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RDC: à Kinshasa, la détresse des détenus de la prison de Makala

Vue de la prison de Makala à Kinshasa, RDC (illustration).
Vue de la prison de Makala à Kinshasa, RDC (illustration). AFP PHOTO / JUNIOR D. KANNAH

En République démocratique du Congo, l’inquiétude va croissant chez les détenus de la plus grande prison du pays, la prison centrale de Makala, qui aussi la plus surpeuplée. Celle réservé aux militaires, la prison de Ndolo, a déjà enregistré une centaine de cas de COVID – 19. Makala construite depuis l’époque coloniale dans la capitale Kinshasa, compte plus de 8000 détenus. C’est quatre fois plus que sa capacité d’accueil. Les prisonniers redoutent que l’épidémie se déclare entre ses murs... C’est un véritable cri d’alarme.

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avec notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa

Les pensionnaires sont entassés par centaines en cellules collectives et sans lits. Sur des images parvenues à RFI, on les voit entassés, certains dormant tête-bêche. Dans le pavillon 5 par exemple, la plupart des détenus n’ont pas de place où s’allonger. « Nous dormons à tour de rôle, dans un environnement indescriptible et la distanciation sociale est quasi impossible », témoigne l’un d’eux. Certains de ses co – détenus souffrent des maladies chroniques. Or dans cette cellule, il n’y a qu’un endroit pour se soulager. Et 200 détenus qui s’y rendent chaque jour.

De même l’eau « coule rarement : trois fois ou 4 fois par semaine et cela pendant une heure », raconte un prisonnier qui vit pourtant dans une cellule, réservée à la classe moyenne. Comme toutes les prisons du Congo, Makala comptent moins de condamnés que des détenus préventifs, il y a même des personnes acquittées, parfois depuis même plus de deux ans.

De maigres repas

Dans cet environnement, chaque détenu vit selon ses moyens. Certains survivent de la solidarité entre prisonniers mais aussi des repas fournis par leurs familles. « Même sans le coronavirus, la mort est bien planifiée à Makala », s’inquiète l’un des prisonniers. Cela fait dix ans que ce prisonnier -qui n'a pas encore été condamné - ne prenait plus les repas fournis par le gouvernement : un petit gobelet de maïs mélangé à des haricots (156 graines de maïs et 127 graines de haricots). Mais faute de pouvoir recevoir la visite de sa famille depuis deux semaines, il doit désormais se contenter de cette maigre ration.

Ceux qui consomment ces repas se plaignent souvent de maux de ventre, nous confie un membre du personnel soignant de la prison. Il affirme qu'au moins 90 % des détenus sont immuno-déficients.

De nouveaux détenus malgré la surpopulation

Contacté, le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda, dit avoir hérité de ce système carcéral. Pour ce qui est du manque de nourriture et de médicaments, il évoque « la santé financière » de l’Etat qui n’est pas bonne. Mais cela n'a pas empêché les autorités d'envoyer de nouveaux détenus en prison. Depuis environ un mois, près 600 détenus ont été envoyés à Makala, selon une source pénitentiaire.

Human Right Watch (HRW) demande aux autorités congolaises de faire preuve de leur bonne foi en réduisant rapidement la population carcérale et de débloquer les fonds pour la nourriture et améliorer l’hygiène. L’ONG de défense des droits l’homme note que la prison de Makala est classée parmi les plus surpeuplées du monde.

Le gouvernement explore plusieurs pistes

La contamination au niveau des prisons risque d’être un facteur de propagation à grande échelle dans la  société congolaise, en particulier si la prison de Makala devrait être concernée, en raison de son surpeuplement, a noté lundi soir, le comité en charge de la riposte contre le Covid-19. 

Au cours d'une réunion du conseil des ministres présidée par le président Félix Tshisekedi, les autorités ont évoqué la nécessité de désengorger des prisons, selon le compte-rendu officiel. « Parmi les pistes explorées, il y a la voie de libération conditionnelle, de liberté provisoire à accorder aux personnes privées de liberté mais ne présentant aucun risque à l’instar du directeur de cabinet du chef de l’Etat [Ndlr Vital Kamerhe], ainsi que les personnes condamnées à des peines mineures », souligne le même document.

La possibilité pour le président Tshisekedi d’user de son droit de grâce a été également évoquée et le conseil des ministres a instruit le vice-Premier ministre en charge de la Justice de « prendre immédiatement » les mesures de « désengorgement urgent » des prisons. Il a été demandé à son collègue de la Défense, a été « d’instruire sans délai les Auditorats militaires d’aller dans le même sens », pour ce qui concerne les militaires détenus, dit encore le compte-rendu du gouvernement.

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