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France / Libye

Un 4x4 furtif livré par la France à Kadhafi

Selon «Mediapart», Nicolas Sarkozy aurait appuyé la vente d'un dispositif pour la sécurisation du régime libyen. Ici, Mouammar Kadhafi en visite à Paris en décembre 2007.
Selon «Mediapart», Nicolas Sarkozy aurait appuyé la vente d'un dispositif pour la sécurisation du régime libyen. Ici, Mouammar Kadhafi en visite à Paris en décembre 2007. Getty Images News

Selon le site d’information Mediapart, une société française a livré en 2008 un 4x4 ultra-protégé à Mouammar Kadhafi dans le cadre d’un contrat de sécurisation du régime libyen. L’opération aurait été réalisée par l’intermédiaire de Ziad Takieddine, également impliqué dans l’affaire de l’attentat de Karachi, avec l’appui de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant.

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Une semaine après la visite triomphale de Nicolas Sarkozy en Libye, une affaire apporte un nouvel éclairage sur les relations qu’a entretenues la France avec le régime de Mouammar Kadhafi. Dans le cadre de son enquête sur le rôle de l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine en Libye, le site d’information Mediapart a révélé que la société française Bull-Amesys (ex-i2e) a vendu en 2007 un 4x4 Mercedes ultra-sécurisé au pouvoir libyen pour protéger les déplacements de l’ex-Guide.

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Ce véhicule tout terrain et blindé d'une valeur de 4 millions d'euros est un véritable concentré de technologie. Les documents obtenus par Mediapart montrent un engin équipé d’un dispositif électronique de brouillage, permettant de neutraliser toutes les fréquences radio dans un rayon de 100 mètres, de détecter plus de 2 000 menaces et d’identifier les communications ennemies. Ses passagers sont protégés par une cage de Faraday, les préservant des champs électriques extérieurs. Car selon un cadre du fabricant Amesys interrogé par Mediapart, « la voiture émet comme un four à micro-ondes à l’extérieur. Il ne vaut mieux pas s’en approcher ».

La vente de ce bijou technologique aurait été conclue en 2007 avec l’appui du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, et de son chef de cabinet, Claude Guéant. Il aurait ensuite été livré en 2008, avec le consentement de l’Elysée et par l’intermédiaire de Ziad Takieddine. Pour ces ventes libyennes, l’obscur homme d’affaires franco-libanais, déjà mis en cause dans l’enquête sur l’attentat de Karachi, aurait touché 4,5 millions d’euros, versés sur un compte à son nom dans une banque de Beyrouth.

Le détail d’un contrat de grande ampleur

Mais selon Mediapart, la livraison de ce véhicule n’est que le détail d’un contrat de plus grande ampleur pour la sécurisation du régime libyen. Baptisé « Homeland Security Program », il inclut la vente d’instruments de cryptage des communications et d’espionnage internet, pour une facture totale de 26,5 millions d’euros.

Après la prise d’un des quartiers généraux de Kadhafi début septembre, des reporters de la BBC ont découvert l’existence de documents relatifs à un important dispositif de surveillance à distance, le système « Eagle », utilisé pour traquer les opposants du régime. En en-tête, le logo de la société Amesys ne laissait planer aucun doute sur leur provenance.

L’association Sherpa, spécialisée dans la lutte contre les crimes économiques, s’est emparée de l’affaire. Dans une plainte adressée au procureur de la République de Paris, elle dénonce l’absence d’autorisation du gouvernement pour la vente de ce système de surveillance. Une autorisation pourtant exigée par la loi française lorsqu’il s’agit de matériel de défense.

On attend de cette plainte l'ouverture d'une enquête qui permettrait de savoir si le gouvernement français a autorisé la transaction.

Rachel Lenart

Interrogé par le site d’information Owni, le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) a affirmé que le système « Eagle » ne figurait ni dans la liste française des « matériels soumis à une procédure spéciale d’exportation », ni dans celle européenne des « biens et technologies à usage dual ».

Joint par Mediapart, l'Elysée n'a souhaité faire aucun commentaire. Mais à l’heure où la France se place en champion de la révolution libyenne, cette affaire fait l’effet d’un pavé dans la mare.

Pour en savoir plus :

- Le dossier sur le rôle d’Amesys en Libye, sur Owni
- Les documents Takieddine, sur Mediapart (accès payant)

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