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À Madagascar, le Covid-19 laisse le champ libre au paludisme

Le professeur Miliajoana présente la carte qui recense le nombre de cas de paludisme officiellement recensés fin mai 2020 à Madagascar. Des spécialistes confient que la situation réelle pourrait être deux fois pire que celle présentée sur la carte.
Le professeur Miliajoana présente la carte qui recense le nombre de cas de paludisme officiellement recensés fin mai 2020 à Madagascar. Des spécialistes confient que la situation réelle pourrait être deux fois pire que celle présentée sur la carte. Sarah Tétaud/RFI

Le coronavirus a relégué au second plan d’autres maladies, plus récurrentes, moins atypiques, à commencer par la dengue, ou encore le paludisme. Pourtant, concernant ce dernier, la situation est alarmante.

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Avec notre correspondante à Madagascar,  Sarah Tétaud

Le mois de mai a été marqué par une forte augmentation des foyers d’épidémie de paludisme. Fin mai, le ministère de la Santé enregistrait déjà 552 décès rien que pour ce début d’année 2020, quand il comptabilisait 657 morts pour l’année entière 2019.  Pour les spécialistes, la hausse du nombre de cas de personnes infectées est en partie imputable au Covid-19.

À Madagascar, en temps normal, le pic de transmission du paludisme a lieu entre mars et avril. En mai, donc, avec la chute des températures, la courbe des nouveaux cas devrait théoriquement baisser. Pourtant, cette année, plusieurs districts enregistrent encore une augmentation du nombre de cas, et ce même dans des endroits habituellement épargnés.

Le professeur Milijaona Randrianarivelojosia est paludologue et inspecteur au sein du cabinet du ministre de la Santé. « C’est une situation anormale, remarque-t-il, parce que même sur les hautes terres et les marches des hautes terres, on est confronté à une recrudescence sinon à des épidémies de paludisme. Alors que ce sont des endroits où l’on est censé avoir moins de paludisme par rapport à l’ensemble du pays. Ce qui est anormal aussi, c’est que l’ensemble du système souffre de rupture de stocks de médicaments. [NDLR : du fait d’une mauvaise prévision] On veut viser l’élimination de la maladie ; mais à la place, on assiste à une recrudescence de celle-ci. Donc on est devant un échec dans la lutte, pour le moment. »

Pour l’heure, le ministère de la Santé vient de lancer des traitements dit présomptifs dans les neuf districts les plus touchés, c’est-à-dire des traitements curatifs pour tous les habitants, même pour ceux non diagnostiqués.

« Ce sont des endroits où plus de la moitié des habitants sont infectés. Donc au lieu de gaspiller des tests pour savoir qui est infecté ou non, nous, tout de suite, on a lancé des traitements présomptifs. On part du principe que tout le monde est exposé à l’infection, donc on traite gratuitement en donnant le médicament curatif à tous ceux qui acceptent de le prendre. »

Pour le paludologue, cette situation de recrudescence pour l’année 2020 était prévisible. Les données de 2019 ont en effet montré qu’en plein hiver austral (juin, juillet, août), il y avait encore des persistances de transmission ainsi que des foyers d’épidémie sur l’île.

« Donc on peut aisément comprendre que quand ça se réchauffe avec l’arrivée de la période de pluie, le fait qu’il y ait déjà des parasites dans la population ne fasse qu’accélérer la transmission. En fait, la situation qu’on est en train d’endurer, c’est la suite logique de la situation épidémiologique de 2019. »

Manque des moyens habituels

Pour le chercheur, cette flambée des cas sur l’île, si elle était prévisible, est aussi un dégât collatéral du Covid-19. Selon lui, la pandémie a affecté la lutte contre la malaria dans le pays.

« Les fabricants de tests rapides ne fabriquent pas autant de tests rapides pour le paludisme. Peut-être sont-ils absorbés pour fabriquer d’autres outils pour lutter contre le coronavirus. Deuxième point : imaginez un centre de santé avec un nombre limité de personnel de santé, en temps normal et qu’une partie de ces gens-là doit renforcer l’équipe dans la lutte contre le coronavirus. Donc quelques part, ça pénalise quand même l’activité au quotidien. »

Depuis le début de la pandémie, les structures de santé de base ont enregistré une baisse de fréquentation. Une peur du virus qui pourrait être une cause de l’augmentation du nombre de décès de paludisme, maladie mortelle dont on guérit si le traitement est pris à temps.

Du fait du coronavirus, l'Organisation mondiale de la santé prévient que le nombre de décès causés par le paludisme sur le continent pourrait doubler cette année pour atteindre 769 000, un chiffre jamais enregistré depuis vingt ans.

► Lire aussi : La lutte contre le paludisme pourrait pâtir de la pandémie de Covid-19

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