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Libye

Berlin accueille, sous l'égide de l'ONU, la Conférence sur la paix en Libye

Membres de l'armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Haftar, en direction de Tripoli, le 13 avril 2019 (image d'illustration).
Membres de l'armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Haftar, en direction de Tripoli, le 13 avril 2019 (image d'illustration). REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

La Conférence sur la paix en Libye qui se tient ce dimanche à Berlin sous l'égide de l'ONU s'ouvre dans un contexte tendu. La tâche est difficile et un accord semble peu probable, après l'échec des discussions qui se sont tenues en Russie au début de la semaine.  Tous les  grands acteurs internationaux de cette crise seront présents à Berlin. Pourtant, les chances d'aboutir à un accord durable restent faibles, selon l'émissaire des Nations unies, Ghassam Salamé.

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Les objectifs de la Conférence de Berlin sont clairs. Il s'agit d'abord de consolider le cessez-le-feu en vigueur depuis le 12 janvier dans le pays, mais qui s'apparente plutôt « à une trêve », selon Ghassam Salamé.

L'ONU souhaiterait aller plus loin en actant une séparation des deux camps rivaux, le repositionnement des armes lourdes, la réunification des institutions, le partage des ressources, entre autres.

Une source diplomatique française estime que « chacun doit prendre ses responsabilités » à ce stade. Pourtant, de l'aveu général, les chances de trouver un consensus à Berlin sont minces.

Le maréchal Haftar refuse pour l'instant de faire reculer ses troupes postées aux portes de Tripoli, alors que Fayez el-Sarraj réclame « le déploiement d'une force internationale » pour protéger la population civile libyenne des bombardements.

Pour Ghassam Salamé, « la Libye a besoin que toutes les ingérences étrangères cessent ». C'est un autre objectif majeur de ce sommet, qui pourrait aussi déboucher sur un engagement à respecter l'embargo sur les livraisons d'armes.

Pour l'analyste Jalel Harchaoui, ce sommet représente « une réelle opportunité pour mettre en œuvre tous les instruments diplomatiques » disponibles pour enrayer le conflit.

■ Les deux camps rivaux à l’heure de la Conférence : quel état d’esprit ?

À quelques heures de la Conférence de Berlin, les deux camps rivaux de ce pays se sont livrés à une course contre la montre pour réaliser une supériorité sur le terrain. Chaque partie cherchant à renforcer ses positions pour augmenter la pression sur l'adversaire avant la phase de négociations. Le jeu entre les partis libyens est périlleux et menace de saper quatre mois d'efforts allemands pour faire aboutir la Conférence de Berlin.

L'un des principaux objectifs de la conférence de Berlin est en effet de mettre fin aux ingérences étrangères qui sont sans précédent. Malgré la participation du président turc à cette conférence, Ankara a accéléré le transfert de mercenaires syriens en Libye.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 3 660 Syriens sont déjà dans le pays pour soutenir Fayez el-Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli. Des munitions et des véhicules blindés turcs ont également été livrés samedi. Une batterie très développée de défense anti-aérienne aurait été installée par les Turcs à l’aéroport de Matiga à Tripoli.

De son côté, le camp de Khalifa Haftar soutenu lui par les Émirats arabes unis et l'Égypte a décidé d'occuper des terminaux pétroliers dans l'est du pays. Les tribus qui lui sont loyales ont dénoncé dans un communiqué le « financement des mercenaires syriens par l'argent du pétrole libyen ». La production pétrolière est maintenant à l'arrêt, les exportations sont bloquées.

Ces développements jettent un froid sur Berlin où le partage des richesses libyennes doit donc être discuté.


■ Berlin, capitale provisoire de la crise libyenne

Il s'agit d'une conférence inédite par sa taille à Berlin depuis des décennies. Quelles sont les raisons de cette implication allemande ?

Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

En 2011, l’Allemagne, en s’abstenant au Conseil de sécurité de l’ONU lors du vote sur une intervention militaire en Libye, brisait un tabou. Pour la première fois, Berlin se désolidarisait de ses partenaires occidentaux et était sévèrement critiqué. Le processus de Berlin mis en place l’été dernier peut aussi être perçu comme une conséquence de cette abstention. L’Allemagne n’a pas participé à cette intervention, n’a pas de passé colonial en Libye et n’a pas soutenu activement tel ou tel camp.

Berlin peut donc jouer la carte du médiateur neutre et aussi prouver par-là, à l’heure où il se délite, que le multilatéralisme peut encore fonctionner. Le rôle de la Libye pour les flux migratoires explique aussi l’intérêt de Berlin ces dernières années pour ce pays.

Les Allemands veulent prouver que l'idée des accords internationaux est encore vivante et que le monde ne va devenir un monde "selon Trump" disons...

Plusieurs réunions de travail avec les différents pays impliqués sur place ont eu lieu à Berlin depuis l’été dernier. Lors d’une rencontre à la chancellerie, Angela Merkel a salué les négociateurs. La cheffe du gouvernement a beaucoup téléphoné. Il y a une semaine, elle s’est rendue à Moscou pour rencontrer un acteur central, le président russe Vladimir Poutine.

Dans les milieux gouvernementaux, on souligne le « risque » pris par l’Allemagne. Officiellement, on minimise les résultats de la rencontre. Une stratégie bien huilée pour pouvoir briller en cas de progrès. Le but est que la Conférence de Berlin débouche sur un processus durable et suivi. La ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer a estimé ce week-end que son pays pourrait rapidement participer à une force sur place pour contrôler un éventuel accord.

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