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Soudan

Darfour: des populations prisonnières d’une crise sans fin

Un enfant buvant de l'eau dans le camp de réfugiés de Abu Shouk, à El-Fasher (Darfour), en mars 2013.
Un enfant buvant de l'eau dans le camp de réfugiés de Abu Shouk, à El-Fasher (Darfour), en mars 2013. REUTERS/Albert Gonzalez Farran/UNAMID/Handout

La population du Darfour, dans l’ouest du Soudan, est appelée aux urnes à partir de ce lundi 11 avril pour un référendum sur le statut de la région. Les opérations de vote sont prévues pour durer trois jours. Les Darfouris doivent dire s’ils veulent que leur région soit divisée en cinq Etats ou qu’elle forme une région semi-autonome unique. Coup de projecteur, à cette occasion, sur cette région qui fait toujours face à une situation sécuritaire instable avec des conséquences humanitaires catastrophiques.

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Treize ans après le début de la crise, l’histoire bégaie au Darfour. Depuis plusieurs mois, le massif du Jebel Marra voit s’affronter forces rebelles et alliés du régime. Les forces progouvernementales essaient de déloger les combattants rebelles du SLM, le Mouvement de libération du Soudan d’un de leurs bastions. Et les populations paient à nouveau le prix fort.

Les forces progouvernementales ont commencé à encercler des zones du Jebel Marra censées abriter des rebelles dès octobre dernier, après la saison des pluies. Le 2 janvier dernier, une embuscade contre un convoi de véhicules de l’armée a précipité une nouvelle vague d’affrontements.

« L'escalade des combats dans le Jebel Marra a conduit à des déplacements à grande échelle, particulièrement entre la mi-janvier et la fin mars, expliquait la semaine dernière au Conseil de sécurité de l’ONU Hervé Ladsous, le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. Les organisations humanitaires estiment qu'au moins 138 000 habitants du Jebel Marra ont été nouvellement déplacés. En raison des restrictions d'accès imposées par le gouvernement, nous ne pouvons pas certifier le nombre exact de victimes civiles causées par cette nouvelle vague d'affrontements ».

Il y avait bien eu un accord de paix signé à Doha au Qatar, en 2011, mais il n’a rien réglé. La crise est même devenue plus complexe, certaines milices arabes qui étaient alliées du gouvernement ayant fini par se battre entre elles. « Ces dernières années, raconte le chercheur Jérôme Tubiana, on a eu beaucoup de conflits entre les communautés arabes qui ont été armées par le gouvernement dans le cadre de ses milices dites ‘janjaweed’, mais qui se sont battues beaucoup entre elles, des combats très meurtriers. Par ailleurs, paradoxalement le gouvernement a continué à armer certaines de ces communautés et donc à alimenter ces conflits communautaires ». Jérôme Tubiana estime que la violence des derniers combats rappelle les heures les plus sombres de la crise au Darfour en 2003-2004.

Contre-insurrection d’une violence extrême

2003. Avec les années, les origines de la crise se sont désormais enfouies sous des monticules de cendre. Tout a démarré avec l’apparition de mouvements rebelles le JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité) et le SLM (Mouvement de libération du Soudan) qui réclamaient une meilleure prise en compte de leur région par le pouvoir central. Pour essayer d’étouffer cette contestation rebelle, le gouvernement a armé des milices arabes qui s’en sont prises aux communautés d’origine de la rébellion, les Fur, Les Massalit et les Zaghawa.

Des centaines de milliers de personnes ont fui pour le Tchad ou sont venues chercher refuge dans des camps de déplacés. Les autorités américaines avaient à l’époque décrit cette contre-insurrection d’une violence extrême comme un génocide.

13 ans après, deux millions de Darfouris vivent toujours dans des camps de déplacés dans l’ouest du Soudan. Les camps se sont parfois transformés en véritables villes. Les tentes de toile sont devenues des maisons en terre séchée. Mais une grande précarité continue toujours à régner… Selon Jean Verheyden, le chef adjoint d’OCHA, l’agence des Nations unies pour la coordination de l’aide humanitaire au Soudan, « ce sont souvent des fermiers qui n’ont plus l’opportunité d’exercer leur profession depuis dix ans, même si parfois ils sont employés de manière occasionnelle comme cultivateurs pour le bénéfice d’autres cultivateurs ». « Nous avons fait une grande enquête en 2015 dans l’ensemble des camps du Darfour, poursuit l’humanitaire. Elle a démontré qu’au moins un tiers de cette population est complètement incapable de subvenir à ses besoins pendant l’ensemble de l’année ».

La crise du Darfour continue aussi à peser sur les pays voisins, et notamment sur le Tchad, qui accueille toujours dans l’Est 300 000 réfugiés répartis en douze camps. Une situation qui augmente la fragilité de cette partie du pays. « Ce sont des zones qui sont déjà très vulnérables, rapporte Florent Méhaule, chef du bureau de OCHA pour le Tchad. Les marchés sont dysfonctionnels, les productions agricoles sont très limitées. 35% de la population qui est en insécurité alimentaire sévère au Tchad se trouve déjà à l’Est. A ces précarités et ces vulnérabilités déjà préexistantes se rajoute le fardeau de ces 300 000 personnes qui s’intègrent dans un contexte déjà difficile ».

Bien que la crise persiste, les humanitaires déplorent un manque de financement des bailleurs. Ils craignent qu’avec les années, la communauté internationale finisse par oublier ce qui se joue dans cette région.

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