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Ghana

Les Ghanéens aimeraient voir les fruits de la stabilité démocratique

Devant supporter parfois jusqu'à plus de cinq heures d'attente, les électeurs ghanéens se sont déplacés, ce mercredi 7 décembre, pour choisir leur président.
Devant supporter parfois jusqu'à plus de cinq heures d'attente, les électeurs ghanéens se sont déplacés, ce mercredi 7 décembre, pour choisir leur président. REUTERS/Luc Gnago

Quelque 15,7 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes mercredi au Ghana, un pays qui passe pour être un phare de la démocratie en Afrique de l'Ouest. L'alternance politique y est bien réelle depuis une vingtaine d’années. Mais le scrutin suscite, encore et toujours, des appréhensions, d'autant plus que le Nouveau parti patriotique, relégué dans l'opposition depuis huit ans, se verrait bien à la Flagstaff House, la présidence ghanéenne.

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Dans la capitale du Ghana, personne ne se hasarde à faire de prédictions : le parti au pouvoir et le principal parti d’opposition seraient au coude-à-coude à l’issue d’une campagne présidentielle et législative qui, dans les deux camps, a souvent versé dans le populisme.

Quelque 16 millions d’électeurs sont appelés à départager les sept candidats qui briguent, ce mercredi, la magistrature suprême dans un pays d’Afrique de l’Ouest ou l’alternance est réelle depuis le début de la VIe République, en 1992.

La corruption, cheval de bataille de Nana

Le Nouveau parti patriotique (NPP), un parti d’opposition parfois décrit comme « libéral-conservateur », tente de reconquérir le pouvoir après avoir été chassé de Flagstaff House, la présidence ghanéenne, en 2008.

Son candidat à la présidentielle, Nana Akufo-Addo, avocat et ex-ministre (de la Justice, puis Affaires étrangères), a mis l’accent sur la lutte contre la corruption, qui aurait augmenté sous le président sortant, John Dramani Mahama -- un sentiment dont les partisans de l’opposition se sont volontiers fait l’écho pendant la campagne.

« J’ai fait l’erreur de voter Mahama », confiait l’un d’eux en marge d’un meeting du NPP au Trade Fair Park d’Accra. « Il a volé notre argent; il a mangé notre argent. »

Mahama justifie son bilan et promet aux jeunes

Les deux candidats ont rivalisé de populisme dans l’espoir de rallier les indécis. Nana Akufo-Addo s’est engagé à construire une usine dans chacun des 216 districts du Ghana et un barrage dans chacun de ses villages, rappelant que l’irrigation est un sujet porteur dans un pays où la majorité de la population vit encore en milieu rural.

Le président sortant et son parti, le Congrès national démocratique (CND), de tradition sociale-démocrate, ont de leur côté promis de créer trois millions d’emplois pour la jeunesse, durement frappée par le chômage (même si les statistiques en la matière ne sont pas fiables).

Le président Mahama a fait campagne sur son bilan économique. Il a maintes fois rappelé la forte croissance de l’économie ghanéenne. Même si elle pâtit de la chute des cours du pétrole et du cacao (le Ghana est le premier producteur mondial avec la Cote d’Ivoire), elle pourrait atteindre 4% cette année. L’opposition rétorque que l’économie ghanéenne a déjà fait beaucoup mieux. En 2011, avant l’arrivée au pouvoir du président Mahama, la croissance avait même atteint 14% !

Dans ses meetings, Nana Akufo-Addo, candidat du NPP, n’a pas manqué de rappeler que, sous le président Mahama, la valeur du cedi, la devise nationale, avait dégringolé. Le coût des importations a par conséquent flambé. A l’instar de l’inflation. En octobre, cette dernière était de 16% (comparativement a la même période l’an dernier). Pas étonnant que les taux d’intérêt se soient envolés.

Le Ghana continue d’attirer, malgré tout, les investissements. L’investissement direct étranger a même connu, sous l’actuelle présidence, une forte hausse.

Les attentes de la jeunesse

Le président Mahama, comme son parti, le NDC, ne font pas uniquement campagne sur l’économie, toutefois. Même si le réseau électrique reste médiocre, la production d’électricité est en hausse - et pas seulement dans la capitale. Le président Mahama s’enorgueillit d’avoir électrifié des milliers de villages. Comme il s’enorgueillit d’avoir construit de nombreuses écoles, notamment en milieu rural.

Le message de sa campagne est : faire passer la population en premier, explique Antoine de Boyer, qui prépare une thèse sur l’histoire contemporaine du Ghana a l’université de Paris 1. C’est une vieille ligne du NDC en campagne.

Dans un pays ou la participation électorale est traditionnellement élevée (80% à la dernière présidentielle), le vote des jeunes pourrait peser lourd dans la balance. Leur grogne est palpable comme le donne à penser Koffi, un infirmier de formation qui entend voter NPP. A 27 ans, il n’arrive pas à se trouver du travail : « Je vis encore chez mes parents », explique-t-il. « Je dépends d’eux pour ma survie. Ce serait plutôt à moi de les aider, eux. Mais j’habite encore chez eux. »

Les jeunes aspirent au changement, selon Beatrice Ayankor Brew, une chanteuse ghanéenne qui a fait carrière en France dans les années 80 sous le nom de Bibie.
« Ils attendent beaucoup de choses », dit-elle. « Ils veulent un gouvernement dynamique. Ils parlent beaucoup de corruption. Alors ils veulent voir des changements. »

Appels à la paix

Difficile de prévoir toutefois qui sortira vainqueur des urnes ce soir puisque les sondages se contredisent.

Si l'alternance est entrée dans les mœurs, au Ghana, bon nombre d’électeurs redoutent malgré tout des affrontements entre les deux camps dans certaines régions du Ghana, tout particulièrement dans le Nord. Les deux principaux partis auraient recruté des « gros bras » ou macho men, pour intimider le camp adverse…

Pour éviter tout dérapage, des concerts et prières ont, encore cette fois-ci, été organisés. Leur leitmotiv : il faut préserver la paix, éviter tout acte de violence, un message abondamment relaye dans des campagnes d’affichage et dans les médias.

« A chaque élection, on a ses appels à la paix, explique Antoine de Boyer, quasiment une industrie qui se met en place autour de ce thème. » « On cherche à se faire peur, mais c’est aussi une forme de prévention, car il y a des signes d’une situation un peu difficile, un peu bouillonnante. Les Ghanéens essaient avec ce rappel à la paix permanent de garder une situation pacifique. »

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