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Cinéma / Éthiopie

«Lamb», Yared Zeleke et les couleurs de la peau en Éthiopie

Yared Zeleke, réalisateur éthiopien de «Lamb».
Yared Zeleke, réalisateur éthiopien de «Lamb». Siegfried Forster / RFI

À l'âge de 36 ans, il est entré cette année dans l’histoire du cinéma comme le réalisateur du premier long métrage éthiopien projeté dans le cadre de la sélection officielle du Festival de Cannes : « Je n’ai jamais vécu cela dans toute ma vie. C’était incroyable », se souvient Yared Zeleke, né à Addis-Abeba, mais formé au cinéma à New York. Son film Lamb sort ce mercredi 30 septembre dans les salles en France. Entretien.

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RFI : L’histoire de Lamb se déroule en Ethiopie à travers l'histoire d'un enfant de 9 ans qui perd sa mère, sa maison et qui est forcé de quitter aussi sa région natale tandis que son père se retrouve obligé de chercher seul du travail ailleurs. Votre film montre un enfant qui est en train de commencer une nouvelle vie. Y a-t-il une partie personnelle dans cette histoire universelle ?

Yared Zelek : Ce n’est pas une histoire éthiopienne ou africaine. Mon intention était de raconter l’histoire d’un enfant. L’histoire se déroule dans une ferme, à la campagne. Moi, j’ai grandi en ville. Le garçon adore faire la cuisine. Moi, pas du tout. Donc, il y a une très grande part d’imagination dans cette histoire à l’écran. Malgré tout cela, le sujet du film, c’est aussi l’histoire de ma vie. J’ai grandi en Éthiopie pendant la guerre, quand il y avait un chaos politique et la pauvreté. Mais, j’ai vécu une enfance magnifique. J’ai été élevé par ma grand-mère, mes voisins et mes parents. Mon enfance était un petit peu comme un conte. Et quand j’avais 10 ans, j’ai été obligé de quitter cette enfance. J’ai été séparé de toutes les personnes que je connaissais et aimais. C’était une expérience traumatisante. C’est la partie personnelle de l’histoire.

Quel est pour vous le sujet principal du film ?

Le sujet et l’histoire du film portent sur l’expérience d’une perte et comment un enfant arrive à gérer une perte. Pour cela, je suis tellement heureux que des gens de partout puissent se relier à cette histoire. Mais l’histoire n’est pas seulement triste. La vie n’est jamais qu’une seule chose. Comme l’histoire est universelle, mais aussi éthiopienne, c’est merveilleux, magique et plein d’amour. C’était ça mon enfance.

Vous insistez beaucoup sur les visages et les paysages. Votre mise en lumière est aussi particulière. Comment définiriez-vous votre façon de filmer ?

Ma directrice de photographie pour ce film était Josée Deshaies [la directrice de photographie attitrée du réalisateur Bertrand Bonello, NDLR]. En amont, on avait beaucoup de discussions sur la question de comment aborder ce film. Pendant le tournage, il fallait sans cesse ajuster, parce qu’on tournait en Éthiopie, à la campagne. Et l’Éthiopie est aussi grande que la France, l’Espagne et le Portugal ensemble, avec beaucoup de montagnes et pas beaucoup de routes. Nous avons tourné dans des endroits vraiment très ruraux, où les gens ne savent même pas ce que le tournage d’un film veut dire. Nous avons travaillé avec des acteurs locaux. En plus, nous, les Éthiopiens, nous avons une très grande variété de couleurs de peau, de très foncée jusqu’à très claire. Comme nous n’avons pas souvent eu l’électricité, nous avons utilisé beaucoup de lumière naturelle. Il fallait être très astucieux.

Par exemple ?

Il y avait par exemple une hutte construite par la décoratrice française Laurence Brenguier. C’était vraiment un cauchemar de filmer des Africains dotés d’une couleur de peau très noire sous un soleil africain radieux. C’était un grand défi. Après, il fallait tourner des scènes à l’intérieur avec différentes facettes de couleurs de peau. Nous avons réussi grâce à Josée Deshaies et à beaucoup de discussions et d’expérimentations.

En Éthiopie, il y a une quinzaine de salles de cinéma et environ trois millions de billets vendus chaque année. Tourner et produire aujourd’hui un film de cinéma en Éthiopie, qu’est-ce que cela représente ?

Les acteurs ont très envie de voir leur image sur un grand écran. Alors, de plus en plus de gens tournent des films. La culture éthiopienne est une culture qui adore faire des références à sa propre culture. Les Éthiopiens sont prêts à regarder des films éthiopiens, même si ce sont des films avec un très petit budget. Il n’y a pas d’institution pour soutenir cela d’une manière financière. Comme c’est un pays en développement, l’argent n’est pas forcément attribué à la culture. Il y a d’autres priorités. Donc, on est obligé de chercher des fonds privés ou l’argent en dehors de l’Afrique, par exemple en Europe ou au Moyen-Orient. La situation est assez difficile, avec plein de défis à relever pour réaliser des films avec un niveau international. J’espère que ce film ouvrira des portes, j’aimerais bien y contribuer.

Avez-vous déjà une idée pour un prochain film ?

Oui, une idée en Éthiopie et une deuxième idée pour un film qui aura lieu dans le monde occidental, par exemple à Paris ou à New York. Je travaille sur les deux. Et tous les deux sont complètement différents, mais aussi par rapport à Lamb. C’est difficile à décrire, mais j’appelle ça un dialogue dansant entre le monde ancien et le monde nouveau. 

Une scène du film « Lamb » de Yared Zeleke.
Une scène du film « Lamb » de Yared Zeleke. Yared Zeleke

► Cette interview inédite avait eu lieu lors du 68e Festival de Cannes.

► Lire aussi la critique du film : Lamb, le cinéma éthiopien a fait son entrée au Festival de Cannes

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