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Au Burundi, Évariste Ndayishimiye prête serment et prend la tête de l’État

Évariste Ndayishimiye prête serment et devient le nouveau président du Burundi, dans le stade de Gitega, le 18 juin 2020.
Évariste Ndayishimiye prête serment et devient le nouveau président du Burundi, dans le stade de Gitega, le 18 juin 2020. Tchandrou NITANGA / AFP

C’est au stade de Gitega que le nouveau président burundais a prêté serment à la mi-journée, conformément à l’article 107 de la Constitution, debout, le drapeau national et celui de l’unité nationale dans la main gauche, la droite levée. Le dixième président du Burundi entame ce jeudi 18 juin un mandat de sept ans.

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Le président élu, vêtu d’un costume noir, est entré dans le stade, entouré de sa garde présidentielle. « Devant Dieu le tout-Puissant, devant le peuple burundais, seul détenteur de la souveraineté nationale, moi Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi, je jure fidélité à la Charte de l'Unité nationale, à la Constitution de la République du Burundi, et à la loi », a déclaré le chef de l'État en prêtant serment dans le stade Ingoma de Gitega, la capitale administrative du pays, précédé par les tambours du Burundi. Le stade était archicomble, rempli petit à petit depuis le matin par des milliers de Burundais.

Cette cérémonie s'est tenue dans un contexte particulier en raison de la situation sanitaire liée à l'épidémie de nouveau coronavirus, qui a empêché tout chef d'État étranger d'y assister. Les autorités avaient demandé au public de se présenter assez tôt pour se plier aux mesures sanitaires mises en place, comme le lavage des mains et la prise de température. Mais la distance de sécurité, fixée à 70 cm entre les personnes, était loin d'être respectée. Et à part quelques officiels, dont les représentants des 19 provinces du Burundi, quasiment personne ne portait de masque. Évariste Ndayishimiye lui-même avait le visage découvert.

Évariste Ndayishimiye agenouillé sur le tapis rouge

La cérémonie avait débuté par les prières des représentants des religions catholique, anglicane et musulmane au Burundi. Et lorsqu’est venue pour le président l’heure d’aller prêter serment, il a d’abord commencé par s’avancer dans le stade, et c’est la première fois que cela arrive, il s’est agenouillé sur le tapis rouge. Plusieurs dignitaires du Burundi se sont placés autour de lui et l’un d’eux, monseigneur Simon Ntamwana, évêque de l’église catholique, a prié pour lui. Ce n’est pas anodin, car Mgr Simon Ntamwana est considéré comme une des figures qui s’était opposée au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

« Vous pouvez ramener la paix entre les Burundais, car vous savez combien on en a besoin, a déclaré le prélat. Que le Seigneur Dieu vous éclaire et vous aide à diriger le Burundi dans la concorde et à développer ce pays, à construire une société réconciliée, à rapatrier tous les réfugiés, que les intellectuels burundais qui sont à l’étranger rentrent malgré la pauvreté qui caractérise ce pays afin de l’aide développer leur pays, et Que Dieu vous aide renouer avec la communauté internationale. »

Le nouveau président va lui répondre quelques minutes plus tard, en présentant son programme. Une réponse qui vaut surtout pour ceux qu’il appelle les « colons » qui ne respectent pas selon lui la « souveraineté » du Burundi. « Soyez sans crainte car je sais ce qui m‘attend. Je viens renforcer l’indépendance et la souveraineté du Burundi, la liberté de tous les Burundais et pour les protéger dans leur dignité », a déclaré le nouveau chef de l'État. « Que la communauté internationale ne s’immisce plus dans ce genre de questions comme elle a l’habitude de le faire pour d’autres motifs, parce que c’est ma préoccupation. »

Et même si en 15 ans de pouvoir Nkurunziza, le Burundi est tombé dans le groupe des trois pays les plus pauvres du monde, le général Évariste Ndayishimiye ne s’est pas privé d’ironiser sur ce qu’il appelle des « sanctions injustes » qui nous ont permis aux Burundais « de ne plus être des bébés qu’on nourrit alors qu’ils laissent couler leur bave, mais de devenir des adultes responsables ». Il a également lancé un appel aux réfugiés pour qu’ils rentrent en leur disant  « rentrez si vous voulez et nous sommes ici à vous écouter. ».

«Poursuivre l'oeuvre» de Pierre Nkurunziza

Enfin, trois annonces concrètes dans son discours de près de deux heures. Ndayishimiye a promis de construire sept barrages, un hôpital pour chacune des 119 communes du pays, ainsi que des soins gratuits et une retraite égale au dernier salaire pour les fonctionnaires.

Élu à la présidentielle du 20 mai, il devait initialement prendre ses fonctions le 20 août, à la fin du mandat de Pierre Nkurunziza. Le décès subit de ce dernier le 8 juin, à l'âge de 55 ans après 15 années au pouvoir a changé la donne. Pour éviter une période d'incertitude qui aurait pu déstabiliser le Burundi, dont l'histoire est jalonnée de crises politiques meurtrières et d'une longue guerre civile (300 000 morts entre 1993 et 2006), le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a décidé d'accélérer la transition. La Cour constitutionnelle, acquise à l'exécutif, a donc ordonné que Évariste Ndayishimiye débute son mandat de sept ans le plus tôt possible, sans période d’intérim.

À la mort de Pierre Nkurunziza, qui l'avait présenté comme son « héritier », le général Ndayishimiye s'est engagé à « poursuivre son oeuvre ». Le discours prononcé par Évariste Ndayishimiye ce jeudi s’inscrit donc très fortement dans la continuité de la présidence Nkurunziza, en rendant un hommage très appuyé à son prédécesseur. 

Seul changement de cap, l’évocation du coronavirus. Le président Nkurunziza, décédé il y a plus d’une semaine officiellement d’un arrêt cardiaque, mais plutôt du Covid-19, dont il se moquait souvent dans ses prêches, selon de nombreuses sources, n’avait jamais évoqué cette pandémie dans un discours officiel. Le général Ndayihimiye lui a demandé « avec force » aux Burundais de tout mettre en œuvre pour stopper la propagation du virus dans le pays.

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