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Côte d’Ivoire / Justice

Christian Bouquet: «Les partisans de Laurent Gbagbo vont repartir à l’attaque en affirmant qu’il y a une justice des vainqueurs»

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 19 février 2013 à La Haye.
L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 19 février 2013 à La Haye. Reuters / Kooren

La chambre d'accusation du tribunal d'Abidjan a confirmé les charges retenues contre 84 proches de l’ancien président Laurent Gbagbo, dont Simone Gbagbo et son fils Michel Gbagbo, ainsi que le président du FPI, Pascal Affi N’guessan. Les prévenus sont accusés de «crimes de guerre, crimes de sang, crimes économiques, troubles à l’ordre public, atteinte à la sûreté de l’Etat et entretien de bandes armées». Huit d’entre eux sont même accusés de «génocide». Une décision qui ne surprend pas Christian Bouquet, vice-président des relations internationales à l’université Bordeaux III, spécialiste de la Côte d’Ivoire et auteur du Désespoir de Kourouma, aux éditions Armand Colin.

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RFI : Est-ce que vous parleriez aujourd’hui d’une justice des vainqueurs ?

Christian Bouquet : C’est toujours difficile d’avoir un avis aussi tranché, mais il est clair qu’après cette décision prise par la justice ivoirienne, qui était prévisible et attendue, nul doute que les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo vont repartir à l’attaque en affirmant qu’il y a une justice des vainqueurs et une justice à deux vitesses.

Et non sans raison d’ailleurs, parce que si on fait le bilan, le seul « partisan » d’Alassane Ouattara, qui se trouve actuellement sous les verrous, c’est l’ancien seigneur de guerre du mont Péko, Amadé Ouérémi, qui a été arrêté il y a quelques semaines. Donc effectivement, la décision qui vient d’être prise ne va peut-être pas détendre l’atmosphère en Côte d’Ivoire.

Une décision de la justice ivoirienne qui ne vous surprend pas vraiment ?

La justice ivoirienne semble vouloir montrer qu’elle est peut-être capable de rendre une justice dans un état de droit, à un moment où effectivement, sur le plan africain on a vu l’exemple du Sénégal, certains pays pensent qu’ils pourront progressivement se substituer à la CPI. Donc, on est peut-être dans une dynamique de ce genre et notamment en ce qui concerne l’épouse de Laurent Gbagbo, Simone Gbabgo. Parce qu’elle faisait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.

Donc là apparemment, la justice ivoirienne semble avoir tranché, elle sera jugée sur place. Cela dit, ça fait quand même 84 pro-Gbagbo qui vont être jugés devant une cour d’assises. Ça fait lourd. Et comme on le disait à l’instant, ça va renforcer l’opinion de ceux qui pensent qu’on est dans un contexte de justice des vainqueurs.

En début de semaine, le président ivoirien Alassane Ouattara évoquait le fait qu’il n’y avait pas dans son pays de prisonnier d’opinion, il se disait aussi favorable à la liberté provisoire. Est-ce que c’est aujourd’hui le signe d’une justice totalement indépendante en Côte d’Ivoire ?

On aimerait répondre par l’affirmative, parce que ce serait une grande nouveauté, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’ailleurs. Mais peut-être qu’il faudrait revenir sur une chose, parce que derrière tout ça il y a la réconciliation, et chaque fois qu’une mesure prise en Côte d’Ivoire fait l’objet justement, de polémique, eh bien on pense à la réconciliation. Il faudrait peut-être lever le malentendu qui règne autour du concept de réconciliation. Parce que certains en font une lecture purement politique.

C’est le cas des cadres du FPI, qui pensent qu’il n’y aura de réconciliation que s’il y a amnistie et voir même libération de Laurent Gbagbo à La Haye. Alors là, c’est sûr que la décision que vient de prendre la justice ivoirienne ne va pas dans leur sens et ça va faire couler beaucoup d’encre, et peut-être échauffer les esprits. Il y a une autre lecture de la réconciliation qu’on a un peu oubliée et dont il faut parler.

C’est celle qui concerne les familles des victimes. Cette réconciliation-là passe par la justice. Donc là, la chambre d’accusation d’Abidjan vient de confirmer les charges et là ça irait plutôt dans le bon sens. Pour autant évidemment, il y a toujours cette question récurrente du sort des partisans d’Alassane Ouattara.

La méthode, la stratégie, du président Ouattara dans ce processus de réconciliation sont-elles les bonnes ?

Je ne porte pas de jugement. Je suis les choses au jour le jour. J’ai aussi entendu parler de pardon. Depuis deux ou trois jours, je crois, Alassane Ouattara a demandé au FPI de demander pardon aux familles des victimes. Ça c’est une stratégie qui mérite qu’on s’y penche et qui est extrêmement risquée. Je ne donne pas de blanc-seing à Alassane Ouattara sur ce sujet.

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