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Guinée: tensions et défiance à la veille du double scrutin

(illustration) Une affiche de campagne à Conakry pour le référendum sur la nouvelle constitution. Le 27 février 2020.
(illustration) Une affiche de campagne à Conakry pour le référendum sur la nouvelle constitution. Le 27 février 2020. REUTERS

En Guinée, incertitude et inquiétude règnent à 24 heures du double scrutin hautement controversé couplant législatives et référundum constitutionnel, ce dimanche 22 mars. Le Front national de défense de la Constitution (FNDC), certain que le président Alpha Condé compte en profiter pour briguer un troisième mandat en violation de l'actuelle loi fondamentale, s'y oppose catégoriquement. Pour le gouvernement, il n'est pas question d'un nouveau report, et les préparatifs suivent leur cours en dépit de l'épidémie de coronavirus.

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Avec notre correspondant à Conakry, Carole Valade

Ce samedi 21 mars, dans un communiqué, l’ONG Amnesty international a dit son inquiétude avant le double scrutin en Guinée. Face au niveau de violence dans lequel le vote s'est préparé, l'ONG de défense des droits de l'homme assure que plusieurs dizaines de jeunes ont été arrêtés, dans la capitale Conakry, ces dernières semaines et ont été conduits dans un camp militaire. Elle signale également des arrestations de membres du FNDC dans les régions de Nzérékoré et de Kindia. Amnesty international parle de « disparitions forcées », d’« arrestations arbitraires » et de cas de « torture ».

Joint par RFI, Fabien Offner, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International indique que ce double scrutin continue de « générer beaucoup de tension et de violence avec une répression qui s’accroit sur les opposants ». « Nous sommes assez inquiets par ces disparitions forcées de jeunes et qui ont été emmenés dans un camp militaire où personne ne sait ce qu’il se passe, qui contrôle vraiment ce camp », souligne-t-il.

« Malheureusement, le coût en termes de droits humains de cette réforme constitutionnelle qui pourrait permettre au président actuel éventuellement de rester au pouvoir a déjà été trop élevée, ces derniers mois. Tout doit être fait de la part des autorités de faire en sorte que ces violences cessent, que les violations des droits humains cessent, que les personnes arrêtées soient libérées et que les autorités disent publiquement ce qu’il en est des personnes disparues », a-t-il ajouté.

Situation tendue

Le Front national de défense de la Constitution a appelé à une nouvelle journée de mobilisation, ce samedi. A la mi-journée, la situation semblait tendue sur plusieurs points, le long de la route Le Prince qui traverse les quartiers réputés « favorables à l’opposition ».

Des confrères présents sur place, rapportaient des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, des barricades, des poubelles et de l’huile de vidange sur la chaussée. Une forte présence policière et des activités commerciales paralysées ont également été signalées.

A Mamou, dans le centre du pays, deux écoles auraient brûlé, selon un journaliste, et du matériel électoral détruit dans deux autres localités. Le gouverneur de la ville dit ne pas être au courant.

Labé, plus au nord, où l’armée protège les sites administratifs, a des allures de ville morte et les forces de l’ordre sont intervenues pour enlever des barricades.

Maintenir le double scrutin

Les autorités guinéennes ont décidé de maintenir le double scrutin malgré l’épidémie de coronavirus. « Le contexte sanitaire globalement est maîtrisé », soutient le gouvernement qui maintient les élections sous le regard critique de la communauté internationale.

Le dernier communiqué en date est celui du gouvernement nigérian, appelant « toutes les parties à la retenue et à s’engager pour des élections libres transparentes et inclusives ».

Les termes sont presque les mêmes du côté de l’Union africaine. « L’inclusivité » est justement la condition posée par la Cédéao qui n’enverra pas d’observateurs, le report du double scrutin n’ayant pas été mis à profit pour réintégrer l’opposition dans le processus.

« Les conditions d’organisation d’un scrutin sérieux, apaisé et dont le résultat puisse être accepté par tous, ne sont actuellement pas réunies », a déclaré, de son côté, l’Union européenne.

« Interdiction n’est faite à personne de venir observer », assure le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration territoriale. « Ceux qui viennent voter peuvent venir voter de façon très assurée. Sur ce plan, la psychose que l’on répand, tambour battant, matin et soir, pour dire : "Nous allons mettre des feux, nous allons mettre des pneus". Non. Les Guinéens iront s’exprimer sereinement ce jour-là dans leur bureau de vote. Le souhait des Guinéens, c’est qu’en somme nous soyons ensemble. C’est ce sentiment qui est le mien. La paix n’a pas de prix et pour qu’on aille à la paix, il faut que chacun s’y mette », a déclaré le général Bouréma Condé.

Inquiétude dans la capitale

Parallèlement, l’inquiétude grandit à Conakry, suite aux échauffourées du vendredi 20 mars dans un camp militaire.

Le ministère de la Défense parle de deux arrestations, avant d’annoncer, dans la matinée de ce samedi, le décès du colonel « Ousmane Cissé », major de garnison de la ville de Conakry, sans en préciser les circonstances.

Une inquiétude existe également concernant les télécommunications. La connexion Internet et les appels internationaux ont été perturbés vendredi soir.

À lire aussi : Deux leaders du FNDC arrêtés en Guinée, des «pratiques illégales» selon leur avocat

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