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Tunisie

Présidentielle tunisienne: les enjeux d’un scrutin historique

Seuls 30% des 18 à 40 ans étaient allés voter lors des élections constituantes de 2011. Les jeunes se déplaceront-ils pour cette élection?
Seuls 30% des 18 à 40 ans étaient allés voter lors des élections constituantes de 2011. Les jeunes se déplaceront-ils pour cette élection? REUTERS/Anis Mili

Dimanche 23 novembre, un peu plus de cinq millions d’électeurs tunisiens seront appelés aux urnes pour choisir leur président. Près de 11 000 bureaux de vote ont été mis en place et vingt-sept candidats sont en lice. Vingt-deux en réalité, puisque cinq se sont retirés, mais trop tard... Ils sont donc au regard de la loi toujours dans la course.

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De notre envoyée spéciale à Tunis,

C’est un jour historique qui se prépare dimanche, puisque c’est la première fois que les Tunisiens vont élire librement leur président. Le grand favori de cette élection, c’est Béji Caïd Essebsi, président du nouveau parti Nida Tounes. Il aura 88 ans dans quelques jours. Cet ancien ministre sous Habib Bourguiba a fait campagne sur le retour du prestige de l’Etat. Il a l’image d’un homme rassurant pour tous ceux qui ont été ébranlés par une transition ponctuée d’incidents et de dérapages sécuritaires, il apparaît comme un rempart face aux islamistes, mais on lui reproche d’avoir dans ses rangs d’anciens partisans de Ben Ali.

Dans ce scrutin, il faudra aussi compter avec Moncef Marzouki, le président sortant, très critiqué, mais qui se pose comme le garant des acquis de la révolution, Hamma Hammami, le porte-étendard de la gauche et résistant de longue date face à l’ancien régime, et Slim Riahi, un richissime homme d’affaires, qualifié d’ovni politique par certains, et qui a réussi à obtenir contre toute attente la troisième place aux législatives d’octobre dernier.

Ennahda aux abonnés absents

Le grand absent de ce scrutin, c’est le parti Ennahda qui n’a présenté aucun candidat et qui n’a pas donné officiellement de consigne de vote. Or c’est un acteur important du jeu politique. Car si le parti a perdu en popularité ces derniers mois après s’être frotté à l’exercice du pouvoir, il a néanmoins obtenu la seconde place aux législatives avec 69 sièges sur 217 et reste donc la deuxième force politique derrière Nida Tounes arrivé en tête avec 86 sièges.

Vers qui donc les électeurs d’Ennahda vont se tourner ? C’est la grande question qui alimente le suspens. Un nom ou deux noms circulent, dont celui de Moncef Marzouki, mais le porte-parole du mouvement défend la neutralité du parti et a réaffirmé hier encore qu’Ennahda se tenait à équidistance de tous les candidats. « Notre position est très claire, nos sympathisants sont invités à choisir selon leur conscience. Nous ne soutenons ni Moncef Marzouki, ni Mohamed Frikha, ni personne, mais nous n’avons rien contre eux non plus », insiste Zied Laadhari, admettant volontiers que « l’absence d’Ennahda perturbe le jeu politique et pousse certains à la manipulation ».

L'espoir d'un changement en Tunisie

Au-delà du report des voix des électeurs d’Ennahda, l’autre grande inconnue c’est la participation car certains craignent que les électeurs désabusés par la politique, ne se déplacent pas. D’autant qu’ils ont déjà voté il y a un mois pour les législatives. Au siège de l’Instance supérieure indépendante pour les élections, on se dit confiant. « Le fait que les deux rendez-vous soient proches, c’est un atout car les deux dates sont ancrées dans la tête des électeurs, les présidentielles parlent encore plus aux Tunisiens, et la participation pourrait être supérieure aux 70 % des dernières législatives », pronostique Khamayel Fenniche, une des neuf membres de l’ISIE.

Les jeunes iront-ils voter ? Beaucoup n’ont pas vu leurs conditions de vie évoluer et n’ont pas trouvé d’emploi depuis la chute de Ben Ali. « Rien n’a changé à part la liberté de parole, confie un chauffeur de taxi, on peut dire ce qu’on veut, quand on veut, et où on veut, mais c’est tout. » Beaucoup de Tunisiens assurent cependant qu’ils iront voter, même s’ils ne croient pas tous à la transparence du scrutin. L’espoir d’un changement, la dignité, l’égalité, une Tunisie libre, sont les mots qui reviennent dans toutes les conversations.

L’Isie dispose, selon la loi électorale, d’un délai de 3 jours pour annoncer les résultats préliminaires de la présidentielle. Mais l’instance promet de tout faire pour annoncer les résultats dans les 48h qui suivront la fermeture du dernier bureau de vote. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, un deuxième tour est prévu d’ici fin décembre, au plus tard le 31.

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