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Algérie

Algérie: la disparition du général Gaïd Salah ouvre le champ des possibles

Manifestation dans les rues d'Alger le 8 mars 2019.
Manifestation dans les rues d'Alger le 8 mars 2019. RYAD KRAMDI / AFP

En Algérie, le général Ahmed Gaïd Salah était l'homme qui avait déclenché un bras de fer avec les protestataires en durcissant leurs conditions de manifestation. Il avait aussi orchestré la présidentielle de ce mois de décembre, largement boycottée. Son décès soudain va-t-il rebattre les cartes du jeu politique ?

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Les commentaires sont encore prudents. Et les analyses divergentes illustrent la difficulté d'anticiper à ce stade l'ampleur des conséquences du décès d'Ahmed Gaïd Salah.

Le commandement militaire qu'il incarnait exerce depuis des années le pouvoir politique en Algérie. Et ce, plus que jamais depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika. Son successeur va-t-il faire évoluer ce rôle ? Et laisser plus de marge de manœuvre au nouveau président Tebboune ? Certains, comme le journaliste Akram Kherief, pensent que c'est inévitable.

Du changement d'agenda de l'armée dépendra la marge de manœuvre qui va être dévolue au chef de l'État, et une ouverture du jeu politique. Pour le chercheur Jean-Pierre Filiu, la disparition d'Ahmed Gaïd Salah ouvre le jeu, qui reste toutefois entre les mains des militaires.

Aujourd'hui, on a la possibilité pour qu'à la faveur de cette disparition se fasse une transition générationnelle qui correspondra à une transition politique et à cette transition démocratique que les Algériennes et Algériens demandent avec détermination, sang-froid, non violence, pacifisme depuis février dernier. Mais tout dépendra là encore de ce que le nouveau maitre du pays, Said Changriha, chef d'état-major par intérim, acceptera. Il a tout les moyens d'ouvrir vraiment le champ politique et d'accomplir ce geste d'apaisement auquel GaId Salah s'était refusé.

Jean-Pierre Filiu

Le président Tebboune aura-t-il la volonté de se démarquer de la tutelle militaire pour s'imposer comme un interlocuteur crédible aux yeux des manifestants ? Tout dépendra des signaux qu'il enverra, et de sa volonté d'aller vers une solution politique négociée. Madjdid Benchikh, spécialiste du système politique en Algérie, espère qu'il facilitera la transition et saura prendre en compte les demandes du soulèvement populaire.

Un espoir de changement pour le Hirak

Pour Saïd Salhi, membre du Hirak, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des Droits de l'homme, la mort d’Ahmed Gaïd Salah peut laisser espérer une évolution du pouvoir au sommet de l'État.

« Cela posera aussi certainement des questions à l’avenir, autour du rôle de l’armée dans la transition, de la place de l’armée au gouvernement, estime-t-il. Il faut noter que le chef de l’état-major est aussi vice-ministre. Est-ce que ce poste va être reconduit au gouvernement ? Toutes ces questions restent posées. »

« Je pense qu’il y a une prudence générale qui s’installe aujourd’hui, avec la désignation récente du président de la République, poursuit Saïd Salhi. Avec cette nouvelle donne, il a maintenant les coudées franches. Toute la responsabilité retombe sur lui, pour les solutions, pour le dialogue, pour la transition. Les regards sont braqués sur lui. »

Et selon Kamel Nemmiche, membre du bureau national du Rassemblement actions Jeunesse (RAJ), dont plusieurs membres sont en prison, « pour pouvoir dire qu'il y a une volonté de changement », il faut que des signaux concrets soient envoyés. « Cela repose sur la libération du champ médiatique, y compris les médias publics, la libération de tous les détenus politiques, la liberté d'expression, la levée de l'embargo sur la capitale, l'arrêt du harcèlement, l'arrêt des poursuites judiciaires. Ce seront autant de signes d'un dialogue possible avec le pouvoir. »

Saïd Salhi appelle la population algérienne à la retenue pendant la période de deuil national pour Ahmed Gaïd Salah. Ce 27 décembre sera le 45e vendredi de contestation contre le pouvoir algérien. Sur les réseaux sociaux, le décès d'Ahmed Gaïd Salah n'a pas calmé la colère. Les appels à manifester cette semaine sont toujours d'actualité.

À lire aussi : L’élection présidentielle en Algérie : une duperie ?

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