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Mali

Mali: Bamako cherche à entrer en contact avec deux groupes terroristes

Iyad ag Ghali, leader du GSIM, le 7 août 2012 à Kidal, lors d'une rencontre avec le ministre burkinabè des Affaires étrangères.
Iyad ag Ghali, leader du GSIM, le 7 août 2012 à Kidal, lors d'une rencontre avec le ministre burkinabè des Affaires étrangères. AFP PHOTO / ROMARIC OLLO HIEN

Le Haut représentant du président Ibrahim Boubacar Keïta pour le centre, Dioncounda Traoré, explique avoir mandaté des émissaires pour prendre contact avec ces groupes.

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L’information n’est révélée que maintenant, mais désormais, on sait que discrètement, il y a quatre mois, Dioncounda Traoré a mandaté des personnalités venues proposer leurs services d'intermédiaire pour dialoguer avec les groupes armés responsables d'attaques terroristes.

Et devant l’absence de retour, le Haut représentant du président pour le centre a donc décidé, il y a quelques semaines, de renvoyer de nouveaux émissaires. Il se dit même prêt à en mandater d'autres s'il le faut.

Cette démarche, révélée au grand jour ce jeudi, est bien sûr validée par la présidence. L'objectif est d'établir un contact direct pour voir si un dialogue est possible, notamment avec deux chefs en particulier : Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa.

Dioncounda Traoré connaît bien Iyad Ag Ghali, du GSIM, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans. Il était en effet au gouvernement, au début des années 1990, quand éclate la rébellion touareg avec Iyad Ag Ghali à sa tête. Néanmoins, les deux hommes ne se sont pas vus depuis une petite dizaine d'années.

Le second chef avec qui Bamako veut dialoguer, Amadou Koufa, est le leader de la katiba du Macina, qui déstabilise depuis 2015 le centre du Mali.

Pas de contact avec l’EIGS

En revanche, pour l'instant, aucune démarche n'a été entreprise en direction d'Abou Walid al-Sahraoui, chef de l'État islamique au Grand Sahara. Dioncounda Traoré dit néanmoins ne pas y être opposé.

C’est un revirement pour Dioncounda Traoré qui était ces dernières années plutôt opposé à un dialogue avec ces groupes armés. Mais, il le reconnaît lui-même, c'était une autre période : « Si aujourd'hui on peut faire l'économie même d'un seul mort, il faut tenter de dialoguer », estime-t-il. Reste à établir un contact direct. C'est la première étape et ce n’est pas la plus simple. Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa sont méfiants, car ils se savent recherchés et craignent visiblement d'être piégés.

Je suis très réservé sur cette question, mais en même temps l'écrasante majorité des Maliens pensent qu'en discutant avec le terroristes que l'on peut arriver à trouver une solution. Donc, l'initiative du Haut représentant du chef de l'État pour le Centre est une initiative qui répond à un souhait qui est ultra majoritaire aujourd'hui au Mali. Moi, je pense que ce ne sera pas efficace, mais il faut commencer, ne serait-ce que pour montrer à nos populations que les prétentions de ces groupes terroristes ne peuvent pas être satisfaites dans le cadre d'un État laïc, d'un État organisé, d'un État où les citoyens ont la liberté, la démocratie. On est arrivé au niveau où c'est inévitable. Donc, il faut ouvrir cette possibilité, il faut crever l'abcès, et puis faire le point au Mali.

Une annonce qui n'a aucun crédit aux yeux de Moussa Sinko Coulibaly, ex-général devenu président du parti La ligue démocratique pour le changement. Il ne critique pas la démarche dans l'absolu, mais plutôt l'équipe dirigeante actuelle.

« Je pense qu'il s'agit d'un écran de fumée, que c'est juste une diversion, une énième façon de la part du gouvernement d'essayer de faire croire au peuple malien que le gouvernement est en train de travailler, mais en réalité, je pense que c'est tout simplement un effet de communication. Je sais qu'à la clé, il n'y aura aucun résultat », a-t-il déclaré à RFI.

Moussa Sinko Coulibaly ne croit pas à la « sincérité » du gouvernement. « Déjà le gouvernement n'arrive pas à avoir la capacité de nouer un vrai dialogue avec l'opposition politique. Imaginez un gouvernement qui n'arrive pas à faire ça veut nous faire croire qu'il peut travailler, nouer un dialogue sérieux avec des gens qui sont en rupture avec toutes les institutions de la République, avec des gens qui ont des codes différents. Permettez-moi de ne pas croire à la sincérité du gouvernement. Je pense que, encore une fois, c'est tout simplement pour essayer de gagner du temps, divertir le peuple malien », estime-t-il. 


  • Une annonoce qui entérine les tentatives de médiation passées​​​​​​

Avec notre correspondante à Bamako, Coralie Pierret

Jusqu’à présent et officiellement, Bamako refusait tout dialogue avec les terroristes, même si officieusement, des tentatives de médiations avaient déjà été engagées. Il y a d’abord eu l’initiative d’Adama Coulibaly, le président de Faso Dambé Ton, une association de la société civile. Il assure avoir rencontré Amadou Koufa le chef de la katiba Macina à l’été 2019, avec le soutien implicite du ministère de la Réconciliation.

Il y a aussi la médiation engagée par l’avocat Hassan Barry, qui lui aussi a approché Kouffa.  Les « discussions étaient parfaitement encadrées et connues des plus hautes autorités de l’État », écrivait l’avocat dans un communiqué fin novembre.

Pourtant, jusqu’à cette officialisation faite par Dioncounda Traoré, le Haut représentant du chef de l’État pour le centre, Bamako rejetait toute négociation avec les jihadistes. Dans la droite ligne des partenaires occidentaux du Mali et des autorités françaises qui s’y sont toujours fermement opposées.

Cette main tendue pour initier un dialogue s’adresse aux leaders du GSIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Reste à savoir si elle contribuera à pacifier la zone. Car depuis plusieurs mois, c’est un autre groupe jihadiste qui fait parler de lui. L’État islamique au Grand Sahara a revendiqué plusieurs attaques dans la zone des trois frontières.

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