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Erythrée

Le témoignage poignant d'Hanna, fille d'un héros érythréen disparu

Les membres du comité exécutif du Front populaire de libération de l'Érythrée. Petros Solomon est debout, 5e en partant de la gauche.
Les membres du comité exécutif du Front populaire de libération de l'Érythrée. Petros Solomon est debout, 5e en partant de la gauche. Wikimedia Commons / Domaine public

Il y a 14 ans en Erythrée, le 18 septembre 2001, le président Issayas Afeworki faisait incarcérer tous les réformistes du pays qui dénonçaient la « dérive dictatoriale » de son régime, né de l'indépendance en 1993. Depuis, tous ont disparu. Parmi eux : leur chef de file, Petros Solomon, célèbre chef de la guérilla indépendantiste. Sa fille Hanna, aujourd'hui en exil aux Etats-Unis après s'être échappée clandestinement du pays, avait 8 ans lorsqu’il a disparu. Voici son témoignage.

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En Erythrée, le 18 septembre 2001 est synonyme de cauchemar. « J'étais avec mon père, ce matin-là. Je me suis levée juste avant qu'il ne quitte la maison et je lui ai demandé de rester. Il m'a dit qu'il reviendrait après le travail. Mais je ne l'ai plus jamais revu après ça. Ils l'ont capturé alors qu'il quittait la maison. Comme je n'avais que 8 ans, je suis retournée au lit. A mon réveil, j'ai vu que ma famille était très inquiète. C'est alors que j'ai compris que je ne le reverrai peut-être jamais. Nous n'avons plus jamais eu de nouvelles. Ma famille a souvent demandé ce qui lui était arrivé, mais elle n'a jamais obtenu d'explications. »

Depuis ces faits traumatisants, Hanna a pu quitter son pays. Non sans vivre son lot de souffrances. « La première fois que j'ai essayé de m'échapper du pays, c'était en 2009. Avec mes deux frères et celui qui est aujourd'hui mon mari, nous avons été arrêtés et emprisonnés. En prison, les gens avaient peur de me parler, ils savaient qui j'étais. Alors, les conditions étaient plus strictes pour moi que pour les autres prisonniers. Après deux ans de prison, après avoir été transférée dans différents camps militaires, je suis rentrée chez moi. Je me suis échappée une nouvelle fois, en 2011, et j'ai finalement réussi. »

Petros Solomon.
Petros Solomon. Wikimedia Commons / Domaine public

« Comme père, c'était un homme joyeux »

Très émue, Hanna réagit aux rumeurs qui disent que son père serait toujours vivant, enfermé quelque part, dans un pénitencier secret du pays. « Je n'en sais rien, dit-elle. Pour être honnête, je n'en ai aucune idée. Je ne peux qu'espérer que ce soit vrai, qu'il soit toujours vivant dans la prison où ils le détiennent. J'imagine simplement que le traumatisme psychologique et physique qu'ils subissent tous est vraiment dur. Ça va faire bientôt 15 ans, le gouvernement devrait les laisser sortir, ils ne représentent plus aucune menace pour eux maintenant. Comme père, c'était un homme joyeux. Il jouait toujours avec nous, il veillait à ce qu'on fasse bien nos devoirs, il faisait son possible pour nous. »

Lorsqu'elle avait obtenu son indépendance, l'Erythrée était devenue la nation la plus jeune du monde. C'était en 1993, bien avant qu'Asmana ne sombre dans la dictature et le totalitarisme, sous la houlette de l'unique président de son histoire, Issayas Afeworki. Aujourd'hui, quel message Hanna aimerait-elle envoyer à la communauté internationale, plutôt passive envers son pays ces derniers temps ? « Je lui dirais juste qu'elle doit faire ce qui est juste. Ce qui doit être fait. »

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