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Djibouti

Présidentielle sans enjeu à Djibouti siège de bases militaires étrangères

Les partisans du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh défilent devant le Parlement, le 19 avril 2010.
Les partisans du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh défilent devant le Parlement, le 19 avril 2010. AFP/Simon MAINA

A Djibouti, le premier tour de l’élection présidentielle est prévu pour le 8 avril. Un scrutin sans véritable enjeu puisque la plupart des observateurs s’accordent pour dire qu’il verra la réélection du président Ismaïl Omar Guelleh. En 1999, ce dernier est devenu le second président de ce petit pays de la Corne de l’Afrique. La Constitution qui a été modifiée en 2010 ne limite plus le nombre de mandats et autorise donc celui que l’on surnomme « IOG » à se représenter malgré sa promesse de ne pas le faire.

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Pour s’en rappeler, il suffit de relire les interventions du président dans la presse. En 2011, Jeune Afrique titrait : « En 2016, je m’en irai, cette fois je peux le jurer ». En 2014, « Encore deux ans et je m’en irai, mission accomplie ». Et finalement, en mars 2016, « Les Djiboutiens m’ont interdit de partir ». Le parti au pouvoir a donc lancé une campagne autour des thèmes de l’unité et de la stabilité. « Nous sommes confiants », assure Mahamoud Ali Youssouf, le porte-parole du gouvernement. « La campagne se déroule très bien, la mobilisation populaire est très importante partout où notre candidat se déplace, il y a beaucoup d’enthousiasme. Pour l’instant, tous les signaux sont au vert ».

Une opposition divisée

Une sérénité compréhensible, d’autant que le camp présidentiel fait face à une opposition divisée. Depuis 2013, cette dernière est rassemblée dans la coalition Union pour le salut national et sous le mot d’ordre du boycott de l’élection présidentielle. C’est toujours la position du président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD) Daher Ahmed Farah : « Ce qui sortira de cette élection n’aura aucune légitimité démocratique pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’une mascarade. Le régime n’a pas voulu mettre en œuvre l’accord-cadre politique signé avec l’USN [Union pour le Salut National, Ndlr] le 30 décembre 2014, et qui prévoyait la mise place d’une Commission électorale nationale indépendante et paritaire ».

En février dernier, cet accord n’était toujours pas respecté et pourtant l’USN s'est déchirée quand une partie de ses membres a désigné un candidat pour la présidentielle, à moins de deux mois du scrutin. Il s’agit d’Omar Elmi Khaireh, une figure de la lutte pour l’indépendance. Son directeur de campagne adjoint explique les raisons de ce choix : « C’est pour ne pas laisser un boulevard vide pour la dictature. Plus on s’entêtait à boycotter, plus on s’écartait de la scène politique et du terrain. Et ça représentait une aubaine pour la dictature, car il arrivait à mettre à notre place une fausse opposition, fabriquée par le régime ».

Omar Elmi Khaireh se présente comme le candidat unique de l’USN, mais un autre concurrent lui dispute ce titre : Mohamed Daoud Chehem. Sur la liste s’ajoutent trois candidats indépendants et sans grande illusion : « Aller à l’élection c’est comme aller à l’abattoir », confie l’un d’eux qui promet néanmoins de « ne pas se laisser faire » et de profiter de l’occasion pour « dénoncer les fraudes ». Par ailleurs, plusieurs sources laissent entendre que ces candidatures pourraient avoir été suscitées par le pouvoir dans une stratégie du « diviser pour mieux régner ».

Un système de répression

Depuis plusieurs mois, le pays est marqué par un climat répressif. L’opposition n’a cessé de dénoncer des vagues d’arrestations parmi ses membres, dont le secrétaire général de l’USN. L’état d’urgence est en vigueur depuis fin novembre, mais la tension a atteint un pic le 21 décembre lorsque la police a ouvert le feu sur une foule rassemblée pour une cérémonie religieuse près de la capitale. Les autorités parlaient de neuf morts, il y en aurait eu plusieurs dizaines, selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Une violente descente de police a ensuite eu lieu lors d’une réunion de l’opposition, faisant plusieurs blessés parmi ses dirigeants. C’est parce qu’il tentait de documenter ces évènements qu’Omar Ali Ewado a été arrêté, inculpé puis relaxé en appel par la justice de Djibouti. Comme l’opposition, le président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (l'une des deux ligues de défense des droits de l'homme présentes à Djibouti) dénonce aujourd’hui des irrégularités dans l’organisation du scrutin, notamment des cartes d’électeurs déjà tamponnées et des entraves à la circulation des candidats. Des accusations démenties par le régime qui refuse néanmoins la venue d’experts européens. Une équipe d’observateurs de la Ligue arabe est sur place, mais impossible de les rencontrer pour Omar Ali Ewado.

Une certaine tolérance de la part des grandes puissances

Lundi 4 avril, une équipe de la BBC a été expulsée du pays qui apparait à la 170e place sur 180 en termes de liberté de la presse dans le classement de Reporters sans frontières. Une situation sur laquelle la communauté internationale reste plutôt discrète. Les grandes puissances sont en effet silencieuses, mais très attentives à l’évolution de la situation.

Le pays tire avant tout ses revenus des loyers des bases militaires étrangères présentes sur son territoire. Si la Chine est en actuellement en train d’y construire sa première base en Afrique, les Etats-Unis ou la France y sont présents de longue date.

Ces intérêts les amènent à faire preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis de la situation des droits de l’homme, selon Dimitri Verdonck, président de l'Association culture et progrès, partenaire de la FIDH notamment pour Djibouti : « Ils préféraient que le minimum qu’on demande au président soit respecté : la liberté d’expression, au moins un média indépendant, tout cela n’existe pas à Djibouti. IOG ne remplit pas sa part du contrat. Mais en même temps, ils ont besoin de Djibouti pour ce que représente ce pays dans la lutte contre la piraterie ou le terrorisme. C’est un ami difficile à fréquenter, mais ça reste un ami ».

« Le principal perdant de ce statu quo, conclut Dimitri Verdonck, c’est le peuple djiboutien ». Environ 40 % vit sous le seuil de pauvreté et 60 % est sans emploi. Les jeunes sont les plus touchés et ils seraient de plus en plus nombreux à fuir le pays.

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