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Francophonie

La langue française, un enjeu du 21e siècle

OIF

Ce jeudi 20 mars est la Journée internationale de la francophonie. Hervé Bourges, ancien président du CSA, et auteur de plusieurs rapports sur la francophonie, publie ce jour aux éditions Karthala, «Pardon My French, plaidoyer de la langue française». Un livre présenté ce matin à François Hollande et qui fustige ceux qui délaissent la langue française pour privilégier le «franglais».

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RFI : Vous publiez aujourd’hui un plaidoyer de la langue française, un livre dans lequel vous dénoncez l’appauvrissement de la langue française, en tout cas en France, et notamment les anglicismes. Cela conduit inévitablement à un déclin du français ?

Hervé Bourges : Oui, absolument. Alors que la langue anglaise soit une grande langue internationale c’est un fait, que la mondialisation existe c’en est un autre, il faut en tenir compte. Et dans ce domaine, la langue française doit pouvoir jouer son rôle. Mais pas au profit d’autres langues. Elle doit d’abord exister par elle-même. Or, dans l’administration, dans les médias, dans les institutions internationales et aussi dans les entreprises, le français n’est pas pris en considération. On est très heureux de baragouiner l’anglais. Je dis bien baragouiner parce que c’est 700 mots d'english basique qu’on emploie, alors que la langue anglaise de Shakespeare et celle de la reine c’est 17 000 mots.

Par contre, notre langue est négligée. D’abord par les Français. C’est d’autant plus incompréhensible que le français se répand dans le monde, grâce notamment à l’Afrique. Vous avez bien fait de souligner qu’il y avait actuellement près de 300 millions d’interlocuteurs qui ont le français en partage. Ils sont de 600 millions à un milliard en 2050 et principalement en Afrique où il y aura neuf Francophones sur dix qui seront en Afrique.

Cela veut dire, Hervé Bourges, que le salut de la langue française viendra obligatoirement de l’extérieur de la France ?

Oui, d’une certaine manière. Alors bien sûr, c’est une langue que nous avons imposée par le colonialisme, qui a été récupérée intelligemment par ceux qui l’emploient. Rappelez-vous la phrase de l’écrivain algérien Yacine Kateb : « Le français est un butin de guerre ». Et c’est une belle langue que nous utilisons pour faire passer nos idées.

Et aujourd’hui c’est une langue qui est très riche. Vous savez Francoise Héritier qui est au Collègue de France et qui est le successeur de Claude Lévi-Strauss , a une petite phrase qui est amusante. Elle dit : « l’allemand est brutal, l’italien a une sonorité ondoyante, l’anglais retombe toujours sur ses pieds, le français c’est de l’élégance ». Alors cette élégance, nous l’avons oubliée en France, au profit d’un charabia que vous retrouvez à la télévision, à la radio et un petit peu partout.

Or, il faut bien savoir une chose. C’est qu’aujourd’hui sur le continent africain il y a un taux de croissance, qui atteint dans certains pays deux chiffres. Et que demain, les intérêts des pays africains vont se tourner vers ceux qui peuvent leur produire des choses, peuvent leur acheter des choses, qui peuvent coopérer avec eux. S’ils voient que la langue française est une langue négligée alors qu’on le leur a imposée, et bien ils passeront à autre chose. Et ils passeront à l’anglais, à l’espagnol, à l’allemand, au russe et à d’autres langues.

Il y a nécessité en France de se battre. Et nous avons attiré l’attention du président de la République au cours du déjeuner que nous avons eu avant-hier, sur le fait qu’il peut y avoir de nouveau un grand projet français, pour la défense de la langue française en France même, et pour le rayonnement de la Francophonie qui est une partie de l’avenir du monde.

Cela veut dire qu’il faut mettre en place des projets ambitieux ? Cela passe par quoi ?

Cela passe par beaucoup de projets. Vous savez, sous un précédent gouvernement, on m’avait demandé un rapport. C’était le ministre de la Coopération de l’époque, Monsieur Joyandet, qui m’avait demandé un rapport. J’ai fait un rapport avec quinze propositions et trente-cinq projets très concrets. Il n’y en a pas beaucoup qui ont été retenus. Il y en a un notamment qui me paraît important, c’est le visa francophone. On se plaint que les meilleurs étudiants africains aillent en Angleterre, aux Etats-Unis, voire au Canada. Eh bien le visa francophone pourrait permettre peut-être ce que fait le Commonwealth, qui est un statut différent de la Francophonie, bien sûr, mais il y a un visa le Commonwealth.

Il faudrait aussi donner encore davantage de moyens à TV5Monde, qui est une belle chaîne internationale en français, aider Radio France Internationale qui est une radio qui joue un rôle essentiel dans la culture, dans la langue.

Et qui dispose d’un journal en français facile pour aider les auditeurs...

Je sais ! C’est quelque chose que j’écoute. Il y en a un autre sur TV5Monde aussi et c’est une très bonne chose. Il faut aider ces moyens de communication. Et puis il faut être plus rigoureux. Il faut que le CSA se penche de près sur la manière dont la langue française est traitée dans les médias, qu’ils soient radio ou télévision. J’ai entendu l’autre jour sur une radio – je ne citerai pas laquelle. C’était à la fin d’un journal. On passait à la météo. Et celui qui faisait la météo il dit : « en fin de semaine il y aura....». On lui répond : « Non, on ne dit pas en fin de semaine. On dit week-end ! ». Vous vous rendez compte ? C’est le contraire finalement, de ce qu’on devrait dire !

Et on en revient aux anglicismes.

On en vient aux anglicismes, on en vient au « bashing », à tous les mots que vous connaissez. Mais c’est en même temps aussi, une réduction de la manière dont on traite l’information aujourd’hui, puisque comme vous le savez, l’information est réduite aujourd’hui à la peopolisation et au populisme.

Peopolisation, un mot tiré d’un anglicisme.

Absolument.

Hervé Bourges, vous nous avez dit que le développement de la langue française viendra du continent africain. Quels sont les autres pays qui défendent le plus ardemment aujourd’hui la Francophonie ?

Eh bien j’entendais tout à l’heure quelqu’un du Cambodge. Il se trouve que Monsieur Diouf, le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, m’avait confié une mission. A titre bénévole, j’ai eu plusieurs missions de Monsieur Diouf. J’ai été le grand témoin francophone aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004 et j’ai été au Cambodge il y a quelque temps, pour essayer de sauver le seul journal en langue française qui existait encore, Cambodge matin, et qui est malheureusement mort. Il faut dire qu’au Cambodge,qu’au Vietnam, que dans toutes ces régions-là, l’anglais est en train de prendre le pas sur le français. Que les gens parlent l’anglais, ça me paraît tout à fait normal et même indispensable.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut abandonner une langue de culture, une langue qui réunit des gens qui peuvent penser très différemment, mais qui ont en commun des valeurs qu’ils font passer au travers d’une langue qui est riche. Et cette langue riche,  il faut aider ces pays qui se battent. Vous avez entendu les Cambodgiens qui disent : on veut se battre. Il faut les aider. Il faut aider le Vietnam, il faut aider les pays d’Asie. En Amérique Latine, il y a beaucoup de pays aussi qui parlent le français, certains qui parlent le français, avec l’espagnol et puis avec d’autres langues. En Europe, c’est développé dans certains pays, ceux qui ont en commun le latin, comme la Roumanie.

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