouzaret, ancien sélectionneur de la Côte d'Ivoire, de la Guinée et de la RDC revient sur ses expériences africaines

Robert Nouzaret lors de la CAN 2008.
Robert Nouzaret lors de la CAN 2008. AFP

À 76 ans, Robert Nouzaret a pris sa retraite. La fin d'une aventure de 46 ans passée sur les bancs de clubs français mais aussi à la tête de trois sélections africaines : la Côte d'Ivoire (par deux fois), puis la Guinée et la République démocratique du Congo. Robert Nouzaret revient pour l'occasion sur ses expériences en Afrique.

Publicité

RFI : Vous avez été deux fois sélectionneur de la Côte d’Ivoire (96/98 puis 2002/2004), quel souvenir gardez-vous de cette double expérience ?

Robert Nouzaret : La grande différence, c’est que lors de la première période j’avais 90% de joueurs qui jouaient en Afrique. Et la 2ème période j’avais 100% de joueurs qui jouaient en Europe. Aujourd'hui être responsable d’une sélection africaine, ça ne représente plus le football africain, ça représente les qualités individuelles des joueurs que vous essayez de faire jouer le mieux possible ensemble. Alors que lors de mon premier passage, c’était vraiment quelque chose lié à la culture africaine, aux coutumes africaines, avec des gars que je voyais déjà beaucoup plus souvent parce que j’étais sur place. Un jour, ils avaient mis un cochon dans le vestiaire de l’équipe d’Algérie… Olala… Pour un match de qualification à la CAN. Qu’on avait gagné d’ailleurs ! Alors que pour ma 2ème période, je n’allais à Abidjan que lorsqu’il y avait des rencontres à disputer. Parce que je n’avais plus besoin d’aller voir des matchs locaux pour récupérer des joueurs qui puissent prendre une place d’un international dans l’équipe nationale. Il y avait trop de différence ! Durant la première période, j’ai vraiment connu ce qu’était le football africain. Et je reconnais que je me suis régalé ! Parce que j’ai vécu à l’africaine sans avoir le souci de faire des allers-retours en Europe pour voir des matchs et des joueurs.

Vous reprenez une sélection africaine en 2006, à la tête de la Guinée. Comment cela s’est passé ?

Ce fut un passage très agréable. Mais dans des conditions très différentes. La Guinée n’avait pas le potentiel financier et administratif que pouvait avoir la Côte d’Ivoire. Elle avait d’autant plus de mérite. Je suis aussi tombé sur une période avec un effectif très bon. Des bons gamins, et surtout très complémentaires : Pascal Feindouno, Ismaël Bangoura, Habib Baldé. Lors de mes trois années passées en Guinée, j’ai connu un contexte totalement différent : je venais d’un pays beaucoup plus ambitieux et développé (la Côte d’Ivoire), et j’ai découvert un autre pays bien plus miséreux, avec des difficultés financières et autres. Mais j’ai rencontré des superbes personnes au niveau des dirigeants, et des bons joueurs, surtout dans leur tête. Je n’ai que des bons souvenirs dans ce domaine-là. Ce n’était pas compliqué : les joueurs avaient trop de talent, et surtout étaient très réceptifs. Pour eux, rejoindre la sélection nationale c’était vraiment un objectif important. Ils étaient fiers de porter le maillot de leur pays, mais surtout ça leur permettait de retrouver leur famille, qu’ils ne voyaient pas régulièrement en jouant dans les championnats européens. Et ça donnait une qualité d’osmose dans le groupe qui était très intéressante. Ils n’étaient pas du tout compliqués à gérer. Vous savez les joueurs africains, le seul moment où il faut les surveiller, c’est quand ils ont envie de sortir. Parce que ce sont vraiment des fêtards. Et comme c’étaient des gamins très intelligents, et bien cela faisait partie de leur oxygène et de leur motivation. Ils avaient besoin de ça et il fallait le comprendre.

Enfin votre dernier passage sur un banc, c’était en 2010/2011 avec la RDC. Et cela ne s’est pas très bien passé…

Ça c’est mal passé d’abord par ma faute. Car, entre le moment où j’ai été contacté et le moment où ils m’ont demandé de venir, il y a eu trop de temps. Et dans le doute, j’ai fait l’erreur de ne pas me mettre au courant du football de RDC et des joueurs congolais, pour gagner du temps lorsque j’arriverais. Parce que je n’étais pas du tout sûr qu’ils allaient accepter mes propositions. C’était ma première erreur. Après, lorsque je suis arrivé, j’ai fait une deuxième erreur. Le premier match c’était contre le Sénégal, et c’était la première fois de toutes mes expériences africaines que je ne connaissais pas du tout la plupart des joueurs congolais. Et je me suis basé sur un ou deux adjoints que j’avais à ma disposition et là j’ai fait une erreur. J’aurais dû carrément prendre l’équipe du TP Mazembe et remplacer les 2 ou 3 étrangers qu’ils avaient dans l’équipe par des joueurs congolais. Et je pense qu’on y serait allé d’une manière beaucoup plus sûre et beaucoup plus réaliste et efficace.

Comment observez-vous l’évolution du football africain, et le fait qu’il y ait plus d’entraîneurs africains qu’à votre époque ?

Je suis bien content. Je pense que beaucoup d’entraîneurs africains ont les qualités pour arriver au niveau des européens. Ils n’ont pas eu la chance d’être encadrés comme les européens ont été encadrés. Il n’y a pas de secret. Lorsque vous vivez dans ces pays, vous rencontrez des gens très compétents. Nous les sélectionneurs européens qui venons sur le continent africain, en dehors de notre devoir de résultats sportifs avec nos équipes, nous avons un rôle de formateur quand nous sommes sur place. Et vous verrez de plus en plus d'Africains qui viendront entraîner en Europe, c’est logique. C’est le juste retour des choses par rapport aux Européens qui viennent en Afrique.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.