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Tribune

Avenir Agriculture et système alimentaire en Afrique dans un contexte post-Covid-19

La transhumance des troupeaux dans le Sahel permettrait de stocker plus de gaz à effet de serre qu'elle n'en émettrait et que ce système d'élevage pastoral serait donc bénéfique au climat.
La transhumance des troupeaux dans le Sahel permettrait de stocker plus de gaz à effet de serre qu'elle n'en émettrait et que ce système d'élevage pastoral serait donc bénéfique au climat. Marco LONGARI/AFP

Dans une tribune que nous publions, Mamadou Goïta, Socio-économiste du développement, Directeur IRPAD/Afrique et membre de IPES-Food s'interroge sur les mesures que devraient prendre à court et moyen termes les États pour pallier la crise du coronavirus dans le secteur agro-alimentaire en Afrique.

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Cette tribune – ainsi que d'autres points de vue d'experts, penseurs, artistes ou sportifs – est publiée dans le cadre de journées spéciales « Après le Covid-19, un nouveau monde ? », les 8, 9 et 10 mai, sur les antennes radio et numérique de RFI.

Quelle est la situation actuelle ?

La pandémie actuelle du virus Covid-19 en Afrique, bien qu’elle semble moins virulente comparée aux autres continents ( moins de cas positifs et de décès ) a entrainé des perturbations dans la production et l’approvisionnement alimentaire, le stockage, la transformation, la distribution, l'accès aux marchés territoriaux1  des produits et les circuits d'approvisionnement en intrants agricoles dans un grand nombre de pays. 

Depuis l’apparition des premiers cas, les différents pays africains ont pris des mesures similaires à celles prises dans d’autres continents à savoir entre autres le confinement du pays ou des villes, la fermeture des marchés et d’autres lieux publics, le couvre-feu les soirs, le déclenchement de l’état d’urgence sanitaires, les déclarations d’annonces d’appuis aux différents secteurs de développement en plus des mesures sanitaires. 

Les impacts importants de cette pandémie en Afrique ( baisse des revenus, pertes de récoltes des produits de contre-saison2 , endettement, perturbations du système alimentaire, du système d’approvisionnement en intrants de production… ), concernent directement toutes les formes de l’Agriculture3  mais particulièrement l’Agriculture familiale qui est la forme dominante sur le continent. Ces impacts affectent particulièrement selon les pays entre 60 et 85 % de la population qui dépendent de l'Agriculture, dont plus de 90 % au Sahel par exemple sont des petits exploitants avec environ 30 % de salariés journaliers, y compris les membres de la famille migrant vers les zones urbaines ou autres pays. 

Selon les échanges réalisés avec les producteurs4, par exemple le marché du travail entre le nord du Bénin, le Nigeria, le Ghana, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire a été fortement perturbé. Cette situation est en train d’affecter les zones de production de la Côte d’Ivoire, du Nigeria et du Ghana ainsi que les revenus femmes et des jeunes travailleurs du Burkina Faso, du Bénin et du Togo.

Dans la plupart des villes d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, les prix des denrées alimentaires ont augmenté rapidement, principalement du fait d’un sentiment de pénurie constatée. Les moyens de subsistance basés sur la production ont été sérieusement perturbés.

Les pénuries dans l’approvisionnement en intrants agricoles ( engrais, pesticides, semences… ) et l’incapacité qui en découle pour les producteurs de préparer la campagne agricole prochaine constituent des contraintes partout surtout pour l’Afrique de l’Est qui a connu des invasions de criquets pèlerins lors de la campagne passée. 

Que faire à court et long termes ?

Deux types de solutions sont à mettre en œuvre : les solutions conjoncturelles ( à court terme ) et les solutions structurelles pour le long terme.

Pour le court terme, il y a un besoin urgent pour une grande partie de la population à accéder à la nourriture avec l’épuisement des stocks familiaux. Les États doivent investir dans différents outils des filets sociaux pour l’accès équitable à la nourriture. Dans la même lignée, la préparation de la nouvelle campagne agricole qui commence bientôt reste une urgence notamment l’accès aux facteurs de production ( intrants, semences… ) dont la disponibilité risque d’être difficile cette année.

Pour le long terme il s’agira entre autres il s’agira pour les états africains de (i) changer les orientations stratégiques en investissant plus dans les systèmes alimentaires plutôt que dans les systèmes de production seulement pour minimiser la dépendance de l’extérieur. Une telle approche permet de promouvoir les alternatives agro-écologiques au détriment du model d’agriculture industrielle de révolution verte promu par les multinationales; (ii) élaborer et/ou mettre en œuvre des politiques Agricoles basées sur la souveraineté alimentaire qui soutient en priorité l’agriculture familiale productive et durable; (iii) mettre en place des stocks de souveraineté alimentaire avec comme source prioritaire l’approvisionnement la production locale,/nationale et/ou régionale; (iv) assurer une meilleure organisation des marchés territoriaux qui sont des opportunités pour avoir de meilleurs revenus (rémunérateurs) pour les producteurs; (v) promouvoir la sécurité sociale pour les producteurs et mettre en place des fonds de calamités, des fonds d’assurance agricole dans le cadre de la protection sociale; (vi) mettre en place des fonds de transformation/valorisation des produits locaux; (vii) promouvoir des programmes de recherches participatives pour la souveraineté de la recherche; (viii)  assurer la formation et l’installation des jeunes ruraux en priorité pour la relève dans les exploitations Agricoles familiales; (ix) régler les questions foncières ou agraires en mettant en place des politiques progressistes; (x) promouvoir les industries agro-alimentaires nationales et régionales pour contribuer à l’industrialisation du continent.

La mise en œuvre de ces mesures à long terme permettra de changer la trajectoire économique de la garde partie des états africains qui regorgent de réserves importantes de ressources.

 

1- Marchés de proximité territorialisés plus favorables aux producteurs.
2- 60% des revenus proviennent des productions de contre-saison (fruits et légumes frais et activités non-agricoles).
3- Production végétale, élevage/pastoralisme, pêche et foresterie.
4- Note entretiens auteur avec les paysans africains, Avril 2020.

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