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Burundi / Entretien

Agathon Rwasa: «Je dois parachever la lutte que j’ai commencée depuis plusieurs décennies au Burundi»

Agathon Rwasa salué par ses partisans à Bujumbura, le 6 août 2013.
Agathon Rwasa salué par ses partisans à Bujumbura, le 6 août 2013. AFP PHOTO/Esdras Ndikumana

Agathon Rwasa vivait clandestinement depuis trois ans. L'ancien chef rebelle des Forces nationales de libération (FNL) a réapparu à Bujumbura au Burundi la semaine dernière. La communauté internationale a probablement joué un rôle important pour permettre ce retour. Agathon Rwasa compte bien tenir sa place sur l'échiquier politique burundais. Comment s'y prendra-t-il ? Comment pourra-t-il se débarrasser de son image de chef de guerre ?

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RFI : Vous réapparaissez après trois ans de clandestinité. Qu’est-ce qui vous a décidé à rentrer aujourd’hui au Burundi ?

Agathon Rwasa : Comme la situation ne fait qu’empirer dans notre pays, j’ai vu qu’après tout, ça ne valait pas la peine de continuer à me cacher. Je devrais plutôt venir joindre mes efforts à ceux qui veulent du changement au Burundi. Je dois parachever la lutte que j’ai commencée depuis plusieurs décennies déjà, à savoir arriver à établir une société juste, équitable, une société où il fait bon vivre, une société qui puisse être un pôle d’attraction dans notre région et dans le monde.

Où étiez-vous pendant ces trois ans et qu’est-ce que vous avez fait ?

J’étais ici au Burundi. Je n’ai jamais été à l’extérieur du pays comme certains le prétendent.

Bujumbura, le 29 novembre 2009. Agathon Rwasa est à l'époque candidat à la présidentielle. Il entre en clandestinité en juin 2010, cinq jours avant le scrutin..
Bujumbura, le 29 novembre 2009. Agathon Rwasa est à l'époque candidat à la présidentielle. Il entre en clandestinité en juin 2010, cinq jours avant le scrutin.. © AFO/Esdras Ndikumana

On vous a signalé en République démocratique du Congo notamment...

Ceux qui voulaient aller piller au Congo devaient chercher des prétextes ou ceux qui voulaient aller massacrer des gens ici et là, ils trouvaient toujours des prétextes. Imaginez-vous que même au Burundi on a tué des gens parce qu’on les soupçonnait d’être entrés en contact avec moi. Parfois même, on disait que j’avais animé des réunions dans telle ou telle localité pour justifier les atrocités qu’ils allaient y commettre. Vous comprenez qu’ils ont servi du mensonge à l’opinion nationale et internationale.

Je suis resté aux côtés de mes militants. On n’est pas tombé dans le piège que le gouvernement voulait nous tendre, à savoir nous impliquer dans les violences. Nous avons dit que les violences sont d’une autre époque, qu’il faut plutôt capitaliser sur le dialogue et comme ça, on pourrait avancer.

Le gouvernement vous rend responsable des violences post-électorales de 2010. Il dit que vous étiez libre de revenir mais que vous ne pourriez pas reprendre la direction des FLN, parti dont vous avez été évincé. Comment allez-vous agir politiquement dans ces conditions ?

Je ne suis responsable d’aucune violence. Les violences ont été manipulées par le Service national de renseignements et quelques acolytes au sein du FNL qui voulaient justement me chercher ou même m’éliminer. Le parti n’appartient pas à tel ou tel individu, ce sont les militants. Or, les militants ont démontré qu’ils sont derrière moi.

En 2010, vous avez quitté le processus électoral. Est-ce que ce n’était pas une erreur politique ? Est-ce que vous ne regrettez pas ?

Je ne regrette pas parce que je n’aime pas la tricherie. Si on a quitté le processus, c’est parce qu’on voulez que ça soit absolument revu et corrigé pour pouvoir continuer. Notre retrait aura aidé les gens à ouvrir les yeux et comprendre réellement ce qu’est le pouvoir en place à Bujumbura.

Est-ce que vous contestez encore aujourd’hui l’élection du président Nkurunziza en 2010 et donc sa légitimité ?

Non, je ne suis pas là pour contester ce qui est acquis. On est devant le fait accompli. On a un pouvoir qui est là, qui se dit démocratiquement élu, mais qui est incapable de faire asseoir la démocratie au Burundi. Raison pour laquelle ce qui importe pour le moment ce ne sont pas les querelles électorales du passé, mais plutôt organiser de meilleures élections afin que le peuple puisse voter librement.

Pour un certain nombre de Burundais, votre nom reste associé à la guerre civile burundaise. Comment comptez-vous vous débarrasser de cette image de chef de guerre, voire d’extrémiste hutu, vis-à-vis des Burundais mais vis-à-vis aussi de la communauté internationale ?

Si on associe mon nom à tous les maux qui existent dans ce Burundi ou sur cette planète Terre, c’est bien parce que il y a une fausse propagande. J’ai fait la guerre, d’accord, mais pourquoi est-ce qu’il y a eu la guerre au Burundi ? Est-ce moi l’initiateur ? Que je me sois battu contre une armée qui était mono-ethnique à un certain moment, est-ce un tort que j’ai commis ?

La communauté nationale et la communauté internationale doivent comprendre une chose : tout régime qui fait de l’injustice son cheval de bataille, je le combattrai. Aujourd’hui je combattrai démocratiquement. On verra que je ne suis pas un va-t'en-guerre mais que je suis un démocrate et un homme paisible comme tout le monde.

Il y a une affaire, celle de l’attaque du camp du Gatumba il y a presque 10 ans, en août 2004. Dans ce camp, s’étaient réfugiés des Banyamulenge, des Tutsis de RDC du Congo voisin. 162 personnes dont des femmes, des enfants, ont été tuées, brûlées. Est-ce que vous ne craignez pas d’avoir un jour à rendre des comptes devant la justice internationale ?

Si la justice existe, elle doit travailler sur des faits palpables. Si les enquêtes sont menées de façon indépendante et non biaisée, elles peuvent aider à établir les responsabilités des uns et des autres. Ce qui s’est passé, toutes les tragédies qui ont eu lieu dans ce pays ou dans cette région, je n’en suis pas responsable.

Mais les FNL, votre parti, avaient revendiqué cette attaque...

Au nom du parti ? Moi, Agathon, je crois que non. Cette personne qui a revendiqué l'attaque a une responsabilité, elle n’a qu’à répondre de cela mais pas moi ou tout autre membre du FNL, juste parce qu’on est du parti FNL.

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