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Justice internationale

Le Kenya et la Somalie se disputent de vastes secteurs maritimes devant la CIJ

La dispute maritime entre le Kenya et la Somalie a été portée devant la Cour internationale de justice de La Haye (photo d'illustration).
La dispute maritime entre le Kenya et la Somalie a été portée devant la Cour internationale de justice de La Haye (photo d'illustration). AFP PHOTO / INTERNATIONAL COURT OF JUSTICE / FRANK VAN BEEK

Les représentants du Kenya et de la Somalie ont commencé à plaider ce lundi 19 septembre devant la Cour internationale de justice de La Haye, la plus haute instance judiciaire de l'ONU. L'objet du contentieux : le tracé de leur frontière maritime commune, où se trouvent des réserves de pêche, mais aussi de pétrole et de gaz.

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Pour la Somalie, sa frontière maritime avec le Kenya suit le tracé de la frontière terrestre, en s'enfonçant dans l'océan vers le sud-est. Pour le Kenya, au contraire, sa frontière avec la Somalie suit une latitude horizontale d'ouest en est.

Or, dans le triangle entre les deux tracés, se trouvent 100 000 km3 de territoire dans l'océan Indien et au moins trois blocs sous-marins renfermant potentiellement du pétrole et du gaz, mais aussi des eaux très poissonneuses. Il s’agit, par conséquent, d’un enjeu économique majeur pour les deux pays.

Les autorités des deux pays ont donc engagé des avocats internationaux prestigieux pour plaider leur cause. Le Kenya a même dépêché aux Pays-Bas son procureur général et, dès dimanche, le président somalien a fait une déclaration télévisée pour défendre son point de vue.

Bataille d'avocats

La Cour internationale de justice doit ainsi entendre toute cette semaine les arguments des avocats des deux parties. Le Kenya fait valoir un mémorandum signé avec la Somalie, stipulant que les deux pays renoncent à recourir à une quelconque juridiction pour résoudre la dispute. Aux yeux de la Somalie, en revanche, les négociations avec le Kenya n'ayant abouti à rien, seule la Cour de justice peut valablement - et définitivement - trancher le conflit.

Après avoir entendu les deux parties vendredi, la Cour devra décider si elle est compétente ou non pour juger la dispute. Une bataille judiciaire, aux bénéfices potentiellement immenses pour les deux pays, pourra alors réellement commencer.

L'enjeu de ces audiences est donc aussi politique. Car si la Cour décidait d'arbitrer ce conflit, sa décision serait sans appel et pourrait faire tache d'huile ailleurs en Afrique. Le Ghana et la Côte d'Ivoire sont également engagés dans une dispute similaire sur leur frontière maritime, ainsi que le Malawi et la Tanzanie, sur leur frontière commune, qui se trouve au milieu d'un lac.


Analyse

Pour le chercheur sur les questions maritimes Timothy Walker, de l'Institut des études de sécurité de Pretoria, ce genre de dispute est amené à se répéter en Afrique, un continent qui a longtemps négligé le domaine maritime :

« C'est un dossier très complexe et c'est le genre de dossier qui va probablement faire école. Le domaine maritime africain est depuis longtemps une zone "aveugle". Beaucoup de pays commencent seulement à se rendre compte à quel point un domaine maritime sûr pour le commerce et la transport est important pour les économies locales, pour les sources de revenus comme la pêche, mais aussi pour les bénéfices qu'on peut tirer des ressources sous-marines. C'est pourquoi quand on parle de "mettre fin à l'aveuglement sous-marin", cela veut dire faire prendre conscience aux autorités locales, aux hommes d'affaires et aux sociétés civiles à quel point la sécurité sur terre est importante pour la sécurité sous la mer. Car la mer est un potentiel immense pour le futur. Il faut prendre conscience du bénéfice qu'on peut tirer du pétrole et du gaz, bien sûr, mais aussi de la pêche, du tourisme et d'autres choses encore. Dans le cas d'espèce, il existe beaucoup de questions jamais résolues qu'il va falloir trancher. C'est aussi l'occasion de se rendre compte à quel point tous les problèmes soulevés sont connectés entre eux. Et au coeur de tous ces problèmes, il y a la démarcation de la frontière maritime. »

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