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France

Jacques Chirac, des liens étroits avec les dirigeants africains

Jacques Chirac au sommet Afrique-France de Cannes en février 2007.
Jacques Chirac au sommet Afrique-France de Cannes en février 2007. PATRICK KOVARIK / AFP

Depuis le général de Gaulle, tous les présidents français se sont fait qualifier « d’Africain ». Dans le cas de Jacques Chirac, souvent appelé « Chirac l'Africain », le surnom ne semble pas usurpé tant ses liens avec le continent et ses leaders étaient forts, mais aussi controversés.

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Aucun autre président français n'entretient des relations aussi étroites avec des dirigeants africains que Jacques Chirac tout au long de sa vie politique. Il y a d’abord Nelson Mandela, l'icône de la lutte antiapartheid. Dans les mémoires de l’ancien président français, l’ex-chef de l’État sud-africain est sans grande surprise qualifié de « symbole universel de vérité, de justice et de tolérance ».

Plus croustillant, Jacques Chirac avait raconté aussi s'être engagé en faveur de Nelson Mandela dès le début des années 1970 en participant au financement de l'ANC. Et ce à la demande d'un autre grand ami de Jacques Chirac : le roi du Maroc de l'époque, Hassan II.

D’ailleurs lors des obsèques de Hassan II, en 1999, Jacques Chirac, devenu président, est reçu par la famille. Peu de dirigeants occidentaux le seront. Les indiscrétions confèrent même à Jacques Chirac un statut de médiateur, d’arbitre au sein de la famille royale marocaine.

L’Algérie

Parmi les pays africains avec lesquels Jacques Chirac a entretenu une relation particulière, il y a l'Algérie. L'ex-chef de l'État a fait la guerre d'Algérie en tant qu'officier à partir de 1956 et a été profondément marqué par cette expérience. Quarante ans plus tard, devenu chef de l'Etat, et malgré quelques malentendus, il contribue à la réconciliation entre Paris et Alger.

En 2001, Jacques Chirac reconnaît officiellement la dette de la France vis-à-vis des harkis, ces musulmans qui ont combattu dans l'armée française entre 1954 et 1962. Puis il y a le mémorial en 2002, à Paris, dédié aux soldats français et harkis tombés en Algérie. Tout un symbole, même si la date choisie pour l'inauguration fait débat : « Soldats de métier, combattants volontaires, Français musulmans engagés dans les forces supplétives, tous ont connu les mêmes épreuves. Notre République doit assurer son devoir de mémoire, elle associe dans un même hommage ses enfants de toutes origines morts pour la France », déclare celui qui est encore président.

Un an plus tard, une foule en liesse accueille Jacques Chirac à Alger. C'est la première visite d'un chef d'État français depuis l'indépendance. Jacques Chirac multiplie les gestes de rapprochement allant jusqu'à offrir au président Bouteflika le sceau que le dey d'Alger a remis lors sa reddition au corps expéditionnaire français en 1930.

Le président Jacques Chirac lors de sa visite en Algérie, le 3 mars 2003.
Le président Jacques Chirac lors de sa visite en Algérie, le 3 mars 2003. PATRICK KOVARIK / AFP

Le président français montre des signes de rapprochement avec son homologue algérien. Abdelaziz Bouteflika est qualifié de « charmeur, habile et pragmatique ». Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999, était pour Jacques Chirac « porteur d'un souffle nouveau pour l'Algérie » et notamment en termes « d’ouverture démocratique ».

Mais l'idylle est de courte durée. En 2005, l'adoption par la France d'une loi qui évoque le « rôle positif » de la colonisation met le feu aux poudres. Jacques Chirac fera abroger ce texte, mais trop tard. L'épisode a durablement marqué les esprits.

Le souvenir que me laisse Jacques Chirac, c’est qu’une réconciliation populaire entre l’Algérie et la France est possible. C’est quelque chose qui s’est réalisé que j’ai pu voir, constater. Des Algériens qui applaudissent chaleureusement un président français.

L’affrontement avec Gbagbo l’Ivoirien

Parmi les moments chauds du second septennat de Jacques Chirac, il y a aussi la crise franco-ivorienne de décembre 2004. En l'an 2000, l’élection de Laurent Gbagbo est une déception pour Jacques Chirac, lui qui avait soutenu jusqu'au coup d'État de décembre 1999 Henri Konan Bédié, l'héritier Félix Houphouët-Boigny, l’allié historique de la droite française. Laurent Gbagbo est, lui, issu de la mouvance socialiste et accuse régulièrement la France de mener une politique « néo-colonialiste » en Afrique.

Les relations entre les deux hommes vont se dégrader au fil de la crise ivoirienne. En 2002, Laurent Gbagbo demande à la France de repousser l'avancée des rebelles venus du Nord, au nom des accords de défense qui lient les deux pays. Paris interviendra, mais sans chasser les rebelles de Côte d'Ivoire. En janvier 2003, lors de la réunion de Marcoussis, Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, tordent le bras de Laurent Gbagbo en forçant à prendre des ministres rebelles dans son gouvernement.

La rupture date de 2004. Laurent Gbagbo veut alors reprendre le contrôle du nord de la Côte d'Ivoire. Jacques Chirac l'appelle pour l'en dissuader. En vain : le 4 novembre, une offensive est lancée. Deux jours plus tard, à la surprise générale, des avions de l'armée ivoirienne bombardent le camp français de Bouaké (lire notre enquête sur ce sujet ici), tuant neuf soldats. En représailles, la flotte ivoirienne est détruite, sur ordre de l’Élysée. Près de 8 000 ressortissants français sont évacués en quelques jours. L'armée française tire sur des manifestants ivoiriens faisant de nombreuses victimes. Les contacts entre les deux chefs d'Etat seront à partir là glaciaux : la France rendant Gbagbo responsable de la mort de ses hommes, ce que le chef de l’Etat ivoirien démentira, accusant Paris d’avoir planifié son renversement.

Les deux hommes garderont une dent l’un envers l’autre. « Il ne m’a jamais inspiré grande confiance », écrit Jacques Chirac dans ses mémoires qui décrit l’ex-président ivoirien comme quelqu'un « au caractère tortueux et manipulateur ». Jacques Chirac le surnomme aussi « le boulanger » pour son habileté à rouler ses adversaires dans la farine. Dans les siennes, Laurent Gbagbo pointe l'ingratitude de Jacques Chirac, à qui il assure avoir donné de l'argent pour sa campagne de 2002. Les deux hommes ne se sont jamais réconciliés.

L’ami Bongo

La politique africaine de Jacques Chirac restera comme celle des amitiés avec un certain nombre d'hommes forts, de présidents, dans la plus pure tradition de sa famille politique, les gaullistes. Le Togolais Eyadéma, le Camerounais Biya ou encore le Gabonais Omar Bongo. Omar Bongo tient dans le parcours africain de Chirac une place à part, sans doute parce que la France elle-même occupait une place à part dans les préoccupations d'Omar Bongo.

Ceux qui ont pu entrer dans le bureau de l'ancien président Omar Bongo, à Libreville, racontent que le doyen de la « Françafrique » gardait près de lui les portraits des différents présidents français. L'ancien chef d'État gabonais, installé avec l'aide de la France fin 1967, avait fini par devenir lui-même un allié recherché et généreux dans la course au pouvoir en France. Après le décès d'Omar Bongo, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing a affirmé sur l'antenne de la radio Europe 1 qu'il avait participé au financement de la campagne de Chirac en 1981.

Chirac et Bongo ont longtemps entretenu des relations proches, inspirées par l'héritage gaulliste. Sur le dossier du Congo-Brazzaville notamment, les deux hommes ont joué ensemble la carte du général Sassou-Nguesso contre le président Lissouba pendant la guerre civile de 1997. Les déballages gabonais de l'affaire Elf ont bien jeté une ombre sur cette amitié, mais Chirac fera partie des premiers à venir se recueillir à Libreville après la mort du vieux chef d'État. Ce sera d’ailleurs son dernier voyage en Afrique.

Le président Jacques Chirac (g) aux côtés des présidents J. Kabila (RDC), Amadou Toumani Touré (Mali), B. Compaoré (Burkina Faso), Idriss Déby (Tchad) aux funérailles d'Omar Bongo, à Libreville, le 16 juin 2009.
Le président Jacques Chirac (g) aux côtés des présidents J. Kabila (RDC), Amadou Toumani Touré (Mali), B. Compaoré (Burkina Faso), Idriss Déby (Tchad) aux funérailles d'Omar Bongo, à Libreville, le 16 juin 2009. ISSOUF SANOGO / AFP

La « Françafrique » au Togo

Au Togo, il était aussi l'ami personnel de l'ancien dictateur des lieux, Gnassingbé Eyadéma, qui a régenté ce pays de l’Afrique de l’Ouest pendant 38 ans, de 1967 à sa mort en 2005, et à qui a succédé son fils Faure Gnassingbé.

Pour l’ancien Premier ministre de Gnassingbé Eyadéma, Gabriel Agbéyomé Kodjo, Jacques Chirac était un grand homme politique français qui avait une vision pour l’Afrique. Une appréciation très peu partagée dans l’opposition.

Pour Brigitte Adjamagbo-Johnson, c’est l’ami qui avait l’habitude de féliciter Eyadéma avant la proclamation des résultats des élections présidentielles. François Kampatib précise : Jacques Chirac est celui qui a le plus contribué au bégaiement de la démocratie au Togo. Paul Dodji Apevon enfonce le clou, c’est celui qui a le mieux imprimé la « Françafrique ».

Une brochette de dirigeants africains passe pour des « proches » : Abdou Diouf du Sénégal, Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou-Nguesso du Congo-Brazzaville ou encore Lansana Conté de Guinée. Mais l'Afrique ne se résumera pas, sous Jacques Chirac, au seul pré carré. Le président n'hésitera pas à se rendre en Afrique du Sud et au Nigeria, les géants anglophones, en Angola et au Mozambique, les géants lusophones, ouvrant à la France de nouveaux horizons, et nouveaux marchés.

C’est vrai que c’est un grand homme, un grand président, une grande perte pour la France mais je déplore le réseau Françafrique qu’il a bien alimenté.

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