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Burundi

Un an après, retour sur l'agression du correspondant de RFI au Burundi

Esdras Ndikumana.
Esdras Ndikumana. RFI/Anne Cantener

Le 2 août 2015, le correspondant de RFI au Burundi, Esdras Ndikumana se rend sur les lieux de l'assassinat d'un proche du président, le général Adolphe Nshimirimana, l'un des piliers du système sécuritaire. Alors qu'il prend des photos et fait son travail de journaliste, Esdras Ndikumana est interpellé par des agents du service de renseignement, conduit dans leurs locaux et battu pendant deux heures.

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Le 2 août 2015, Bujumbura est sous le choc : l'un des plus proches conseillers du président vient d'être assassiné, victime d'une attaque à la roquette en plein centre de la capitale. Les forces de sécurité sont en état d'alerte. C'est dans ce contexte que des agents du renseignement arrêtent Esdras Ndikumana, qui prenait des photos, et le battent pendant deux heures.

Les coups ont été si violents qu'aujourd'hui encore, Esdras Ndikumana en garde quelques séquelles. Des bourdonnements dans les oreilles à cause d'un tympan perforé, une difficulté à rester debout à cause des nombreuses micro-fractures aux pieds ou des douleurs dans la main, cassée par les agents qui lui ont arraché son alliance.

Deux jours de soins à Bujumbura, dans trois hôpitaux différents, puis pour des raisons de sécurité, Esdras Ndikumana quitte la capitale burundaise pour Nairobi au Kenya où il a pu recommencer à travailler. « Lorsque j’ai été agressé, il y a eu des signes, notamment des gens des services de renseignement qui sont passés chez moi, qui ont commencé à s’intéresser à l’hôpital où j’étais, etc, à poser des questions sur ma famille. Du coup on a pris peur. A l’hôpital à Bujumbura, je suis resté deux jours. En fait, à cause de toutes ces conditions de sécurité (…) j’ai changé d’hôpital trois fois en deux jours. (…) On a décidé qu’il fallait m’évacuer pour aller à Nairobi », confie-t-il.

Enquête au point mort

Quelques mois plus tard, Esdras Ndikumana ainsi que RFI et l'Agence France presse, ses employeurs, ont porté plainte pour torture. L'enquête n'a pas avancé du tout : le premier magistrat chargé du dossier a été muté en province, le second a démissionné et pour l'instant, aucun nouveau juge n'a été désigné pour le remplacer.

Non seulement l'enquête n'a pas progressé, mais en plus, lorsqu'Esdras Ndikumana a souhaité faire renouveler son passeport au mois de mai, le gouvernement burundais a publié un communiqué le présentant comme un journaliste encourageant le crime et la violence. Ces menaces ont découragé toute tentative de retour au pays pour y faire refaire ses papiers.

« Il fallait renouveler nos passeports, on a tout essayé. Impossible. A ce moment-là, le ministre de la Sécurité publique a sorti un communiqué où il parlait de moi comme un ennemi de la République (…) c’était donc une fin de non-recevoir sur ce dossier-là. Il y a eu ça, il y a eu aussi des menaces à Nairobi. Donc il a fallu partir. Juste parce je suis journaliste, juste parce qu’on n'aime pas entendre ce qui se passe au Burundi. »

Depuis deux semaines, Esdras Ndikumana vit avec sa famille en France où il a demandé l'asile politique. « D’ici quelques jours, je n’aurai plus de papiers burundais, je n’aurai plus aucun papiers. On est en train de faire de moi un apatride, en fait. »

A (RE)LIRE → RFI condamne fermement l’agression de son correspondant au Burundi

[Esdras] a été poussé par les autorités de son propre pays à devenir apatride... La situation n'est pas normale... lui veut travailler chez lui et le Burundi a la chance d'avoir un remarquable journaliste qui devrait être la fierté de son pays, donc on marche sur la tête !

■ Réaction des autorités
Au Burundi, le ministre des Droits de l'homme, Martin Nivyabandi, explique que la situation était différente au moment où Esdras Ndikumana a été arrêté et torturé et il assure que le journaliste peut rentrer au Burundi s'il le souhaite : « Tout Burundais a la prérogative de rentrer dans son pays. Chaque Burundais est libre de rentrer. On n’a pas encore rejeté sa nationalité ».


Les atteintes contre les journalistes se multiplient au Burundi

Depuis le début de la crise, c'est-à-dire en moins d'un an et demi, au moins 90 journalistes ont quitté le Burundi. Ceux qui restent travaillent dans un climat d'autocensure et de crainte généralisée. Peu de personnes osent parler, par crainte de représailles.

L'organisation Reporters sans frontières (RSF) explique que la violence quotidienne est devenue la norme. Depuis l'arrestation et le passage à tabac du correspondant de RFI, Esdras Ndikumana, il y a un an, l'organisation a recensé une quinzaine d'interpellations de journalistes. La plupart d'entre eux ont été relâchés après quelques jours de détention, mais certains sont toujours détenus, sans avoir été présentés à un juge alors que le délai de garde à vue est largement dépassé.

La semaine dernière, un journaliste d'Infos Grands lacs a été frappé par un policier dans un bar, uniquement parce qu'il était journaliste. Aucune sanction n'a été prise contre cet officier de police.

C’est terrible ce qui se passe... Je veux croire que Jean est vivant !

Et depuis dix jours, l'inquiétude grandit concernant un autre journaliste d'Infos Grands lacs, qui travaille également pour le journal Iwacu. Jean Bigirimana a disparu. Des témoins affirment qu'il a été enlevé par des agents des services de renseignement, mais la police dément toute arrestation par les forces de l'ordre. L'enquête n'avance pas explique à RFI le directeur d'Iwacu, Antoine Kaburahé. « Il y a des pistes que toute police motivée pourrait exploiter (mais) ce qui nous désole aujourd’hui c’est qu’on ne voit rien… il y a un silence, une passivité (de la part de la police) intolérables, inacceptables ! Nous on n’accuse pas, on montre ce que l’on a trouvé ». Et le directeur d'Iwacu fait état des témoignages recueillis par les journalistes. « D’une manière ou d’une autre le service national des renseignements est impliqué », poursuit Antoine Kaburahé qui s'inquiète du sorte du journaliste, père de deux petits garçons. 

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