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RDC/ONU

RDC: attentes à Beni, la veille de l’arrivée d’Antonio Guterres

Les populations de la ville de Beni -ici en octobre 2014- et de sa région sont la proie d'exactions répétées.
Les populations de la ville de Beni -ici en octobre 2014- et de sa région sont la proie d'exactions répétées. AFP/Alain Wandimoyi

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a entamé, ce samedi 31 août, une visite de trois jours en RDC. Après une première étape à Goma, ce samedi, il doit se rendre à Beni, dimanche, puis Kinshasa, lundi. Officiellement, la visite du chef de l’ONU a pour but de montrer son soutien aux équipes qui luttent contre le virus Ebola qui a déjà fait plus de 2 000 morts, en un an. Beni, épicentre de la maladie, est aussi frappée régulièrement par des attaques armées attribuées à divers groupes armés dont les ADF, présumés rebelles ougandais. Ici, les populations se sentent abandonnées et délaissées par tout le monde.

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Des violences et des massacres sont régulièrement perpétrés par divers groupes armés, en particulier, les ADF, dans zone de Beni. Parmi les localités fréquemment touchées, celle de Mbau, encore frappée par une attaque dans la nuit du 18 au 19 août dernier, précisément à Malehe, attribuée aux présumés ADF. Elle avait fait quatre morts dont un militaire. Les habitants ont le sentiment que les ADF agissent en toute impunité au nez et à la barbe de l’armée congolaise et de la Monusco. Malgré la présence de la mission des Nations unies, il règne un sentiment d’abandon.

« Vous voyez cette maison-là. La position militaire est quelque part, ici… à une centaine de mètres à peine mais on a tué des gens ici », témoigne Isse qui ne parvient pas à comprendre. « Même un petit enfant ne pourrait pas comprendre », ajoute-t-il.

Isse Somo Vickos est l’un des représentants locaux de la société civile. La maison qu’il nous montre est située un peu à l’écart du village. Elle est abandonnée, verrous aux portes, depuis que le couple qui l’habitait a été tué, de nuit, sous les yeux de leurs enfants.

Mascagoret a découvert l’horreur au petit matin. « C’est ma fille qui habitait ici. J’ai été alertée par les pleurs des gens et quand je suis arrivée, j’ai d’abord retrouvé le corps de son mari sous leur lit… et puis j’ai vu ma fille, morte, derrière lui », raconte-t-elle.

A Malehe, on dit ne pas attendre grand-chose de la visite, dans la région, du secrétaire général des Nations-Unies, ce week-end. À force d’attaques et de massacres, la confiance dans le travail de l’armée congolaise et de la Monusco s’est effritée, depuis longtemps. « On ne comprend pas le travail qu’ils font. Nous sommes abandonnés. Moi je souffre et je ne les aime pas », a ajouté Mascagoret.

Même lassitude dans le discours de Chantal Katungu, une voisine. « Nous ne voyons pas à quoi sert la Monusco. Les casques bleus passent leur journée ici et le soir-même, on tue des gens. Depuis la dernière attaque dans cette parcelle, on n’ose même plus dormir ici », explique-t-elle.

Comme Chantal, la plupart des habitants de Malehe, ne se sentant pas protégés, passent désormais la nuit dans un autre quartier, dans des familles d’accueil. Ils ne reviennent ici que quelques heures par jour, pour cultiver un bout de terre ou vérifier que leur maison n’a pas été attaquée.

« Échec des FARDC et de la Monusco »

Isse Somo Vickos confirme le sentiment d’abandon et pointe du doigt l’échec des forces armées congolaises et de la Monusco.

« La population se sent très, très, très abandonnée. Les FARDC abandonnent la population, la Monusco abandonne la population et les autorités locales abandonnent la population. Vous voyez, ici à côté, il n’y a plus personne ! Même à côté de la base de la Monusco, il n’y a plus personne. Les gens ont fui, les maisons sont en train de s’écrouler. Nous ne voulons plus de cette Monusco-là. Ils échouent à éradiquer l’insécurité. Si la Monusco réussissait, ce serait tant mieux, ils pouraint rester. Mais comme ils échouent, autant qu’ils partent. Tous les moyens qui sont mis pour lutter contre le  virus Ebola… Les gens sont en train de se poser la question. Pourquoi met-on autant de moyens pour éradiquer l’épidémie d’Ebola avant d’en finir d’abord avec l’insécurité qui gangrène la région depuis tant d’années. Cela crée des suspicions. Cela crée aussi des résistances. C’est la raison pour laquelle la population, ça et là, est en train de tabasser l’équipe de riposte et d’incendier les véhicules… Rien qu’à cause de cela », précise-t-il.

À noter par ailleurs que ce vendredi, l’armée congolaise a promis une récompense à toute personne pouvant aider, par des renseignements, à la traque des ADF. L’annonce a été faite par le chef d’état-Major, le général Célestin Mbala, qui se trouve actuellement à Beni, selon un porte-parole de l’armée.

« Le montant exact de la récompense sera évalué en fonction de l’importance de la cible », a précisé le maire de Beni, Jean-Edmond Bwanakawa Nyonyi, pour qui cette mesure devrait aussi permettre de mettre la main sur les « collaborateurs » des ADF, présents, selon lui, au sein de la population dans les différentes agglomérations du territoire de Beni.

« Un groupe terroriste »

Le maire de Beni dit par ailleurs comprendre le sentiment de « désespoir » et de frustration des populations. Il les invite à rester unis derrière les forces armées congolaises et promet de demander plus de moyens à António Guterres, pour traquer les groupes armés et notamment les ADF. Jean-Edmond Bwanakawa Nyonyi considère que les ADF sont un groupe terroriste et devraient être traités comme tel, par la communauté internationale.

« Le désespoir qui caractérise la population de Beni s’explique. Pour que cette population reprenne la vie, dans le sens véritable du mot, notre souhait est que les ADF devraient être traités comme tous les groupes terroristes à travers le monde et que la communauté internationale nous aide de la même façon qu’elle aide d’autres pays comme le Kenya, la Somalie, et d’autres… de manière à nous permettre de nous débarrasser de ce phénomène ».

« Nous ne pouvons pas dire que la Monusco ou bien les Nations unies font tout ce qu’elles devraient faire pour mettre un terme à ce phénomène. Voilà pourquoi, auprès du secrétaire général des Nations unies, nous allons demander plus de moyens militaires mis à la disposition de la force d’intervention des Nations unies, pour que, à elle seule ou bien aux côtés des forces armées de la RDC, cette fois-ci soit la bonne pour éradiquer et neutraliser complètement le phénomène ADF dans notre contrée », souhaite Jean-Edmond Bwanakawa Nyonyi.

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